PREMIÈRE PARTIE. — QUATRIÈME SOIRÉE
QUATRIÈME SOIRÉE
— Où mène cette allée de hêtres ?
— A un site que tous ne connaissez pas encore ; donnezmoi "votre bras, nous le visiterons ce soir. Il est peu éloigné*
— J*ai enfin reçu une lettre de mon mari ; il est charmé que je sois ici ; il me donne carte blanche pour mon retour à Paris. Quant à lui, il attend ses derniers ordres de départ et un "vent favorable ; sa mission est brillante, il parait enchanté. 11 est heureux, mon mari ; il a bien peu de soucis. Ainsi un beau matin, presque sans rien dire, il nous quitte, et le voilà voguant pendant bien des mois sans se préoccuper le moins du monde de ses enfants, de moi, de sa maison, de ses affaires!...
— Ne fait-il pas bien, s'il est heureux comme cela?
— Oh ! je ne veux pas du bonheur qui afflige les autres, il me semble que mon cher mari a des devoirs à remplir.
— Mais si ces devoirs sont opposés à ses penchants, qui l'emportera du devoir ou du plaisir? Je vous avoue qu'au point de vue de cette morale, je ne le puis déclarer coupable. Et les gens qui n'admettent que cette règle de vie, n'ont pas droit de trouver singulier qu'on prenne le plaisir quand on le trouve. Votre mari fait donc fort bien, je ne le blâme pas du tout.
— Vous !
— Moi ! nous le jugerons suivant le code de la jouissance. 11 faut être logique. Et. il' y a cela de capital : que toute doctrine emporte après elle sa conséquence pratique. De là, vient justement mon affection pour la doctrine chrétienne , c'est que sa conséquence pratique est toujours juste et. bonne ; à son
tribunal, à elle, votre mari serait coupable et à plus d'un titre, car on doit aimer sa femme, quand on en a pris l'engage* ment devant les autds.
— - Allons, mon vieil ami, le christianisme ne s'occupe pas de ces puérilités, il marie bien des gens, car c*est une belle cérémonie que le mariage, mais il ne va pas dire aux maris : Aimez vos femmes. Regardez et voyez ; s'il en était comme vous le dites, il y aurait bien plus de maris qui s'occuperaient de nous, et il y en a si peu !
— U y a dans le fait peu de maris chrétiens, et voilà pouj*quoi le mariage va si bizarrement. Ou je me trompe fort, ou à vos yeux le christianisme ne consiste que dans quelques cérémonies, dans quelques prescriptions, et ne s'occupe pas le moins du monde de la vie, des actions, des devoirs. Vous vous faites une singulière idée de notre religion, et nous ne pouvons nous entendre. Si vous aviez un peu de patience. je vous déroulerais en peu de mots Tbistoire de cette admirable doctrine, et déjà je vous en donnerais ainsi une notion assez précise.
— Vous me ferez plaisir. La soirée est superbe, longue encore, commencez.
— L'homme était donc tombé, et bientôt les fils d'Adam se livrèrent à de si terribles crimes que la terre fut souillée de toutes sortes de désordres. Dieu résolut de détruire cette race perverse et de conserver une seule famille de justes. Le déluge fit raison au ciel des désordres de la terre. Noé et ses enfants pei*pétuèrent l'humanité. Trois grandes races sortirent des trois descendants du patriarche, et après la dispersion des peuples au pied de la tour de Babel, le monde fut partagé entre les fils de Sem, de Gham et de Japhet. l)ans la postérité de Sem, qui resta en Orient, Dieu choisit un homme avec lequel il fit alliance, Abraham, et de lui, sortit, par Jacob, ce peuple qui fut le peuple de Dieu. Les Israélites, après la sortie d'Egypte, pendant leur séjour dans le désert, reçurent la loi de Dieu donnée sur le Sinaï à Moïse.
Ce peuple occupa la Palestine, à travers bien des fortunes