‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 177 sur 259 · TROISIÈME PARTIE. — CINQUIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CINQUIÈME SOIRÉE

des chaleurs du bal. Pauvres femmes! elles sacrifient aujourd'hui comme hier à Tusage, à la mode ; ont-elles plus de foi au plaisir qu'a la pénitence, à la pénitence qu'au plaisir?...

— Oh I vous êtes, ce soir, d'une sévérilé intolérable. Où avez vous donc déjeuné? Certainement, chez notre voisine de X****, la belle lionne qui enrage d'être retenue à la campagne en janvier par la goutte de son mari ? .

— Eh bien, oui ; et je vous déclare que cette femme me donne la fièvre. Je ne puis voir de sang-froid ce mélange de sacré et de profane, ce boudoir plein de statuettes obscènes, de lableaux inconvenants, tenant à cet oratoire où brillent des chapelets, des christs magnifiques, des bénitiers ciselés, des saints eu argent et en ivoire, des madones, du buis bénit, que sais-je, moi? il n'y mancjue qu'une haire et unedisciplinel... Une honnête femme ne fait pas parade de tout cela, ne Tétale pas aux yeux. Je comprends autrement la dévotion que ces dannes, et je n^e révolte devant ce bagage dévot accouplé à toutes les mondanités de la terre, à toutes les nudités de l'art.

— Vive la chainbretle de Louise I

— Louise ne montre pas sa chambre. Eh ! que voyez-vous dans cette chambre? au fond de sa petite alcôve, derrière un rideau, le très-modeste crucifix que ma pauvre mère mourante pressa de sa main; à la tête, un petit bénitier bien simple; sur la cheminée, un joli tableau de la sainte famille qui lui vient de vous; sur quelques planches, un très-petit nombre de livres de piété, une statuette de saint Louis ; audessus de sa, table, une image portant la date de sa première communion son chapelet reste dans sa poche. Rien de plus, rien de moins. Louise est une chrétienne, elle ne joue pas avec h»s choses saintes, elle ne les met pas en montre; elle est l»ieu8e ma bonne fille, aussi ne se déguise t-elle pas en dévote.

En ai -je vu de ces musées religieux! de ces Dunkerques de sainteté I Leurs élégantes propriétaires me rapellent, maigre moi, ces bons bourgeois enrichis dont le vestibule est 3rné d'armures antiques et le doigt d'un gros anneau armorié.

— Eh bien, notre belle voisine ira recevoir les cendres?... -^ Oui, sans doule, à Notre-Dame-de-Lorelte, à midi, avec

un reste du rouge de la veille.

— Vous êles méchant. Point de médisance 1 . . . au Çârême !

— Je ne suis qu'historien.

— Contentez-vous de Phisloire du carême. Et d*abord, parlez-moi du mercredi des Cendres.

— Au mercredi de la semaine de la Quinquagésîrae commence donc le temps de la sainte pénitence. On adonné à ce jour le nom de mercredi des Cendres parce que l'Eglise répand alors de la cendre bénite sur le front de ses fils.

— Je sais tout cela.

— Cet usage se rattache au soutenir des temps les p/us anciens. Vous savez déjà que l'Eglise a conservé Irèsloûglemps la pénitence publique, dont on retrouve des traces même à la fin du dix-septième siècle (1). Vous savez que ces pénitences proportionnées aux fautes, se divisaient en plusieurs catégories : saint Basile marque deux ans pour le larcin, onze pour le parjure, quinze pour Tadullère.

— Quinze pour Tadullère? ...

— Oui. Vingt pour l'homicide, toute la vie pour l'apostasie, etc.

Les pénitents se présentaient le premier jour du carême en habits pauvres et déchirés, et ils recevaient de Tévéque des cendres sur la (ête et un cilice pour s'en couvrir.

Telle est l'origine des cendres. Si F usage des pénitences publiques n'existe plue, ne croyez pas que robligalion de la pénitence se soit éteinte, non, jrimais. Ou dans ce monde ou dans l'autre, il nous faut acquitter notre dette. Les cendres nous rappellent cette obligation.

Si les portes du temple nous sont ouvertes, si nous n avons

• (i) Voir pour ces détails et les suivants rexcellent livre intitulé : Instruction historique, dogmatique et morale sur les principales fêtes de l* Église, par na directeur de séminaire. Nous avons beaucoup emprunté à celivre^^et nous ne pouvons trop en recommander la lecture.

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