TROISIÈME PARTIE.-* DOUZIÈME SOIRÉE
J'ai eu des soeurs, elles soint mortes ; j'ai eu un excellent përe« il est mort ; une mère ! ... eh bien , elle est morte . Mes enfants ?. . . oh ! qu*ils sont jeunes !.. . Sans vous autres mes pleurs couleraient solitaires ! Et ces pleurs, ne me dites pas d'en arrêter le cours, je ne le puis ; ne me dites pas d'espérer, je ne le puis. Qui aura pensé à avertir ma mère de l'approche de l'heure suprême? Quelle destinée ! Sans cesse éloignée de tous mes proches, je n'ai pu recueillir le dernier soupir de mon père ; il ne m'a pas été donné de fermer les yeux de ma mère, de prier près d'elle, de déposer sur son front un dernier baiser!... .Et mon mari, il mourra loin de moi !... Personne, non personne ne murmurera une bonne paroleà son oreille; il mourra sans savoir que je l'aime, que je lui ai pardonné ! Oh ! qui sait ? peut-être la main défaillante de ma mère a-t-elle cherché une main, et les Océans nous séparaient. Ne me parlez pas du ciel, d'une réunion possible ami, cette mort a été soudaine ! . . .
M. de Kerkoff ne cherchait plus à combattre ces idées, l'expérience lui avait démontré la vanité de ses efforts ; il tendait seulement à détourner leur cours. Il frappa à la porte de la cabane, et la sœur d'Yvonne parut ; son tablier était plein de muguets dont elle formait une guirlande qu'elle destinait à orner l'autel de la Madone. Yvonne dormait ; Fresneau, son fils et sa femme étaient dans les bois« Constance s'enquit des besoins de la famille ; ils étaient nombreux : la chèvre ne donnait plus de lait, les vêtements manquaient. Bientôt il fut pourvu à tout, et le nom de madame de Monac fut béni par la pauvre fille. >^
— Ne trouvez-vous pas quelques charmes à entendre ainsi bénir votre nom. Constance?
— ^ Oui, surtout si je pouvais ofi'rir avec confiance au Dieu de toute miséricorde la reconqaissance de celjte enfant pour le repos de celle que je pleure.
Croyez-le, ami, j'envie le sort de la sœur d'Yvonne. Comme son visage esjt souriant! comme son œil est calme!... Oh! le bonheur ! le bonheur ! . . .
— Le cherchez-vous encore?
— Je snis oontaincue. . . Ed doutez*-Tous?'YoQs venez de m^enfendre eC je disais ma pensée la plus intime. J'ai foit bien des expériences depnis nn an, et je suis arrivée à cette conviction : le bonheur n'est pour l'bumanité que dans le calme du cœur« dans la paix de Tâme ; et ce calme, cette paix, nous ne les possédons que par Paccomplissement du devoir. Ce trésor précieux une fois acquis, se conserve-t-il autrement que par la résignation, la foi, Tespérance et la charité? Oui, le christianisme est la loi par excellence de Thumanité ; en dehors de lui resprit flotte dans un océan de doutes ; le coeur s^épuise en efforts agiles aussi vains que stériles ; Tâme s* use, se matérialise ou s'exaspère jusqu*au désespoir. Aujourd'hui je rends définitivement les armes ; je sais que sans la résignation à laquelle je me soumets tout entière, en face de cette douleur sans espérance, j'invoquerais le néant , j'appellerais son sommeil.
Pourquoi ne puis-je tresser, moi aussi, des couronnes et des guirlandes pour la Vierge mère dès affligés?... Pourquoi, ami, ces bouquets pour notre chère petite chapelle? il me semblait que dimanche l'Eglise célébrerait la fête de la Pentecôte, et je ne croyais pas qu'il y eût en ce jour une dévotion spéciale à Marie?
— Vous a^ez raison ; mais dimanche sera le dernier dimanche de maij et dans notre paroisse la clôture du mois de Marie aura lieu.
— Qu'est-ce donc que le mois de Marie? *
-^ Depuis la fin du dernier siècle, L'usage de consacrer le mois des fleurs à la Mère du Sauveur s'est introduit, et l'Eglise de France a accepté avec empressement le bon exemple qu'elle recevait de l'Italie. Rien n'est obligatoire, comme vous le pensez bieni dans ces prières, ces visites, ces actes de piété multn plies par le zèle des enfants de Marie ; le vénérable PJe VU a accordé des indulgences précieuses à l'observance des petites règles prescrites par son rescrit.
