TROISIÈME PARTIE. — DIXIÈME SOIRÉE
envers le, proebain, l'esprit de sacrifice, rabtiégation du moi humain ? \
— Oh! je le sais» Lucie est ornée de toutes ces vertus, elle y unit une tendre piété, une sérénité d'âme inaltérable; mais, encore une fois> Lucie n'a pas eu à sortir du tombeau, comme moi , mon Dieu ! et, suivant ce que vous dites si souvent , comme vous.
— Encore une fois, qu'en savez-vous î
— Ohl cela se voit, mais que m'importe, aprèâ tout.
— Eh bien! Lucie, chère enfant, Lucie a eu des jours mauvais ; Lucie , fille d'une mère chrétienne , mais janséniste, a eu bien dei» scrupules , bien des froideurs à vaincre. Ne croyez pas que ces âmes qui , depuis l'enfance, suivent la loi, ne soient pas sujettes à beaucoup des misères ; Constance, ceux-là qui sortent du tombeau avec le Sauveur, partageront sa gloire plus sûrement peut-être que ceux pour lesquels la vie de la grâce n'a pas cessé à leurs yeux , encore qu'à ceux de Dieu cette vie se soit traînée molle et languissante.
Quoiqu'il en soit, quel beau jour que celui de demain, ressuscitons tous avec le Sauveur, vainqueur de la mort , vamqueur du péché ; ouvrant le ciel à l'homme racheté par son sang, rattachant la terre au ciel par la croix, la croix, qui, triomphante, resplendit d'une gloire éternelle.
La résurrection de Jésus-Qhrist!... mais c'est Taccomplissement des prophéties, c'est la preuve la plus évidente de sa divinité, c'est le miracle le plus éclatant de sa propre histoire; la résurrection, c'est le motif de notre foi, de notre espérance et de notre charité.
Si le Seign^r Jésus n'est pas sorti du tombeau, notre foi n*a pas de bases certaines ; s'il n'est pas sorti du tombeau, il n'est pas Dieu, et alors le fils de Marie n'est plus qu'un sage, qu'un philosophe, qu'un bienfaiteur de l'humanité digne de notre reconnaissance et de notre estime f et, cependant, qu'estce que ce sage? ce philosophe?... Un imposteur L., il s'est dit ^e ï^^ils de Dieu, il a annoncé qu'il sortirait du tombeau, vainqu^Qf de la mojrt, et si les saintes femmes , les disciples , les
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Apôtreft OBt été dupe» d'une erroat , ditoHOM)! pourquoi nous sommes-nous prosternés hier devant ce Dieu mort pour les- hommes? Cet homme v doiit< nooy adorivons la morale, n est pas plus^igneque Numa^ que Platon, que-tant d^autn;s de nos respects ;. y inous^a trompés et noite trompe enoore; et s'il nous trompe^.oh! jevons en prie, dites-moi on Phumanité trouverait-elle la lumière? Depuis dix-huit siècles , elle suit cette doctrine , elle y croit , die y sacrifie ses passions, ses instincts; elle humîUe devant elle sai raison, cïle troWe en ses dogmes l'explicaiion de sa nature preipre, le mot dfe son énigme ;.elle a soif de bonheur, l'humanité et le honheur ne lui apparaît nulle part et fuit devant elle, la morale du Christ seule le lui promet^et le lui assure, et le Christ serait un imposteur et rhumanité se serait trompée ;.eile eût confondu un sage et un Dieu! elle &a serait enoore à Jupiter; à Apollon, sous une autre forme!.. Oh ! non^. non^ Constance, lé" Christ est ressuscité, il vit, il est vainqueur.
— Je le crois comme vous, mon viel ami. Mon âme salue avec bonheur le fils de Dieu dans Jésus 'ressuseité.
— Voyez ce qui arriv^iâi encore si' notre foi était vaioe. Où seraient nos espérances !... Eiélas! après avoir parcouru le cercle entier des jouissances^ après avoir épuisé la coupe des voluptés, après avoir dévoré le fruit de Varbre^de la science, l'humanité haletante et épuisée, rhmnanité'ohancelante s est asase à Tombre du. calvaire, et le oalvaireneprojeteratt sur elle que le reflet d'une lumière fallacieuse?
Mais alors, sida calvaire ne part pas eettechatoeraystériense qui unit le temps et Téternité, si le supplicié du calvaire, n'ouvre pas le. Paradisi Pourquoi espérbns^nonsl... Car, vous le savez par> expérience, chère amie, nous n'espérons qvi en 'l'avenir; et en Taveuir éternel.
Si cette réalité qui nous presse de son étreinte glacée est tout, si l'idéal que nons poiorsuivons avec une constance non déffl^tie nëtait qu'un fantôme 11..
—T Alors!...
-^ 11 faodbaît bien l^avouer» Tespérance serait une folle.
