PREMIÈRE PARUE.— QUATR1ËHE SOIRÉE
Voilà donc le christianisme tout entier ! aimer Dieu, aimer les hommes. Aimer la suprême Bonté, aimer nos frères.
Est-ce difficile? est-ce raisonnable ?
La belle chose, ma chère Constance, qu'une religibn où Tamour est tout, où il ne s'agit que d'aimer 1 Gomme cette religion ira* bien à Thomme dont le cœur a besoin d'amour, tellement que c'est là l'un des grands souvenirs de sa nature primitive, l'un des traits, hélas^! effacés de sa ressemblance avec Dieu, l'amour suprême, l'amour par essence. Doutezvous î Voyez comme Thomme a besoin d'aimer, puisqu'il s'attache à tant de choses passagères. Voyez comme il prodigue son amour ; si vous saviez comme cette divine doctrine le dirige sûrement, cet amour de Vhomme ; elle lui donne pour objet quoi I llnfini d'abord ; puis le genre humain. Je ne sache rien de plus admirable que ce double précepte ; aussi n'a-t-il pu être prononcé que par une bouche divine.
— Oui, oui ; vous avez cent fois, mille fois raison, et en parlant ainsi la jeune femme pressait le bras du vieillard ; oui, répétez-moi ces paroles ; elles font un bien infini à l'âme. Oui, elle est belle, sublime, divine, la doctrine qui parle cette langue au cœur de l'homme ; oui, il me semble bien facile d'aimer Dieu. Mais, mon ami, vous êtes le premier auquel j'entends tenir ce langage. On ne m'a jamais montré le chri^ianisme sous ce point de vue, et cependant je savais toute Vhîstoire que vous avez résumée. Je crains que vous ne vous trompiez et que votre bon cœur et votre imagination ne vous aient entraîné au delà de la vérité. Le christianisme de ma pension n'était pas celui-là, je vous assure.
— Le christianisme est un, ma pauvre enfant j celui de votre pension était bien le même que le mien ; seulement, vous avez fait aussi peu d'attention à votre catéchisme, que Ton a mis peu de :^èle à vous l'expliquer. Le plus souvent l'erreur vient de l'ignorance. Je vous proteste que je suis dnns la vérité. Ou méconnaît trop facilement le véritable esprit de TEvangile. Sa loi s'appelle la loi d'amour, et quelle preuve d'amour plus forte que celle donnée aux hommes par son au-
leur? Il soafifre et meurt pour eux.... U se donne sans cesse le titre de Fils de Thommei il appelle les hommes ses frères et les convie à rbérilage de son Père. U est tout amour. L'amour, n'est-ce pas son essence '^ Tamour n'est-il pas le mètre dont il use pour mesurer ses miséricordes? voyez, il pardonne à la pécheresse parce qu elle a beaucoup aimé.
Le monde repousse le christianisme parce quUl ne le connaît pas. U en fait une doctrine sévère et terrible, froide jusqu'à la glace ; lui, le christianisme que Ton proscrit, qui seul échauffe l'univers moral, lui, qui seul maintient encore un lien parmi les hommes.
Si vous examiniez un instant ce que le christianisme a fait des hommes et pour les hommes, vous resteriez plongée dans rétonnement le plus profond. Où, je tous en prie, Tamour de Thomme dans ce monde païen, où Pesdaire était non une personne, mais une chose, que le maître pouvait jeter aux murènes, où -l'enfant vivait par et suivant le caprice du père, où Ton sacrifiait le prisonnier de guerre aux dieux, où l'étranger n'avait pas de droits? Parcourez encore les parties du monde, dans lesquelles la foi n'a pas pénétré, et voyez la femme brûlée sur le bûcher de son mari, l'enfant dévoré par les bêtes, leur servant de nourriture, si le père trouve la famille trop nombreuse ; la femme vendue et enfermée dans le harem ou dégradée jusqu'à l'état de bêté de somme; l'en* nemi vaincu dévoré par le vainqueur : voyez que de supplices inventés par la férocité d'un peuple qui n'a pas de frein ! Voyez la férocité des chefs, et tout cela disparait devant le flambeau de l'Evangile. L'homme est un frère auquel on doit amour. L'enfant est à peiue conçu qu'il devient un être digne de respect et d'amour ; la femme est protégée, honorée, et plus les êtres sont faibles, plus ils inspirent de dévouement et de respect. Voyez tout ce que l'amour des hommes inspire au chrétien : il se fait missionnaire, infirmier, chevalier, professeur, geôlier ; rien ne lui coûte dès qu'il s'agit de soulager une misère, de protéger un être faible et souffrant. Ces pages de l'histoire de l'humanité sont admirables.