— Oh ! je me souviens à présent des réunions si touchantes dont j'admirais en Italie la ravissante naïveté à pareille époque
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aux pieds des Miadones. Pietise idée que cette* ooi»éeration du plus beau mois de Tannée à le Vierge &dè}el..i Quaùd k-Ba-r ture reprend tout son éclat» quand elle se pare'de ces fleurs sanà nombre, de celte verdure admirable, quand Pair est embaumé par mille parfums, quand les oiseaux remplissent les bois de leurs chants variés» oui, il est bien à ndus de ehanter aussi les louanges de la plus pure, de la plus belle, de la plus sainte des Vierges I
Dimanche!*.. Mais ce sera une bien grande fêle, et je re* grette que ce dernier jour du mois de Marie ne soit pas tout entier consacré à sa glorieuse patrpnne.
— La Pentecôte ne saurait être remise. Quel grand mys* tère que celui dont l'Eglise nous offre le souvenir en ce jour!
Kerkoff vit avec une satisfaction infinie que madame de Monac prêtait une attention soutenue à la conversation /et il continua :
Le christianisme repose sur la foi à la Sainte-Trinité, sur la foi en un Dieu en trois personnes, le Père, le Fils et leSâint*-
Esprit.
La puissance, la bonté du Père se sont révélées parla création, le Fils s'est manifesté par le mystère de la Rédemption. Si le Père a tiré Thomme du néant, s'U a conversé avec lui, il lui a donné ses premières lois; leFils^ après la chute fatale, s*est dévoué au salut de cette créature ainiée et coupable, il a résolu de la ramener au bonheur. Vous savez, Constance, à quel prix il a payé cette rançon. Ëst^^co que la troisième personne, est-ce que le Saint-^Esprit ne tânoigoera pas aussi à Thomme Famour qu'il lui porte? Lui aussi tient en réserve des trésors de charité, lui aussi a des dons immenses à répandre sur la créature du Père , sur Tesclave racheté par «le Fils I Les trois personnes l'une après Tautre combleront de biens rhumanité ingrate.
— Quelle reconnaissance spéciale devons^nous au Saint- Esprit ?
— Déjà, à propos de la confirmation » je vous ai parlé des
doQ6daSaiiit«EsiNrit(l),et sinria mémoire ne me trompe pas, je me suia permis de vous rappeler ce que notre foi nons enseigne de la troisième personne de la Trinité ; dans cette même conversation je vous ai dit un mot de ce qu'elle fait pour nons.
— Oui, mais bien brièyement.
— En méditant avec un peu d'attention ce qui se passa le jour de la Pentecôte, nous comprendrons mieux la glorieuse part que le Saint-Esprit réclame dans notre sanctification.
— Eh bien?
— - Quarante jours après sa résurrection , notre Sauveur monta au ciel, et ses dernières paroles furent une promesse formelle: a Vous recevrez la vertu du Saint-Esprit venant siir vous, et vous serez témoins pour moi à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre (2).
Les apôtres, vous le savez, rentrèrent à Jérusalem, vécurent ensemble, se livrant à la prière en attendant la réalisation de la parole du maître.
Dix jours s'écoulèrent ainsi.
a Quand les jours de la Pentecôte furent accomplis, les disciples étaient tous ensemble dans un même lieu et soudain un bruit s'entendit, venant du ciel, pareil à un vent violent qui s'approche, et il remplit toute la maison oii ils étaient assis, et ils virent comme des langues de feu qui se partagèrent, et elles se reposèrent sur chacun d'eux, et ils furent remplis de l'Esprit saint, et commencèrent à parler diverses langues , selon que TEsprit saint les faisait parler. Or , il y avait à Jérusalem des Juifs religieux de toutes les nations qui sont sous le ciel. Ce bruit s' étant répandu, une multitude de personnes s'assemblèrent, et fut tout étonnée de ce quechacua les entendait parler en sa propre langue, etc. (3).»
Voilà le récit de l'Ecriture ; voilà l'un des plus grands mi-
(1) Deuxième partie, cinquième soirée.
(2) Actes des apôtres,
(3) Actes des apôtres.