‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 174 sur 259 · TROISIÈME PARTIE. — CINQUIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CINQUIÈME SOIRÉE

« cela; cela d'ailleurs est grave, est triste; pour s'en occuper m il faudrait se recueillir, il faudrait se faire du silence, et le « peut-on î Et puis, on a le vague pressentiment qu'après « l'examen viendraient les sacrifices, qu'il faudrait retirer « quelque chose au monde, qu'il faudrait luL retirer beau- <( coup I... Et y a-t-il moyen de le faire (l) ? »

Ce n'est pas ici un barbon comme moi qui parle, ce n'est pas up prêtre : c'est une femme, et une femme qui, vous le savez, connaît bien le monde. Le tableau est-il chargé ? Je m'adresse ici à votre loyauté, les nuances sont-elles observées ?

— Elles ne manquent pas dé vigueur; mais s'il y a du vrai, tout ne l'est 4)as.

— Et oii le faux, s'il vous plaît ?

— On n'a pas toujours l'envie de séduire, d'écraser ses rivales!,..

— Au fond de votre cœur, vous n'avez pas envie de plaire, de plaire plus que les autres ?...

— Plaire, voilà votre grand mot, mais entre plaire et séduire, il y a loin; puis quel mal, s'il vous plaît, y a-t-il à

plaire?

— Je serai fort facile ce soir, je ne chicanerai pas. Mais pour plaire que faites-vous ? Tenons- nous-en à un point.

D'abord, madame de Gasparin a-t-elle calomnié quand elle a redit tout ce temps consacré aux apprêts du bal? Et pourquoi tout cela, sinon pour préparer les moyens de plaire? Et ce temps est- il employé utilement?

— Qu'en fecioiis-nous ?

— Cet aveu me suffirait, j'en prends acte : et ce lendemain du bal ?

— On est fatigué, c'est tout simple.

— Et les devoirs ?

— Oh ! le carême^est là : à chaque saisoa son emploi.

— Je prends acte encore de ceci.

(I) Madame de Gasparin, citée par M. Chassay, la Femme chrétienne dans ses rapports avec le monde.

— Prenez acte àe tout ce que vous voudrez. Âllez-voQs me presser de questions sur nos toilettes ? Et, cher ami, qoi ne sacrifie à l'usage ? nos grand'mères portaient le rouge en roues de carrosse , nous n^en mettons plus ; elles se poudraient, et je suis, certaine que vous regrettez les chignons, les tapés et les polonaises.

— Tout autant que les talons rouges, la perruque à la Bicheleu de mon grand-père, dont vous avez le portrait sous les yeux.

Vos toilettes, eh bien ! je ne les aime pas.

— Oh ! vous n'êtes plus capitaine de hussards.

— Un mot, et je vais chercher mon journal, .vous y trouverez des réflexions qui vous piqueiy>nt au jeu. Â vingtcinq ans, Constance^ j*étais tout aussi révolté qu aujourd'hui, plus peut-être, de voir les femmes sacrifier leur digmlé et leur pudeur à je ne sais quel usage, à je ne sais quelle mode, enlevant à F imagination tout prestige et réduisant Tidéal à une très-lrisle vérité.

— Mais vous êtes inconvenant !

— Inconvenant, non; vrai, oui. Tenez « il n'est pas une femme sur cent qui au simple point de vue de la coquetterie, gagne à s habiller^ vous savez ce que vous entendez par ce mot.

— Encore une fois, c'est l'usage.

1— L'usage ! Vous me donnez raison sans vous en douter; car si l'usage blesse la convenance, la dignité, la pudeur de la femme, oh ! alors notre monde est détestable, puisque, pour y entrer, il faut accepter tout ce qu'il y a de plus opposé à h nature même de la femme.

Conseutiriez-vous à être toute la journée aussi habillée que vous Têtes le soir ?

—Non.

— Et pourquoi cette différence ?

Consenliriez-vous, de bonne foi, à vous permettre, /lans

votre boudoir, vis-à-vis d'un homme seul, ces attitudes, ct laisser-aller que je vois aux femmes dans le monde ?^Soii

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