TROISIEME PARTIE.— CIKQmÈME SOIRÉE
suivant la parole de saint Jean Chrysoslôme; les offices des (rois semaines, qui précédent le carême nous invitent à méditer la néoessilé de la pénitence ; les chants d'allégresse ont cessé au sanctuaire; les couleurs sombres remplacent dans les ornements celles qui sont consacrées à la joie ; les fidèles sont encore plus vivement invités que decoutumeauxsaintesagapes, àTaumôme, à toutes les œuvres chrétiennes. Cet usage si pieux remonte à une haute antiquité : il existait à Rome du temps du pape Gélase et de saint Grégoire le Grand ; saint Basile le préconise en éloquentes paroles ; saint Charles Borromée le rap- |)elle à réglise de Milan. Vers le treizième siècle, sainte Ger- Irude, abbesse d'un monastère en Saxe, reçut de Notre-Seigneur une révélation directe, par laquelle il lui fit connaître qu'il lui serait très-agréable que ces jours où les scandales les plus effrénés couvrent, pour ainsi, dire , le monde chrétien^ fussent consacrés à une réparation spéciale (1). Saint Philippe
(1) Voici le (MMsafe de la vie de sainte Gertrude^il'est trop significatif pour ne pas ôtre cité : *.
« Sainte Gertriide ayant désiré queNotre-Seigneur lui prescrivît quelques a pratiques de piété pour le servir plus dévotemerii pendant ces trois Jours où « les gens du monde se portent au péché avec Pus d'effronterie et d*inso- « ience, Notce-Seigneur lui répondit : « Le service le plus agréable que vous « me puissiez rendre, c*est de supporter patiemment, et en mémoire de ma « passion, tontes les peines qui nous surviennent, soit dans votre intérieur, « soit hors de vous-même, et de f'orter votre inclioation à faire les choses qui « y sont le plus opposées. Il vous sera très-avantageux de pratiquer cette « mortification à Tégard de vos sens extérieurs, que vous devez garder et re- R tenir comme par un frein, car quiconque a soin de bien s*acquitter de cet « eiercice, en vue de ma passion, peut s*attendre à en recevoir de ma bonté a une trâs-abondante récompense.— Je voudrais bien, très-aimable Maître» tt lui répliqua la sainte, que vous eussiez la bonté de m^enseigner quelles « prières sont les" plus capables d'apaiser vôtre colère pendant ces trois jours « où les gens du siècle Firritent parleurs débauches.» Notre-Seigneur lui ré- 0 pooUii : «J'aurais fort agréable qu'on dît trois fois le Pater ou le psaume « Laudate Dominumiomnes génies; en sorte que la première fois on offrît à « Dieu, mon Père, les exercices pénibles par lesquels mon cœur, plein de chaa rite pour les hommes, m*a fait passer pour leur salut, et que Ton Ht cette a offrande en expiation de tous les plaisirs terrestres et charnels auxquels se a livre maintenant le cœur de r homme; qu'à la seconde fois o» offrit à Pieu, « mon père, r usage innocent que f ai fait de ma bouche par l'abstinence et la « tempérance, soit & regard du manger, soit à l'égard du parler, soit en prô-
de Nérî, vers le même temps, institua à Rome des processions dans le même but ; les quarante heures furent établies d^abord à Milan. Saint Ignace de Loyola, Benoît XIV ont étendu à presque toute la chrétienté cet usage, si pieux, si raisonnable, passez-moi le mot : conséquence pratique de la communion des saints.
— Cette préparation au carême est donc ce que l'on appelle les dimanches et les semaines de la Sepiuagésime, de la Sexagésime et de la Quinquagésime?
— Oui, ces termes expriment le nombre des jours qui nous séparent encore de Pâques.
Observez, je vous en conjure, combien l'économie de l'Eglise est sage : une préparation à la pénitence et la pénitence avant le grand jour du triomphe. Le carême serait bien plus facile à notre faiblesse si nous nous y essayions par la tempérance. Que faisons-nous? nous nous livrons à l'intempérance de toutes choses dans les semaines qui le précèdent, et nous nous étonnons de nous trouver incapables de supporter les privations qu il prescrit; mais cette incapacité né prend-elle pas naissance dans l'excitation absurde et coupable à laquelle nous venons de nous iWrer ?
— Je n ose pas contredire cette allégation, vous n'avez pns toujours tort.
Je me souviens que plus d'une fois j*ai eu bien de la peine à me réveiller pour aller recevoir les cendres.
— Vous n'étiez pas une exception, et je ne puis me défendre encore d'un sourire quand je vois toutes nos belles pénitentes tendre à la poussière bénite un front rouge encore
« chant, soit en priant continuenement pour le salut des hommes, et qu'oc « nt celte offrande en satisfaction de toutes les intempérances qui se comc( mettent de touscdtés pendant ces jours, et de cette multitude de p.u "» a pernicieuses ou inutiles qu'on y profère; enfin, qu*à la troisième f Iso^ « oiïi it à mon Père le saint usage que j^ai fait de mon corps, et de toutes 1.^ « amertumes que j'ai souffertes dans ma passion et dans ma mort pour le <f saint du genre humain, afin que cette offrande serve à expier celle mulù- '< tude infinie de péchés que commettent les gens du siècle en se servant d^ « leurs corps pour se perdre et pour ruiner Fourrage de leur salut, p