‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 182 sur 259 · TROISIÈME PARTIE. — SIXIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — SIXIÈME SOIRÉE

Dans la première nous nous préparons à la seconde, car la seconde est la semaine des grands mystères. Aussi la semaine^ de la Passion n'est-elle point celle où TËglise nous remet entre les mains le récit de la mort du Sauveur, mais ses offices sont pleins de gravité ; elle nous rappelle par divers moyens aux grandes pensées de la pénitence ; plus tard, Fhistoire douloureuse des jours suprêmes se déroulera avec une sombre majesté. Si nous réservions nos méditations aux derniers instants, elles seraient incomplètes, car les événements se pressent : que de choses !

Aussi, est-ce d'avance que nous devons nous livrer* avec une attention toute spéciale, à Texamen de nous-mêmes. En quelles dispositions nous trouverait la Semaine-Sainte, si nous n'avions rien prévu ? Est-ce trop de quelques jours pour relire cette histoire de la Passion si remplie d'enseignements que pas un mot n*est inutile I Une vie tout entière ne suffirait pas à cette étude, et celui-là qui comprendrait assez la Passion pour en faire . ses délices, celui-là serait un grand saint.

Est-ce trop de ces quelques jours pour contempler le sacrifice du Fils offert au Père en vue de la rédemption du genre humain, pour suivre la lamentable histoire de ses douleurs; pour mourir avec luil... Chère Constance, voilà le Christianisme tout entier. !

Quelle est celte victime attachée à la croix, sinon le fils de Dieu ? n'est-ce pas là Notre-Seîgneur, fils unique du Père parfaitement semblable à lui, saint, puissant, éternel. Dieu comme lui? Ne croyez- vous pas que ce fils adorable s'est fait homme pour l'amour de nous, qu'il a souffert, qu'il est mort, qu'il est ressuscité, qu'il est monté au ciel, qu'il descendra pour juger les hommes, et qu'ensuite il continuera un règne éternellement heureux?

Vous croyez tout cela; mais, encore une fois, où votre foi se fortifiera-t-elle mieux qu'à la vue de la croix?

Comment douter au Calvaire devant ce sacrifice immense. Prenez le récit de la Passion, et vous verrez les prophé-

lies s'accomplir avec une exactitude surprenante jusque dans les détails les plus minutieux ; suivez le, et vous verrez lous les préceptes de TEvangile mis en pratique par son divin Auteur; lisez, et vous trouverez la faiblesse humaine victorieuse des disciples les plus fidèles, atteignant même l'auteur delà force ; lisez encore, et vous resterez étonnée des douleurs surhumaines du Sauveur; écoutez, et vous entendrez ses sanglots; victime, il s'immole, mais il sait T horreur du supplice, mais il en voit toute la grandeur; ce n'est pas trop de son amour infini pour soutenir son courage. Comme il manque aux hommes le courage I les uns prennent la fuite, reniant leur maître, se dispersant; un juge, en cet accusé, ne trouve qu^un innocent, et, aux hurlements de la foule altérée du sang du juste, il le livre!...

Et la rage de cette foule, et la dérision des bourreaux, et Pinfamie, et les soufiFrancesl... Oh ! que manque-t-il à cette victime auguste? Est-il Dieu, celui qui souffre ainsi -et qui pardonne? s'est-il si bien fait homme, ce Dieu, qu'il succombe sous le poids de la douleur et de la croix ! s'est -il si bien fait homme qu'il expire? et son sang a coulé par cinq plaies pour que le monde en fût couvert, et son coté a été déchiré, le fiel et le vinaigre ont été présentés à ses lèvres, sa têle a été couronnée d'épines, et sa face si belle a été souillée de toutes les manières, et sa bouche ne s'est ouverte que pour bénir et pardonner!...

Votre foi ne se ranimera pas seule au Calvaire, votre amour deviendra plus ardent, comment ne pas sentir en notre âme une charité nouvelle quand tant d'amour nous est dévoilé. Pourquoi meurt-il ce Jésus, ce Sauveur?... Et votre espérance?... écoutez-le, il convie au Paradis ce malheureuï qui expire à côté de lui. Ce sang qui coule, c'est celui de la Rédemption et nous n'espérerions pas !;.. Les bras du Christ sont tendus vers nous; élevé au-dessus de la terre, il nous appelle, il nous tire tous à lui: sa croix!., il nous la lègue. Oh! portons-la comme lui, la croix!., quelle soit notre unique espérance I

— Notre espérance ! mais au jour suprême^ le souverain

Page 1