TROISIÈME PARTIE. — HUmËHE SOIRÉE
trième réeit» Oh, ! nous la ooniiaissoiis bien cette lamentable
histoire.
— Les jours sont arrivés ; les prophéties doivent s'accomplir.
Celui qui a vécu dans la retraite et dans rhumilité, le fils de David, le fils de Dieu, sera roi un jour. 11 permet à ce peuple doDtles flots jpressés Font déjà entouré, dont les voix se sont élevées pour proclamer son règne terrestre, de le recevoir en souverain dans la ville royale , de le conduire à travers ses raes, en triomphateur, jusqu'au parvis du temple. Ce peuple a ébranché les arbres, il tient des palmes à la main, il couvre les chemins de feuilles vertes ; il jette ses habits sur le pas* sage; Tair retentit des cris et des acclamations par lesquels les hommes et les enfants saluent le Messie. « Jamais peuple D^en avaient tant fait pour aucun roi (1). Ce roi pauvre et doux était monte sur un ànon^, humble et paisible monture ; ce n'étaient pointces chevaux fougueux attelés à un chariot, dont la fierté attirait les regards. On ne voyait ni satellites ni gardes/ ni Timage des villes vaincues, ni leurs dépouillés ou leurs rois captifs.
Les palmes que Ton portait devant lui, tout l'appareil des triomphesordinaires était banni de celui-ci ; mais on voyait à la place les malades qu'il avait guéris, les morts qu'il avait ressuscites. La personne du roi (et le souvenir de ses nâirades faisaient toute la recommandation de cette fête (2). »
Et il devait en ét(ts ainsi, le Messie n'aspirait ni à la gloire mondaine, ni à la couronne de David, ses victoires sont ses miracles, il prétend régner sur les cœurs et sur les intelligences, mais pour ne pas tromper ce peuple enthousiasmé, il est humble dans son triomphe, il dédaigne les chars dorés et les chevaux fougueux, il accom[^ra la prophétie : <c Ne crains point fille de Sion : ton roi doux et pauvre, juste et sauveur, vient à toi monté sur un âne et sur un ânon (3). »
(1) Bossuet. Méditation sur VEtangUey la dernière iemaina du SaaTev.
(2) Bossuet, Loc, cit, (S) Zacharie.
414 GàUSERIES HU 90R.
Etoependwtil pmirsiiit,fttDsi aeeom^agoéyjiuqa^àlaiiiratagne du Temple : «c II y paraît comme le Seigneur éL eolDOie k maître, comme le fils de la maison, le fils da Dien que Ton y sert. Ni Salomon, qui en fat le fondateur, ni les pontifies, qai y ofiraient avec tant d'éclat, n*y avaient jamais reços de pareils honneurs (1). n
Le Messie parie au milieu du peuple, il glorifie son père* il condamne le monde, le prince de ce monde ya être chassé (2).
Oui, le prince de ce monde Ta être chassé, car le règne du Très-Haut est proche, carFidolâtrie ya cesser, car la croii ya régner sur Fempire de Satan.
Ne TOUS étonnez donc pas si FÉglise, conseryant le souvenir de rentrée triomphale de Jésus-Christ à Jérusalem, met aujourd'hui des palmes à yotre main , si elle entonne un chimt de gloire, ne vous étonnez pas davantage si elle vous conduit au pied de la croix pour Tadorer et y déposer vos lauriers : le triomphe de la croix commence.
— Le dimanche des Rameaux est commémoratif de l'entrée de Notre-Seigneur à Jérusalem ?
— Oui, Constance, et de plus ce jour-là la Pàque est ouvertCi c'est-à-^ire que la communion pascale, ordonnée par les commandements de l'Église, commence.
— Le lundi et le mardi que &tt-on?
— Vous retrouverez à la messe, le premier jour,- le rédt du repas chez Simon le pharisien, le mardi lapasâon selon Saint- Marc, le mercredi celle de Saint-Mathieu; quoique les offices des deux premiers jours ne présentent rien d'extraordinaire, toutefois les textes des écritures nous rappellent lesr prophéties.
, — - Le mercredi commencent les ténèbres.
-r- Oqi.
— Qu'est-ce ^e cet office?
(1) Bossuet. Loc. cit.
