TROISIÈME PARTIE. — SIXIÈME SOIRÉE
<c esprit à démolir, avec une cruelle ironie, la situation qui a nous a été faite par une volonté du Ciel que nous ne pouvons <c changer?... On nous a trouvé plus d'une fois sévère; il est a vrai, dit nôtre auteur en concluant, que nous avons arraché « d'une main impitoyable tous les masques dorés des passions <c égoïstes ; mais si nous en voulons à Tégoïsme, nous n'en voua Ions pas aux sentiments légitimes, aux affections pures, aux a grandes pensées, aux saints élans d'un noble esprit, à tout a ce qui fait la dignité du genre humain, régénéré en Jésus- . aChrist(l). »
Oh ! si je pouvais espérer, mon enfant, que pendant cette semaine de la Passion, vous contraindi^ez votre imagination à se nourrir des graves pensées de la croix, je serais heureux; je serais bien plus heureux encore si je pensais qu'elle se réduira aux règles du vrai, qu'elle ne vagabondera pas, qu'elle ne grossira pas des douleurs réelles, mais que son activité rend bien plus graves encore.
— Dans peu de jours la solitude va commencer pour moi, Je quitterai votre toil. Je ne vous le cache pas, c'est avec un grand serrement de cœur que je m'éloignerai de votre foyer; il le faut ; mais je vous en conjure, n'oubliez pas plus le chemin de la Grange que je n'oublierai celui de Kerkoff. Que nos réunions soient aussi fréquentes que possible : ne séparez pas devons votre tîlleadopli ve, je n'ai plus de bonheur qu'au milieu de vous. CJue de choses j'ai encore à attendre 1...
L'émotion de Constance était profonde, elle se leva, terra la main de M. Kerkoff et se retira rapidement.
(1) M. l'abbé Ghassay, La femme chrétienne dans ses rapports avec le mondef cbap. it. «
Zn CAUSERIES DU SOIR.
SEPTIÈME SOIRÉE
Pourquoi avez-vous, mon ami, déclaré à Louise que le 25 vous ne pourriez, ni elle, ni yous, ni cerle$ sa mère, accepter la belle partie de pècbe que Ton vous propose à Pont-FAbbé? vous ne refusez jamais à votre fille une partie de plaisir et j'avoue que je ne vous ai pas compris. Est-ce que vous devenez sévère, pour elle aussi, en Carême?
— r Non, chère Constance, Louise aurait été fort contrariée si j'eusse accepté quand elle se serait rappelée que le 25 de mars, TEglise célèbre la fête de T Annonciation ; elle a une dévotion toute particulière à la sainte Vierge, et je vous assure quVlle trouverait bien peu de charme à cette pèche, s*il lui fallait renoncera ses habitudes pieuses.
— Pardon, j'avais complètement oublié cette date, mais il me semble que cette fête n'est pas d'obligation?
— Vous êtes dans le vrai ; cette fête, remise au dimanche, n'est plus que de dévotion, mais elle ne passera pas inaperçue dans ma (àmilte ; elle rappelle des souvenirs tellement importants! elle nous ramène au début de l'existence du Rédempteur, au grand mystère de Tlncarnation, et, pour mon compte, elle m'inspire une piété toute spéciale. Il est des jours que l'on aime à passer dans le recueillement. Lucie visitera bien oer« tainement la chapelle de Notre-Dume-desBois, pauvre petit temple , si fort en rapport avec la petite maison de Nazareth où de si grandes choses s'accomplirent.
— Si Lucie me le permet, je lui demanderai de me joindre à elle et à Louise, mon vieil ami ; mais vous me redirez, n'estce pas là, dans la serre, au milieu de mes belles fleurs, dont