TROISIÈME FARTHL— DOifiaifi SOIRÉE. 4SI
Gonstance; siiiuitre foi est 'faim si le Christ' n-edt pae ressuscité t. sMl ne mfi» a^>pa&' ouvert la perte de Tétenrité bièn^* heureuse', s'il. nous* a trompé en- neus^ ooinvTant' au pafrtagi^ durojBiiine'du. Père^^'avoiu^DOU» à' espérer*! . . . ISeg BèixBnte ans TOUS ra£iiiiiieiit, Itivveoir esti semÛable mf présent , au , pasflét.
-<- Jaileceroîs.
— Sra^rétermté^.sBBss Dieu, sans la réalisation des promesses derHoimne^Dîeu^ cbercbossle semmeil de la mort; €w le sammeiL sains revdrL * . Toilà le bien snprème !
— Cessez^ je^ousen prie, o&langage, il nie tfouble et'me glace: Oh! non^nen, pas de doute,^ pas un seul^ je ne pourrais plus YÎvre, car je ne pourrais plus espérer, je ne pourrais plus ainier. <
Qui ain^er, mon Dieu, sinon vous !... Qui aimer, si vous avez trompé rhumanité. Oh! moi qui n^ai trouyé un peu de paix qu'en vous aimant, qu^en aimant votre loi, il me faudrait Deplua avoir confiance en tous. Non, non; le Christ triomphe, il vit, il est ressuscité.
-<- Voulèz*voùs, Constance, que je vous donne les preuves de la Térité de ce miracle?... Elles abondent.
— Je n'ai pas besoin de 'ces preuves; je suis aussi persuadée que Ton petit Vèïte de la vérité du récit des Evangélistes. Oui, je crois» que Marie-Màdelaine vint dès le matin > lorsque les ténèbres régnaient encore, et qu'elle vit la pierre du sépulcre enlevée rotti* je crois quePterre et Jean vinrent aussi aux cris» de Madelàine au sépulcre et que Jean, arrivé le premier, vit le lioœul^à terre; oui, je crois que- saint ^ Jean a donné avec vérité ces détails; oui,» je* crois que le Seigneur apparût à Alarie qu'ilôt apparu aux disciples^ qu'il leur a parlé, qu'il a man^ avec eux*, qu'il leur a montré ses mains et son côté, qu'il arpemns à Thomas dtt sonder la profondeur dé ses bléslitres ; oh 1 oni^ je crois toutes ces ehosesi
— Et vous ave» grandement raisou. Heureur ceux qtri ' c^^ -oient, chère amie, je ne sais rien de plus triste que Tiu-
^t^ulîté.
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Oui, BOtre M repose sur le roc de la Térité ; oui, nos espémieet sont fondées; oui, le Seigneur Jésus est ressascité d'entre les morts^ il «'est manifesté aux hommes après sa ré- 8Qrrectiaii;il est monté au ciel, où il règne à la droite de Dieu.
— En sortant du tombeau, Jésus-Cbrist a Tainca la mort et le monde ; avec son avènement an ciel commence un monde nouveau, c'est le christianisme désormais qui va régner sur les intelligwces, c'est l'esprit de sacrifice et de dénouement qui yfà remplacer Végoîsme étroit du paganisme.
— Oui, sans doute, mats considérez ce triomphe et Toyez combien il est lent et douloureux ?. .. Que de sang et que de parséeutions !... Satan ne. rend pas les armes sans combattre, croyez-le bien; entré dans le cénacle avec Judas, il saura succiter à TEglise naissante toutes sortes d'épreuyes, Jes hérésies naîtront, les schismes apparaîtront, les écha&uds se dresseront, les tortures se multiplieront, les passions se déchaîneront, et le» hérésies seront vaincues, et la mort sera bravée, et le sang des martyrs, eomme une rosée féconde, multipliera les fruits de la moisson ; la patience des Tictimes lassera la fureur des bourreaux. Et voyez-le encore les vierges le disputeront en courage aux hommes endurcis aux douleurs, aux souffrances^ les femmes mourront dans Taréne comme les prêtres du Seigneur, et les passions et les instiiicts de la chair et les révoltes de Tégméme, de l'orgueil, seront vaincus amime la férodté des païens ; la croix élèvera sur Vunivers ses bras sur lesquels reposa Celui /qui, victime innocente, ne cessera jusqu'à la consommation des âiècles de renouveler son holocauste^ mais, parce que la croix règne, FEglise n'a pas conquis le repos, semblable au bateau, battu par les flots, elle est poussée incessamment vers des dangers renaissants ; elle n'écbappe à un péril que pour en rencontrer un autre. Si les persécutions cessent, les héçésiesse présentent; si le calme semble naître, ce calme trompeur, appo^rte avec lui l'indifférence, la mollesse, le relâchement même dans le sanctuaire!... La rouille, chère amie, attaque les lames les plus fines, les cuirasses les mieux trempées, quand, suspendues