W Saint Jean, XII.
TROISIEME PABTIE. — BUiTIËHE SOIRÉE. 41$
•— Un mot d'abord sur h Semaim^-Sainte, Pès les pi^emiers siècles cette semaine portait ce nqni ou celdi de la grapde semaine ; Saint^Eusèba lui donne le nom de semaine des -veilles; les Latins TappeUeqt la semaine laborieuse^ la semaine peineuse.
— Quel joli nom I
— Les Grecs : semaine de douleur, jours de croi^L et de supplices.
Les jeûnes, les mortifications de tout genre redoublaient surtout dans les derniers jours ; les œuvres seryiles étaient suspendues ; les tribunaux vacq^uaient; les fidèles passaient la plus grande partie des nuits en prières et en exercices de piété ; on Qe inangeait que des aliments secs, on jeûnait au pain et à l'eau ; les rois eux-mêmes s'arrêtaient dans leurs voyages ^ leur cœur s'ouvrait à la clémence.
—7 Oh ! les beaux temps que ces temps!... Que nos cœurs sont froids, nous marchandons avec la mortification et même avec la prière, les ténèbres viennent de ces veilles prolongées, n'est-ce pas?
— Oui, chère amie, l'Eglise a tenu compte encore ici de notre faiblesse, elle a avancé l'heure des offices de la nuit, les matines des trois derniers jours de la Semaine-Sainte ont pris ce nom de Ténèbres.
L'histoire des offices deces j.ours solennels est très-curieuse, je voudrais vous la redira en entier, mais ma mémoire se trou- ^ verait en faute : je vous la lirai (1). Je me contenteraide vous répéter que tout ici est commémoratif, historique, et que la lilhurgie actuelle a conservé ce qui pouvait être conservé de Tantiquité, soit au fond, soit dans les formes.
Vous retrouverez dans les ténèbres les magnifiques paroles des prophètes, des Pères et les sublimes accents du roi David.
— ^Si j'étais donc à Paris !... Je suivrais la retraite de Notre- Dame, j'aurais la belle musique de Saint-Roch.
(1) Voir pour tous les détails des cérémonies de la Semaine-sainte, les/n*- ^^mctions svr Us fêtes déjà citées.
416 CAUSEiOES BU SOIR.
— Vous aiez bien raison de regretter œs solides instructions, ces belles cérémomes.
^^ Que je suis mldbeQreuse de ne pouvoir assister aux cérémonies romaines du Jeadi-Saint. Je les ai vues une fois, mais je ne les ai pas comprises. Expliquez moi le Jeudi-Saint.
— Oh I ce jour est grand entre tous les autres, Notre-Seigneur savait que son heure était Tenue de passer de ce monde à son Père ; comme il avait aimé les siens qui étaient daus le monde, il les aima jusqu*à la fin (1).
Comment les aimar-t-il, comment leur prouva-tnl son amour? Encore quelques heures, et il ta être saisi par les juils, traîné de supplices en supplices il va passer de ce monde à son père et les siens qu'il aima jusqu à la fin né Tauront plus au milieu d'eux. Que £era-t-il? car il aime !... il restera parmi nous, il nous nourrira, il se fera Hostie perpétuelle!... Comment?... Il institue la divine Eucharistie, le sacrifice, le sacerdoce.
Par rEucharistie, il est toujours présent sur nos^ autels, par rEucharistie, il nous nourrit de sa chair, nous désaltère de son sang.
Par le sacrifice ce sang coule sans cesse pour nous, Thostie ine manque jamais au sacrificateiu: ; ce sacrificateur, il Tinstitue.
— Que de bienfaits en un jour !
— Suivons rhistoire de ce jour, je vous en conjure, rien n^est inutile ici : a Après le souper, le diable ayant déjà mis dans le cœurde Judas le dessein de le livrer, Jésus se leva de table, quitta ses habits, et mit un linge devant lui ; puis, ayant versé de Feau dans un bassin, il commença à laver les pieds de ses disciples et les essuya avec le linge qu'il avait attaché autour de lui (2). )>
Dans cette assemblée il y a un traître, le Sauveur ne l'ignore pas, et cependant que va-t-il faire? Vous le voyez, l'acte
(1) Saint Jean, XIII.