TROISIËMB PARTIE* *- DOUZIÈME SOIRÉE
question, posez-la-moi ei vofus jie Toulez, je* vous répondrai sans chercher la moindre explication : ceci est un mystère. Les mystères, je ne les comprends pas; si je ks comprenais» ils ne seraient plus mystères.
Je sais une chose, chère amie, c*est que, pour moi, pauvre être fini, dès que j'examine certains sujets , mon œil il& saisit plus, mon esprit se trouble, je ne comprends pas ; ei comment m^élonnerais-je ? ma faiblesse m'est connue. Je crois avec Montaigne que « mille et mille choses peuvent être qui excèdent notre capacité. » Je crois encore avec lui ce que les choses qui nous Tiennent du ciel ont seules droit et autorité de persuasion, seules la marque delà vérité, laquelle aussi ne voyonsnous pas de nos yeux. Cette sainte et grande image ne pourrait pas être conçue en un si chétif^domicile si Dieu, pour cet usage, ne le prépare, si Dieu ne le réforme et ne le fortifie par sa grâce et sa faveur particulières et supernatarelles.
Certainement Dieu me vient du ctel, et sans sa grâce et sa faveur particulières et supernaturelles y jamais mon fini ne comprendra son infini. Je dois donc m'en rapporter à lui, et à lui qui se connaît, il appartient de se faire connaître à moi. » Ainsi se sont passées les choses. Dieu s'est-il révélé à l'homme tout entier? non , car l'homme n'aura cette connaissance que dans l'Éternité bienheureuse ; mais il lui a dit de lui ce qu'il lui a plu d'en dire, permettez-moi ce mot, chère amie ; ce coin du voile soulevé, pouvait-il mettre sous nos yeux une chose incroyable j je ne le crois pas ; une chose incompréhensible ? oui , je le crois, car je crois que Dieu a parlé et sa parole ne peut me tromper, j'ai foi en elle.
Maintenant ma foi est-elle contre ma raison, je ne le pense certes pas ; car dans ce que Dieu m'a révélé de lui il n'y a rien qui blesse cette raison à proprement parler; si elle n'est pas malade, elle sait parfaitement que tout ce qui tient à l'inrfini est au-dessus d'elle , est en dehors de ses proportions , de ses forces; elle se tient non pour battue, non pour confondue, mais pour satisfaite dès que le fait de la révélation lui est prouvé.
i64 CAUSERIES VU SOIR..
— Et si ce fait est constant pour vous « U Test toot autant pour moi.
— Il n*est donc pas nécessaire de rétablir ici ?
— Non.
— Eh bien, il résulte des saintes Ecritures que» quoiqu'il n y ait qu*un seul Dieu et qu une seule nature divine , il ^ a cependant en Dieu trois personnes : le Père, le Fils et le Saùnt- Esprit. La nature divine appartient en commun aux trois personnes, elle est tout entière dans Tune comme dans Tautre.
Ces matières sont très-délicates , Constance, je préfère citer que parler de moi-même. Ecoutez Tauteur de rinstruction sur les fêtes.
« Il est vrai que cet effet admirable (noire sanctification) est aussi produit par les deux autres personnes , puisque tout ce qui est hors de Dieu a nécessairement toute la Sainte-Trinité pour principe, comme nous l'avons déjà remarqué ; mais la sanctification des âmes, étant un effet de Tamour de Dieu envers nous, a un rapport particulier avec la personne du Saint- Esprit en tant qu'il est Tamour du Père et du Fils. Pour mieux entendre ceci, il faut savoir que, quoique la Sainte-Trinité opère en comnmn tout ce qui a rapport aux créatures, 0 y a cependant des ouvrages qui sont particulièrement attribués au Père, d'autres au Fils , d'autres au Saint-Esprit , à cause de l'analogie qui se trouve entre certaines opérations et les perfections divines qui entrent plus particulièrement dans la notion de chaque personne ; ainsi , on attribue au Père les Œuvres de la puissance divine , parce qu'il est le principe des deux autres personnes et qu'il leur communique sa toutepuissance avec sa nature et toutes ses perfections. On attribue au Fils les Œuvres de la sagesse, parce qu'il est la sagesse éternelle du Père et le terme infini de de sa connaissance. Enfin, on attribue au Saint-Esprit lesOEuvresde la bonté di Dieu el de son amour pour les créatures, parce qu'il est l'amour mutuel du Père et du Fils (1).»
(1) Instruction tvr les fêtes, t. I, p. 495.
