TROISIÈME PARTIE. -- HUITIÈME SOIRÉE
son regard a fasciné, a touché même le roi des animaux en*traînant un enfant ; vous le savez, il l'a rendu à cette plainte sans pareille. Oh ! la mère seule, oui, seule. Constance, la mère éprouvée par toutes ces sou£[rance$ que nous avons suivies, la mère au Rédempteur était seule, entre toutes les femmes, digne du Golgotha.
Elle seule pouvait dire : « 0 vous qui passez par le chemin» avez* vous vu une douleur pareille à la mienne I » Aucun glaive ne devait manquer au cœur de la nouvelle Eve.
Il fallait la plus grande douleur, la plus vive, il fallait autre chose ; il fallait la plus pure des femmes. Sur celle-ci Dieu à épuisé ses miracles, elle a été conçue sans péché, elle a été mère sans cesser d'être Vierge, si le Rédempteur est Dieu» Marie n'est point Dieu, elle, mais elle doit être la première entre toutes Içs femmes.
Elle supportera cette mort, ces angoisses, elle supportera tout et avec courage et avec force, car l'Eglise n'a point admis la croyance de la défaillance de Marie, elle l'a toujours, vue debout au pied de la croix ; et qu'elle autre femme eût pu avoir cette ferce sinon celle à laquelle le Saint-Esprit avait tout révélé dès le commencement, la seule qui sût par lui, quel était cet homme dont la lance perçait le côté, dont les clous déchiraient les pieds et les mains, dont la tête tombait après que la t>ouche eût exhalé le dernier souffle ; elle seule avait, non cette croyance que celui-là était lei. fils de Dieu, mais elle seule avait le secret de Dieu mêmet si je puis m'exprimer ainsi.
La mère des chrétiens ne devait pas défaillir au pied de l'arbre du salut, car le salut commençait.
Puis, Constance, l'Evangile n'est point un livre mort ; n*estce pas le livre de notre vie, la vie ({u Christ ae doit-elle pas être celle du chrétien. Eh bien ! où la mère eût-elle appris à souffrir si Marie ne lui eût montré comment oh souffre.
Quel nom eût prononcé la mère, en recevant le dernier soupir de son premier né, si Marie, debout au pied de la croix, ne lui apparaissait dans le paroxisme de sa douleur. Que
iOe CAUSERIES DU SOIR.
ne supporterait-on pas en pensant à Notre-Dame-de-Dou-
leurs?
Toutes les gloires n'appartenaient-elles pas à la mère du Sauveur? il lui en manquerait une si elle n'eût été martyre ; et son martyre aurait-il été complet sans sa présence au Golgotha. Non, mais celui-là est le plus grand de tous ; mais si son sang ne coule pas, elle voit tomber goutte à goutte celui de son fils. Eût-il été complet ce dur martyre, si elle n'e&t entendu cette parole : « Femme» voilà votre fils. »
Non, nous ne nous trompons pas, Marie seule, entre toutes les femmes, avait une place marquée au sacrifice du Dieu sauveur, une place à Texpiation divine. Cet amour seul était assez fort, assez pur pour être uni à Tamour d'un Dieu.
— Oh! je comprends I...
Constance était tombée dans une rêverie profonde, si on peut donner ce nom au recueillement de Tâme; Constance était mère. Elle en sortit par un seul mot : le christianisme est divin.
Elle avait bien raison, Tesprit de Thomme n'aurait jamais inventé la douloureuse vie de la Vierge, Fesprit de Thomme n'eût jamais osé placer la mère au pied du gibet du fils.
—Je suis obligé de convenir que vous avez souvent raison dans vos plaintes sur notre peu de connaissance du christianisme. Il a fallu un pauvre petit mousse vomi par Focéan sur notre plage pour m'amènera être instruite de Tune deschoses les plus touchantes, les plus belles de notre lithurgie. Souvent j'avais entendu dire : « Vendredi nous célébrerons la fête de la a Compassion de la sainte Vierge. » Je n'avais attaché aucune idée à cette annonce, et je ne me souviens pas d'avoir plus particulièrement été à TEglise ce jour-là. Oh! perfide ignorance!.. Que nous sommes à plaindre de notre éducation, qu'elle est honteuse cette ignorance, un pauvre petit mousse breton naviguant avec des contrebandiers eh sait plus que moi, et dans sa détresse il a su invoquer, lui, la mère des douleurs... et il a éjlé sauvé ; mais, encore une fois, cette fête, c'est notre fêté à nous pauvres mères. Oui, ignorer les fêtes de l'Eglise ca-