TROISIÈME PARTIE.— TREIZIÈME SOIRÉE
croyiance est si oonsolante, elle a été tellement attaquée, que TEgUse ne peut jamais rendre trop d'hommages au Dieu caché sous les saintes espèces» qu'elle ne publiera jamais assez sa foi en ce miracle incessant, objet de sa reconnaissance et de son amour.
Sans doute tous les jours, à toutes les heures, des milliers <le voix s'élèvent de la terre vers le trône de F Agneau, répétant un cantique non interrompu d'actions de grâces ; . sans doute le Jeudi-Saint nous célébrons la commémoration de l'établissement de la sainte Eucharistie, mais ce n'était pas assez encore. Pouvons-nous constater trop notre foi ? Aussi est-ce par une démonstration publique, éclatante de cette foi, faite à ciel ouvert, en face de toute la nature, que la piété des fidèles aime à déclarer à l'univers qu'elle est attachée par des liens indissolubles au mystère auguste de la présence réelle.
— Il me semble que cette solennité est alors une sorte de protestation contre Tincrédulité.
— Oui, chère amie. Dévorés de cette foi ardente qui les. s conduisait aux arènes , les premiers chrétiens constataient
par des flots de sang leur croyance en Jé;3us-Cbrist; ils nV vaient pas besoin de sortir l'hostie du sacrifice en dehors des catacombes, de la suivre avec respect, de proclamer son triomphe leur amour, pour annoncer aux infidèles leur attachement profond à la doctrine des apôtres. Le cirque était là, et la mort glorieuse des martyrs était la déclaration d'orthodoxie la plus éclatante, la plus formelle qui pût être donnée. Aussi la fête du Saint-Sacrement ne remonte-t-elle pas à cette antiquité reculée ; aussi ses offices ont-ils un catactère tout particulier.
— Mettons un peu d'ordre dans notre causerie. Exposezmoi d'abord Tobjet de la fête. >
— • Très-volontiers ; mais asseyons-nous, la nature nous a préparéun divan délicieux , là sur ce roc couvert de mousse, en face du splendide océan. Marthe m^écoutera, et Franck cueillera des digitales et du chèvrefeuille:
L'objet de cette fête, Constance, "vous le connaisses ; ne
Ténérons^ous pas sp^ialemeot en eeo joara-Ià Tinstitution de rEuduurisUe?
— Pourquoi cette pompe toute particulière ? Le Jeudi-^aint rKgltse célèbre déjà une fête anfilQgoe.
— Nous l'avons dit, et Je viens de le répéter encore; mais comme le porte la bulle de 1264, « quoique nous renouveliions tous les jours à, la messe la mémoire de rinstUution du trèç-Saint^Sacrement» nous croyons cependant convenable de la célébrer plus solennellement au moins une fois l'année, pour confondre particulièrement les hérétiques , vu surtout que le Jeudi-Saint FEglise est occupée à la réconciliation des pénitents, à la consécration du saint chrême, au lavement des pieds, etc., qui Tempêchent de vaquer pleinement à la vénération de ce grand mystère. »
Ainsi, répondre à Pincrédulité et. aux hérétiques par une profession de foi solennelle, vaquer pleinement à la vénération de ce grand mystère, voilà le double motif de celte pompe et de Toctave du Saint-Sacrements
Les hérésies relatives à. la. transsubstantiation sont aussi anciennes que nombreuses. Je ne vous ferai pas leur histoire* elle serait longue et pénible. Pour confondre cette rage de Timpiété, Dieu a pennis un grand nombre de miracles. Je ne vous les rapporterai pas, vous en connaissez plusieurs, et les arts ont consacré le souvenir de quelques-uns (1). 11 semble que plus la malice des hommes s'attaquait à ce glorieux mystère , plus Dieu tenait à le prouver par des révélations, des faits publics, authentiques, irrécusaUes. Je pourrais ajouter que l'Eglise était poussée par son divin Epoux à l'institution de cette fête.
On comprend combien ont du être répétés et puissants les efforts du génie du mal contre le dogme de la présence réelle. Si nous autres catholiques nous croyons à tort à cet auguste mystère, que restera-t-il après sa négation?
Ce je ne sais quoi que Von prétend nommer christianisme
(1) voir, pour les miratiles, les ïnttfuttioM sur les fêtes, tome I.