‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 193 sur 259 · TROISIÈME PARTIE. — HUmÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — HUmÈME SOIRÉE

tholiqae, c'est ignorer le catholicisme lui-même, je le sens !,• Que je vous remercie de m*avoir donné cette explication ; an jour desdouleurç maternelles, car elles viendiront encore, comme je m'en souviendrai ! .

Je vous sais gré d*une chose; vous grandissez la femme.

— Moi? Non, ce n*est pas moi^ le christianisme a tout grandi. La rédemption a rendu à chacun sa dignité. De la femme dégénérée en Eve, elle a refait dans l'Eve nouvelle le modèle, le type de la femme selon Dieu ; elle l'a présentée dans ce qu'il y a de plus sublime pour la, femme, dans la vierge et dans la mère, que dis-je? elle les a confondues par un mystère adorable.

— Oh ! oui, adorable. Les femmes ne le nieront pas, ou, si elles le nient, tant pis pour elles, elles pe sont pas dignes d'être femmes.

Mon ami, l'enfant m'a parlé du Siabatf c'est un chant, n'est-ce pas?

— Ld^Slabat, chère Constance, est une prose en l'honneur des douleurs de la Vierge, qui se chante, dans le fait à la fête de demain ; cette prose est sublime de simplicité ; vous savez comment elle inspira Pergolèze.

L'Eglise, dans l'office de ce jour a réuni les textes de l'Ecrilure les plus touchants, vous les Urez avec une grande componction.

— Celte fête est très ancienne, n'est-ce pas?

7- En Orient, où elle n'a pas absolument le même caractère qu'en Occident, oui. Elle nous a été apportée par les Croisés, et elle se propagea surtout en France et en Aile-» magne.

Le concile de Cologne l'établit en 1423. Voici les termes du décret, je cite parce qu'ils indiquent parfaitement l'esprit

de cette fête :

« Pour la. gloire de la sainte et immaculée Vierge, mère de Dieu, offrant ses prières à Jésus crucifié pour le salut de» pécheurs; en l'honneur des angoisses et des douleurs qu'elle a endurées au moment où Jésus-Christ, notre sauveur, les

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bras étendos sur la croix, où il s'offirait en sacrifice pour le salut du mdnde recommanda cehe diTÎne mère aa disciple bien-aîmé ; mlàis surtout pour réparer Timpiétë des sectaires (les Hussites) qui ont osé brûler et détruire les images consaci^ à la gloire de Jésus crudfié et de la glorieuse Vierge, sa mère, nous ordonnons que la fêle des angoisses, des douleurs, de la bienheureuse Vierge Marie, soit désormais célébrée, diaque année» le yendredi de la quatrième semaine de carême, etc., etc. i>

Depuis ce décret, la fête des angoisses a reçu différents noms ; on la célèbre sous les titres de Compassion de la sainte Vierge, de Notre-'Dame^-Pitiéj Notre-^Bame de sept douleurs de la sainte Vierge; qui sont : l*" la prophétie de Simon à Marie ; 2^ la fuite de la sainte Famille ; 3^ la perte de Tenfant Jésus à Jérusalem ; 4"* la rencontre de Jésus montant an calvaire ; 5^ le crncifiment et la mort de Jésus ,- 6* le coup de lance ; T la sépulture.

Paris porte une dévotion toute particulière à la Compassion de la sainte Vierge. Les Calvinistes profanèrent en 1 554 une image de Notre-Dame-de-Pitié, placée dans le eimetîère de Saint~Nicolas*des-Champs. Depuis ce temps s'élevèrent plusieurs chapelles ou églises dédiées à Notre-Dame-de-Pif îé.

— Il est curieux d'observer que cette fête doive presque soa origine aux profanations des Hussites.

