‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 184 sur 259 · TROISIÈME PARTIE. — SIXIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — SIXIÈME SOIRÉE

toujours yivante, toujours victorieuse, ou de cette défaite constante de Tesprit de ténèbres sans cesse renouvelée, sans cesse rajeunie, reparaissant sans cesse sous une forme nouvelle. Il est des rochers tellement affermis sur leurs bases profondes, tellement solides que les flots de la mer en fureur battent inutilement leurs flancs, la vague frappe le roc et le roc la repousse, et la vague brisée se dissipe en écumes légères, blanchissantes et fumeuses, et le roc toujours ferme et debout attend de nouvelles tempêtes toujours impuissantes, toujours éphémères : telle apparaît TÊglise.

Est -il un temps, je vous le demande, plus convenable à ces graves méditations de l'ensemble de notre foi ? Est-il une préparation plus efficace aux mystères de la grande semaine?

N'attendez pas que l'Église mette sous vos yeux le récit de la passion du Sauveur, pour réfléchir sur toutes les circonstances de ce sacrifice qui commence par la gloire et finit par la tombe.

— Celte méditation, je veux la faire avec vous.

— Dans cette semaine de la Passion, rentrez en vousmême encore; repassez, chère amie, votre vie tout entière, voyez ce que Dieu a opéré en vous, suivez le fil mystérieux par le quel il vous a conduite et vous conduit encore, vous rencontrerez bien des souvenirs amers, vous sonderez des plaies saignantes; comparez votre couronne d'épines avec celle du Sauveur, et vous trouverez que la vôtre a perdu ses dards; si vous vous recueillez avec lui au jardin des Oliviers, oh ! je vous le demande, oserez-vous vous plaindre ? si vous le suivez dans sa voie douloureuse, pourrez-vous mettre en parallèle votre délaissement et le sien, vos douleurs et les siennes, vos tourments et les siens... si votre croix est trop lourde ?...

— Oh ! j'ai trouvé un ami qui m'aide à la porter !

— Si vous succombez sous le lourd fardeau, relevez-vous a vecle Saint des Saints, montez avec lui au Calvaire, et là, forlifiez-vous par son sangdivin qui vous lavera et vous sauvera. Offrez à ce Dieu sauveur, vos peinesdu passé, vos peines du présent, vos peines de l'avenir ; demandez-lui force et courage.

390 CAUSWIES DU SOIR.

— Vos paroles seraient-elles prophétiques ?

— Une année s'écoule-l-elle sans qu'une souffrance nou- Telle, une douleur nous atteignent. Constance ? Le \oyageur prudent ne prépare-t-il pas les provisions dont il aura besoin pendant son trajet? Notre course sera pénible sans doute; dans ces saints jours préparons-nous : jamais nous n'épuisons la coupe du malheur; les épreuves suivent les épreuves !... ^nand serons nous mieux écoutés ?

Oh ! si le doute entrait en votre âme, observez la mort du Sauveur, et si le doute ne s'évanouit pas comme l'une des lueurs éphémères que noire œil suit un instant et voit disparaître sans retour, ma foi est vaine et non seulement ma foi, mais celle de tous les Chrétiens. Celte mort a frappé les plus incrédules, même Rousseau.

— Encore une fois je ne crains le doute que comme une ien talion.

Mais, croyez-le bien, mon indicible légèreté mettra un obstacle absolu aux inlcnlions que vous faites naître en moi. Méditer,... mais je ne sais pas même prier.

— Vous vous faites un monstre de la méditation, Constance : méditer, mais est ce autre chose que penser? et vous ne pourriez penser I... vous !... Que de fois ne vous ai-je pas trouvée plongée en une rêverie profonde ?

— Rêver et méditer, quelle diflérence ! Voyez-vous, les femmes, avec leur imagination mobile, rêvent toujours et méditent fort peu.

— Mais rêvez à ce que je viens de vous dire.

— Ce n'est pas à la Passion de Notre-Seigneur que l'on rêve.

— Je le sais bien. On n'a eu que trop raison quand on a dit : a Est-ce un moyen bien propre à nous faire supporter les « difûcultés de notre vie que de chercher h nous réfugier sans « cesse au sein d'un univers tout à fait chimérique... 11 semble a que nous avons alors la puissance des fées, et que leur <i baguette magique embellisse à notre gré le monde si triste «( et si sombre....

« Est-il prudent d'employer ainsi toutes les forces de son

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