TROISIËME PARTIE. — TREIZIÈME SOIRÉE
dans ces malheareux pays où: la naiisèû T^gaant en sduveratne interprète seule les paroles du Très-Haut. Que détiennent nos espérances si le Christ n'eist pas au milieu de nous? Gomment vivra notre foi si la nourriture divine luî manqué ? Qui soutiendra notre âme, si le verbe incarné ne réside point en* elle? Qu'elle est froide et glacée la religion dans laquelle le tabernacle reste vide ! si la victime manqué à Tautel, le sacrifice cesse, et avec lui Foffrande et bientôt la prière ; notre culte tout entier s'écroule avec ce dogme , et de notre foi, Constance, quelle parcelle en conserverons -nous ? Je vous dirai ce que je vous disais naguère à propos de la rédemp* tion : si Jésus m'a trompé en cela, ma foi, toute ma foi est vaine. Le dogme chrétien est un, vous ne toucherez pas à l'une de ses parties sans ébranler l'édifice tout entier.
Si mon Dieu n'est pas tout entier sous les espèces consacrées, s'il m'a trompé, si l'Eglise me trompe, pourquoi conservais-je un atome d'une doctrine fort belle sans doute, mais souvent gênante, toujours opposée à mes penchants î
Si Jésus ne se donne pas à moi dans TEucharistie, si je ne mange sa chair, si je ne bois son sang, comment mon âme vivra-t-elle ? si la rédemption opérée au Calvaire par la mort de rHomme-Dieu est le salut de l'humanité, mon salut à moi n*est-il pas dans le sacrement de l'autel? je veux dire avec Bossuet : « Qu'il opère en moi mon Sauveur, la rémission de mes péchés, que ce sang dfvin me purifie, qu'il lave toutes les taches qui ont souillé cette robe nuptiale* dont vous m'aviez revêtu dans le baptême. »
Croyons donc, chère amie, avec l'Eglise, que dans l'Eucharistie Jésus-Christ est tout entier sous les apparences du pain et tout entier sous les apparences du vin»
— Vous le savez, je ne doute pas ; dites-moi donc un mot de l'histoire de cette fête.
— Eh bien, cette fête est aussi ancienne que le christianisme; quand n'a-t-on pas vénéré et adoré la sainte Eucliaristie? Mais cette profession de foi solennelle, comme nous l'avons déjà VU| remonte simplement au treizième siècle. Sainte Ju-
liédae, prieare du monastère du mont GorniUon, près de Liège, fut honorée d'une révélation qu'elle fit connaître à plusieurs personnages graves qui approuvèrent rinstitution d'une fèt^ spéciale ; elle se célébra d'abord en Belgique et en Allemagne. Le miracle de Bolsène bâta l'approbation papale, et en 1264 parut la bulle dont je vous ai déjà parlé.
Cette bulle ordonne que le jeudi après Toctave de la Pentecôte, les fidèles s*assemblent dévotement dans les églises pour y célébrer avec le clergé la fête solennelle du très*Saint-Sacrement par des hymnes et des cantiques sacrés... Le pape exhorte les fidèles à se préparer à cette fête par une confession sincère, par des aumônes et des prières, afin de pouvoir participer ce jour-là aux saints mystères : il accorde des indulgences.
Le Saint-Père fit composer un office particulier pour cette solennité, et il chargea saint Thomas d'Aquin de ce soin. Les hymnes et les processions de ce grand saint, le Lauda Sion renferment une exposition exacte et complète de la doctrine de Téglise sur le mystère de l'Eucharistie.
Il ne parait pas que dès le principe, la procession solennelle fit partie de cet ofGce. On la trouve en usage en 1320, et depuis Jean XXII elle est admise dans toutes les églises d'Occident. Le concile de Trente a autorisé dans les termes les plus significatifs cette procession; il déclare anathème «. quiconque dira que le* Saint-Sacrement ne doit pas être honoré par une solennité particulière ; qu'on ne doit pas le porter solennellement en procession selon le rite et coutume louable et universel de la sainte Eglise, etc. p
Les négations audacieuses de Luther et de Calvin n'aTaient point dû infirmer le zèle des catholiques pour le Saint-Sacrement ; en face de cette hérésie destructive du dogme catholique, la profession de foi des fidèles ne pouvait être trop énergique ; aussi le concile dont je viens de citer F un des canons dut-il s*exprimer avec cette force et frapper de ses £Dudres les prétendus réformateurs.
Nous, qui croyons, chère amie, protestons de toutes les ma-