TROISIÈME PARTIE. — TREIZIÈME SOIRÉE
la gymnastique avait son tour ; l§s courses à pied, même sous la pluie au milieu des rochers, développaient les forces de ce cher enfant. Les conversations de Pami de sa mère fortifiaient les généreux sentiments de ce jeune cœur.
Fouville avait aimé Franck traditionnellement d'abord, il l'aima ensuite pour lui-même. Il désira que M. de Châtaignier connût et appréciât cet enfant ; il obtint qu'il lui serait confié et que vers le commencement d'août il le présenterait à son grand-oncle, retenu loin de sa nièce par de nombreuses infirmités. Madame de Monac cqmprit Fimportance de cette yisile, elle adopta ce projet.
Le temps que l'aide de camp passai! à .La Grange n'était pas perdu pour lui. Jamais, nous l'avons dit , ses réflexions n'avaient été dirigées sur le christianisme ; très-occupé des choses de la terre, il pensait, peu à celles du del. Allait-il jusqu'à nier les doctrines de Jésus-Christ ? il n'en savait rien. Sa religion était celle deThonneur, le reste lui importait fort peu. Il ne dérangeait personne» respectait les convictions, ne riait pas de la dévotion, applaudissait de toute son âme au dévouement et honorait, jusqu'à la vénération la vertu partout où il la rencontrait vraie, simple et solide. Malgré lui le spectacle qu'il avait sous les yeux, celte femme si résignée, s attachée à ses devoirs, si charitable, si pieuse et si naïve; cette (amille de Kerkoff dont il respectait tous les membres, à commencer par le général dont il connaissait plus que personne la loyauté, l'énergie, la haute capacité i la facile amabilité de Lucie, sa douceur, sa charité ; la grâ,ce de Louise unie à des qualités aussi rares que solides, à une instruction peu commune, à des talents remarquables, tout cela Tétonnait. Les gens d'esprit croient donc, se disait-il, et ils agissent conformément à ce qu'ils croient !...« Sans en parlera personne, Fouville lisait, et Fouville causait ; l'abbé Le Blanc lui plaisait, souvent ils se rencontraient au bord de l'Océan. Le bon recteur ne hâtait rien, ne prévenait pas^ine question, mais pçu à peu l'esprit du soldat s'éclairait, et trouvant son cœur fort 60 rapport avec la doctrine qu'on lui exposait, il «entait toute
une rétolùtion prête à s'opérer en lui ; son honneur se trou- Tait ainsi que sa bonté native à Taise devant la morale divine, et Fouville à peu près convaincu ne repoussait pas le moins du monde le mouvement de la grâce Tattîrant an bercail : Cest que Fouville était un honnête homme , au cœar loyal, aux mains nettes, un esprit droit, aimant la vérité, une nature énergique, ne transigeant pas avec la conviction. Le recteur garda scrupuleusement le secret de ces mystérieux entretiens, il savait quel serait le résultat d'une imprudence.
La Trinité avait été Tobjet d'une dévotion toute particulière pour madame de Monac , elle avait retrempé sa foi dans la méditation de ce grand mystère : quelles actions de grâces n'avait-elle pas rendues à Dieu pour tous les dons qu'elle avait reçus de lui !
Une autre grande fête approchait^: la fête du Saint-Sacrement. Elle désira avoir une longue conférence avec son vieil ami, et elle l'engagea à venir dîner avec elle. Fouville de son côté avait donné rendez-vous au recteur pour cette même soirée ; ils devaient se retrouver à l'entrée de la forêt.
On prétexta une visite à une cabane de pécheurs, un peu éloignée de la maison, Marthe et Franck avaient demandé des coquillages aux enfants du marin.
Après une conversation assez insignifiante, Fouville s'éloigna, et aussitôt Constance débuta par demander pourquoi l'Eglise consacrait une semaine tout entière à la vénération du mystère de la présence réelle de Notre-Seigneur Jésus- Christ dans le sacrement de Tau tel, quoique tous les jours elle l'honorât au saint sacrifice de la Messe, quoique tous les jours elle lui rendit ses pieux hommages dans les temples où elle le sait présent.
11 lui fut répondu qu'au Wnd son étonnement se comprenait très-facilement, qu'en effet le Saint-Sacrement est l'objet d'une vénération journalière, constante même, puisqu'il est des ordres religienx voués à l'adoration perpétuelle et dont les membres, jour et nuit, prient devant le tabernacle.
Mais, ajoutait M. de Kerkofi", ce mystère est si grand, cette