TROISIÈME PARTIE. — CINQUIÈME SOIRÉE. - 7m
certes, et si vous aviez celte façon et que Ton vous manquât de respect, en vérité, je ne sais si vous auriez à vous plaindre. ,
— Oh!....
— L'oubli de votre dignité, voilà ce qui me blesse pour vous, et cet oubli est poussé bien loin, Constance; et cette dignité, c'est la sauvegarde de l'honneur de la femme ; cette dignité c'est le reflet de sa pudeur, de sa vertu.
Comment niaintiendre^-vous dans le devoir les femmes de Totre service quand vous leur donnez des exemples de ce genre? Comment défendez -vous la Courlille et le salon de Mars à votre femme de chambre quand vous lui faites arranger votre domino?
Il résulte des aveux que vous m'avez faits, chère amie, bien des choses et surtout ceci, que la vie du monde rend impossible l'accomplissement des devoirs de la femme et de la mère; je n'en veux pas plus pour rester persuadé que cette vie n'est point celle de la femme chrétienne.
— Mais qu'ordonnez- vous donc à la femme?
— Je ne lui trace pas de lois, Constance, l'Evangile lui en a donné, il y a dix-huit siècles.
— Redites-les-moi ?
— Le temps me manquerait, et je préfère vous renvoyer à h Bibliothèque de la femme chrétienne (1). Lisez, je vous en conjure, avec attention, le petit volume intitulé : La Femme chrétienne dans ses rapports avec le monde^ il répondra à toutes vos objections,
— Vous en voulez cruellement à ce pauvre monde.
— Finissons-en par un seul mot : le monde ! oui, je le déleste, parce qu'il est égoïste, et que le dévouement et le sacrifice sont les lois de l'humanité ; le monde, je le déteste, parce qu'il vil dans le sensualisme, et que le «ensualisme est la mort de l'ârae, la mort du cœur ; le monde, je le déteste, parce qu'il nous empêche de remplir nos devoirs, en nous saturant de
(1) Par M. Tabbé Chassay. Ces volumes doivent être le manuel des femaies (lu monde, q»i no peuvent trop les lire,
Si
plaisirs creux et frivoles, parce qu'il développe eu nous les instincts les plus misérables. Le monde... Gonslance, vous me lavez fait abhorrer!
— Moi?....
— Oui, vous! n'êles-vous pas sa victime? A qui votre mère vous a-t-elle sacrifiée ? au monde ! Pour qui votre mari vous a-t-il abandonnée ? pour le monde ! Au nom de qui étes-vous persécutée ? au nom du monde. Vous êtes sa victime, et vous TOUS faites son défenseur!...
— J*ai été femme, j'ai cédé à une heure d'ennui. Faisons la paix. Lucie me lira vos livres.
Laissons le carnaval et passons au carême ; sur ce terrain nous serons d'accord.
— Est-<^ que nous ne le sommes pas sur Tautre?
— An carême vous nous cloitrez, n est-ce pas?
— J'aurais bien de la peine, et je n'ai pas du tout Vintention d'agir ainsi.
— Eh bien ! qu'est-ce avant tout que cette fête des quarante heures ?
— Les quarante heures ne sont pas une fête; l'Eglise ouvre ses temples aux fidèles , eipose le Saint-Sacrement à les dévotion, récite quelques prières spéciales, pour contre-balan* eer, si je puis me servir de ce mot, lep scandales si fréquents dans ces jours de saturnales qui ne sont qu'une réminiscence du paganisme. Il nous faut remonter aux fêtes de Bacchus (1) pour retrouver l'origine de ces désordres.
Les quarante heures ne sont, chère amie, que le cooronnement de la préparation au carême à laquelle l'Eglise appelle ses enfants pendant les semaines qui le préeèdent. Ainsi, tandis que le monde se jette dans le plaisir avec une énergie déraisonnable et trop souvent coupable, les vrais chrétiens se souviennent que les jours spéciaux de la pénitence approchent; ils s'y essayent par le recueillement, la prière et la tempérance.
(I) Les bacchanales atteignirent à Rome un tel degré de corruption, qu*ei>. furent abolies par un décret du sénat deux siècles ayatt Jésus-Ciirist.