‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 207 sur 259 · TROISIÈME PARTIE. — DOUZIÈME S(^ÉE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — DOUZIÈME S(^ÉE

Louise laissait couler des larnpies dont elle comprenait si bien la sincérité ; elle compatissait de tout son cœur à cette si poignante souffrance ; elle glissait quelques mots de résignation, de soumission à la volonté de Dieu, et, à force de compassion, de patience, d'affection, Louise obtint un peu de calme. Sa mère vint la rejoindre, et consentit sans peine à passer la semaine à La Grange.

Au bout de peu de jours, messieurs de Kerkoff et Fouville purent être admis avec plaisir ; madame de Monac apprécia le dévouement du dernier, qui s'engagea à passer quelques semaines avec elle. 11 comprit enfin à celle école que le christianisme pardonne alors que le monde ne pardonne pas, qu'il inspire des dévouements pénibles alors que le monde repousse la gêne même la plus légère; il admiraJa résignation de Constance et la simplicité de sa vie de tous les jours.

Plus il sondait le cœur de cette pauvre femme, à laquelle il avait voué un attachement aussi désintéressé que profond, plus il admirait les changements survenus en elle. Il remerciait avec chaleur Lucie et son mari de leur œuvre ; il commençait, lui aussi, à croire que le christianisme , auquel il n'avait jamais pensé autrement, avait du bon, et il était bien tenté de Tétudier.

DOUZIÈME SOIREE

Les amis de madame de Monac ne pensèrent pas à s'éloigner de La Grange avant qu'elle eût repris la plus grande partie de ses habitudes. Depuis longtemps, Lucie et sa fille avaient promis à l'une de leurs parentes de passer quelques jours à Nantes. Un prédicateur célèbre prêchait le mois de Marie ; on touchait à la clôture de la station ; cette circonstance

détermina le départ de ces dames ; FouTille rédama la foveur de les aocompagpaer ; il ne connaissait pas cette ville. M. de Kerkoff s'engagea à rester auprès de Constance pendant cette absence; elle approuira beaucoup ces arrangements, souhaitant que sa jeune amie trouvât sur les bords de la Loire un peu de distraction et quelque diversion aux sentiments si pénibles qu'elle emportait de chez elle.

Le printemps régnait alors dans toute sa beauté; Constance consentait déjà à quelques promenades, soit seule, soit avec Lucie ; ^Ue avait visité la petite chapelle de Notre-Dame-des- Bois, et elle s*étonnait de la voir plus parée, plus fréquentée que de coutume. Le soir qui suivit le départ de mesdames de Kerkofi^ profitant de la douceur de Tair, elle proposa à son vieil ami une course v^s la cabane de Fresneau. Elle n'avait pas vu Yvonne depuis longtemps, et elle se reprochait la négligence dont ses parents étaient sans doute victimes. Chemin faisant, elle rencontra des jeunes filles chargées de bouquets, et elle leur demanda où elles les portaient. 11 lui fut répondu que la clôture du mois de Marie devant avoir lieu le dimanche suivant, la jeunesse des environs se disposait à rendre solennelle la pieuse cérémonie du soir à la petite chapelle de Notre- Dame-des-Bois. Le recteur avait promis de donner ia bénédiction du Saint-Sacrement, et un prédicateur populaire devait prononcer un discours. Comme Ton était au vendredi, on commençait les préparatifs de la fête.

— Heureuses jeunes filles, ami!... Ellœ ne pleurent pas leurs mères I elles envient sans doute le bonheur dont elles supposent que je jouis?... Et avec quelle satisfaction j'échangerais ma plus belle robe de soie contre leur jupe de laine, si avec cette jupe je prenais possession du calme dont elles goûtent la douceur I ... Oh ! ne me grondez pas ! j'envie, oui, j'envie le sort de toute femme dont le cœur n'est pas fermé comme le mien à Tespérance. Quelle destinée que la mienne ! Supposez pour un instant que le ciel m'a privée de vous» de Lucie et de Louise, et dites-moi dans quel cœur le mjen verserait-il ses douleurs?Et j'ai'un mari, il est à cinq cents lieues de moi peut-être.

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