TROISIÈME: t>A6TIE. — DOUZIÈME SOIRÉE. ^ 465
Ces locutions,- ces attributions sont communes ; les explications que l'on cherche à donner de ce grand mystère sont incomplètes et feùsses dans le fond.
Pourquoi chercher à connaître ce que nous ne pouvons actuellement connaître?
Aussi, chère amie, ne tenterai-je pas de soulever le voile dont reste couvert à nos yeux mortels le Dieu du ciel. Je ne vous dirai rien de toutes les analogies que Ton a , avec plus ou moins de bonheur, offertes à la piété des fidèles. Je me contenterai de répéter avec un catéchiste fort connu : a Nous ignorons comment Tunité de nature s'accorde avec la trinité des personnes ; mais Dieu ne Tignore pas; et puisqu'il nous a révélé qu'il est un en trois personnes, nous devons le croire, quoique nous ne puissions pas le comprendre. Si quelqu'un, dit saitit Bernard, demande comment cela peut être, quMl lui suffise de savoir que cela est, le comment est un mystère quMl faut respecter et qu'on ne doit pas tenter d'approfondir. Il y aurait de la témérité à vouloir le sonder, la piété consiste à le croire, et ce n'est que dans le ciel quil est permis de le comprendre (1).»
Vous me permettrez de rester de l'avis de saint Bernard.
— Certainement ; tnais vous ne m'avez pas dit tout ce que
je dois croire à cet égard.
— Nous devons croire que le Fils est engendré par le Père et que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils.
*— Je me souviens Irès-bièn de cet article de foi , mais expliquez-le-moi.
— Chère enfant, celte partie du mystère n'est pas moins mystérieuse que l'autre, et vous me permettrez encore de res* 1er ici dans les limites tracées par saint Bernard; pour rien je ne voudrais être téméraire. Je sais le fait parce que les saintes Ecritures me renseignent. Le comment , je l'ignore, et j'attends qu'il plaise à Dieu, quelque indigne que je sois de cette
(1) Mûpplieation du catéehiifne, par Tabbé Ambroise Guillois.
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grâce infinie que je lui dmiande de toute mon âme, de m^admettre un jour à la connaiasaoce de sa divine essoioe.
Je m*écrierai avec Bosauet, si vous le voulez : m Dieu est fécond, Dieu a un fils. Pourquoi Dieu n*anrait*il pas de fils ? Pourquoi cette nature bienheureuse manquerait-elle de cette fécondité qu'elle donnée sescréature8(l)?....^ UnDieu peut-il venir d*un Dieu? Un Dieu peut-il avoir Tétre d*un autre que de lui-même?... Oui, si ce Dieu est fils. Il répugne à un Dieu de venir d*un autre cpmme créateur qui le tire du néant; mais il ne répugne pas à un Dieu de venir d'un autre comme d un .. père qui l'engendre de sa propre substance (2). C'est ainsi quUl nous a été révélé que Dieu est père, que Dieu est fils, et que le père et le fils sont un seul Dieu , parce que le fils engendré delà substance de son père, qui ne soufiîre pas de division et ne peut avoir des parties, ne peut être rien moins qu'un Dieu et un même Dieu avec son père, car qui dit substance de Dieu la dit toute et dit par conséquent Dieu tout entier (3)... . a Au commencemmt le Verbe (la seconde personne de la Sainte-Trinité] iiaiU Remontez plus haut si vous pouvez, et mettez tant d'années que vous voudrez les unes devant les autres, il iUUt^ il est comme Dieu celui qui est (4).
ciDieu estdonc fécond; Dieuaun fils ; mais où ici estle Saint- Esprit? où est la Trinité Sainte et parfaite que nous honorons dès notre baptême. Dieu n'aime-t-il pas ce fils et n'en est-il pas aimé? Cet amour n'est ni imparfait ni accidentel à Dieu; l'amour de Dieu est consubstantiel comme sa pensée, et le Saint-Esprit, qui sort du Père et du Fils comme leur amour mutuel, est la même substance que l'un et l'autre; un troisième consubstantiel, et avec eux un seul et même Dieu. Mais pourquoi donc n'est-il pas fils, puisqu'il est par sa production de même nature? Dieu ne l'a pas révélé. Que sera-ce donc que cette finale production de Dieu? C'est une procession sans nom. Le
(1) Bossuet, Élévations iur les mystères^ deuxième semaine, chap. 1.
(2) Bossuet, deuxième éJévatioo.
(3) Id.
W Id.