— Oui, certainement, et ne semble-t-il pas juste que pour répondre à ce grand et terrible soulèvement des passions terrestres, pour répondre à ce grand cri de la réhabilitation des passions mauvaises, à ce mugissement du torrent qui emportait les saintes doctrines du christianisme, et laissait après lui ks ruines et la dévastation, le concile de Cologne dans, cette Allemagne, encore couverte de sang et de débris, déclara qu*il appelait les peuples aux pieds des autels de la mère des affligés, les convoquant au nom des propres souffrances de la Vierge immaculée, mère du Sauveur, et priant au pied de la croix. N'étail-il pas simple qu*à ces fils de Jean Huss, le con* cQe répondit en glorifiant celle qui avait glorifié la douleur an

TROSIÈME PAR11£. ^ BlATifiME SOIRÉE. 4U

CaWaire. Et aqjot»râ*huiia dévotion à la Compas^n de la Vierge ne doit-elle pas se animer parmi nous I Qu'enteodons-^nous, sinon comme au quiïizîéme siècle, de longs cris contre le diristianisrae, contre son Dieu, ses Saints, son Paradis et son Enfer! O^'^nicndons^nous, sinon une réclamation tumultueuse de la chair contre la nécessité de la douleur I La douleur ! On en veut au christianisme d'avoir reconnu cette loi de rhumanité! On prétend attacher, river Fbomme à la terre. Ehl qu'est-ce que cela sinon attacher, river l'homme à la souffrance. Oui, Constance» écoutons la voix du concile de Cologne, implorons, à la veille peut-être, des malheurs de rAUemagne du quinzième siècle, implorons Notre-Damede-Pitié.

N'oublions pas, et nous espérerons, la France a été plaeée sous la protection de la sainte Vierge. Celui de noB rois qui lui consacrait ainsi le royaume ordonnait : qu'une image de la Vierge, tenant dans ses bras son précieux fils descendu de la croix, au pied de laquelle siéra représenté le roi, liû offrant sa couronne et son sceptre, serait placée sur le grand autel de Notre-Dame-de-Paris. Ce monument subsiste, et vous Pavez remarqué.

— 'Oui, certes; il m'a frappée dans les cérémonies de la Semaine-Sainte. Comme ce sujet, qui, cbmtne vous l'avez dit, a si bien inspiré Pergolèze, a aussi su inspirer les peiùtres. Que de chefs-d'œuvre reproduisent les douleurs de Marie. Toutes les écoles ont payé leur tribut à la mère de douleur.

Ami, je lui paierai faiblement, mais enfin je lui paierai le mien. Elle m'a envoyé ce petit naufragé, je veillerai sur son avenir. ^Demain, je le mènerai à la petite chapelle remercier sa protectrice. Puis, je lé placerai dans une famille de pécheurs. U s'instruira à leur école et continuera son rude métier ; nous en ferons un bon sujet et un bon marin. Voilà cependant le second enfant que la sainte Vierge m'envoie. Je la remercie.

— C'est une grande vertu que la pitié ; ma chère Constance, conservez-la.

Ait CAUSERIES DU SOUft.

«—Pourquoi ne m'avez-vouçfNis nommée .Dolorès : il me semble que ce nom me convenait.

•— Point autant qne œlai de Constance.

Cette course m'a fatigué, je me retire; je tous quitterai demain à la-pointe du jour, je veux parcourir encore la côte.

NEUVIÈME SOIRÉE

M. de Kerkoffy à Taube matinale, se rendit sur la plage, les marins de la côte Ty avaient précédé, toutes les recherches furent vaines, et il resta démontré que ]fi frêle esquif avait été englouti dans FOcéan avec ceux qui le montaient, le petit mousse seul, survivait à ce naufrage, cette certitude attrista le bon vieillard ; il rentra pensif et fatigué, et .consentit à passer toute cette journée avec M°' de Monac.

Après le déjeûné, le soleil convia, par sa douce chaleur, les habitants de la Grange à une promenade dans le parc. Dès que les enfants eurent commencé leurs courses sur la pelouse, Constance attira sur un banc son vieil ami, dont dile menageait les force8,.et elle se hâta de lui dire qu'il lui devait une longue dissertation sur la Semainte-Sainte.

^- Demain sera le dimanche deç Rameaux, voyez avec quelle barbarie le jardinier, traite mes lauriers. .

•— Leurs, branches vertes remplaceront les palmes qne portaient à Jérusalem les juifs recevant avec une pompe infinie Jésus, qu'ils crucifièrent quelques jours après.

Je veux bien suivre avec vous l'histoire de cette sçmaînedes douleurs; mais avant tout; ave^-vous lu, avec votre fille, le récit de la passion ?

— Ce matin même, pendant que vous parcouriez avec tant de dévouement les rochers de la côte, Marthe m'a lu le qua-

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