TROISIÈME PARTIE. — TREIZIÈME SOIRÉE
sente. L'infini, quand Part veut le reproduire, «etrmàfoFine en une chose sans nom'.
— Vous voilà iconoclaste.
— Dieu m'en garde !
Vous savez mieux que personne combien j'aime la peinture et la sculpture ; je crois encore, à rencontre de ceux avec lesquels vous voulez me confondre , que les représentations des choses saintes sont utiles , même quand elles restent bien loin de la perfection de Tart. Une croix , quelque gros^ sière qu'elle «oit , me rappelle la Rédemption ; à sa vue , je me sens entraîné vers la reconnaissance; mais, j'en conviens, je suis ennemi de ces tours de force malheureux par lesquels l'art veut rendre ce qu'il ne peut rendre , ce qu'il ne peut même saisir.
— Pourquoi avez-vous donc ri avec tant de satisfaction de ma réflexion?
— Chère amie, vC'est que ce que vous disiez était un peu analogue à certaines productions de Part,' soit dit en toute humilité. Vous repoussez une fête à cause d'un tableau ?...
Je vous déclare que ce procédé est stugnlier, il me prouve que vous ne connaissez pas le moins du monde la dévotion dont il s'agit.
Voici ce qu'en dit un prédicateur contemporain, écoutez bien : a L'objet de cette iête, pour ainsi dire matériel, est cette portion de l'humanité saixrte unie bypostatiquemeirt au Vérité divin que nous appdlons le Cœur, et qui eût regardé dans le langage reçu et dans le sentiment général comme le lûége et le centre des plu5 hautes et des plus nobles affections. L'objet spirituel et ultérieur est la réunion ineffable de toutes les pensées, de tous les sentiments, de tous lesdjésir8,dc tous les mouvements qui ont animé Famé sainte de Jésus-Christ dans les différents mystères de notre salut ; tellement que l'Église, après avoir célébré toutes les merveilles de la vie de l'Homme-» Dieu dans les diverses solennités de son arniée chrétienne, semble dans cette fête vouloir concentrer les affections intiîies de désir, d'amour, de générosité, de miséricorde, de dou-
leur et dejMequi ont fait palpiter le cœur du Sauveur depuis le premier instant de son incarnation (1). i>
Étes-vous bien disposée maintenant à repousser cette dévotion? La comprenez-vous? Combien fst tendre déjà votre piété envers le cœur du Sauveur» ce^ -à-dire ce centre de Tamour le plus ardent, de la miséricorde la plus partûte, de la générosilé la plus constante ! Ne remerciez-vous pas TÉglise d* avoir consacré un jour à la vénération de ce cœur d'un Dieu fait homme pour notre salut ?
— Oui, et bien des fois oui; mais avouez que Ton devrait bannir de nos temples cette représentation si disgracieuse.
— Je conviendrai de tout ce que vous voudrez. Je ne défendrai pas un instant cette malencontreuse idée de vouloir personnifier ce qui ne peut tomber dans le domaine de la réalisation artistique. L'amour, la miséricorde, les affections si tendres de Jésus-Christ, dépassent les bornes de Timagination humaine ; Tesprit reste stupébtit devant elles ; comnaent prétendre rendre d'une manière convenable cet idéal?...
— Comment célébrer dignement cette fête ?
— Comme vous célébrez les autres ; unissez- vous à notre divin Maitrot aimez-le détentes vos forces... il vous a tant aimé!
— Cette solennité est moderne ?
— Et toute française par son origine ou à peu près. Vers la fin du dix-septième siè^^le, elle se répandait déjà dans notre patrie. Le vénérable M. de Belzunce consacra sa personne, son diocèse et son troupeau au sacré Cœur de Jésus, alors que la peste désolait Marseille : aussitôt le fléau cessa. Ce fait, consigné dans les annales de cette grande cité, bientôt connu, inspira un zèle particulier pour cette dévotion ; des autels s élevèrent dans TËurope entière ; Clément XIU la favorisa et à l'assemblée générale du clergé français de 1765, les évéques Tadoptèrent unanimement.
L*office de ce jour réunit les passages de l'Bcriture les plus
(1) M. Tabbé Le Courtier, Explication des m9is$s de l'Sucologe d$ Pan*.