‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 22 sur 259 · PRPJHERE PARTIE.— CINQUIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

PRPJHERE PARTIE.— CINQUIÈME SOIRÉE

surlout par les excès des campagnes» vous vivrez pour vos eofanls.

— Mon père n'a pas vécu pour moi.

— C'est vrai, mais encore une fois, voire père a été tué par Taraour de son pays. S'il vous eût clé donné de l'apprécier; vous comprendriez la mort prématurée de mon noble ami ; placé en face de la corruption la plus flagrante, votre père comballail corps à corps et sans relâche contre les mauvaises passions. Il succomba, comme succombent presque tous les hommes de tribune, dans la force de Tâge et du talent. Don falal que celui d'un cœur généreux, dévoué, noble, en ces jours de bassesse.

En mourant, voire père croyait avoir pris toutes les mesures nécessaires pour assurer votre avenir et votre éducation. Il avait confié votre tutelle à des mains sages et prudentes Votre cousin, M. de la Taille, était un homme de bien. Il me semble qu'il avait placé près de vous une femme grave, madame Wilman. A quelles causes attribuer la destinée cruelle qui vous a livrée à tant d'épreuves?

—Ma mère, à laquelle madame Wilman avait plu d'abord, trouva bientôt qu'une gouvernante était gênante, et madame Wilman fut congédiée. On me mit en pension, et on ne consulta sur ce choix si grave que la mode. La maisoj) de madame de Saint-Félix, dans laquelle je fus placée, était admise parla fashion. M. de la Taille, âgé déjà, mourut comme vous le savez, et on le remplaça par un véritable homme de paille, que je n'ai vu que deux ou trois fois dans ma vie.

Madame de Saint Félix' m'a élevée comme toutes les autres jeunes filles du monde; on nous montrait le français, quelques sciences, la musique et un peu de peinture, et, quoique vous en disiez, la religion, si bien que nous faisions des rédactions superbes et que le premier prix était le prix de catéchisme.

Vous savez actuellement mon histoire, vous voyez si je suis isolée dans le monde, si je suis heureuse et si les bons jours ion( venus.

Plaignez-moi et surtout aidez-moi.

— Oui, Constance, je vous plains et de tout mon cœur. Vous étiez faite pour une autre vie ; je vous aiderai de toutes mes forces. Toute petite fille, vous fûtes mon enfant d'adoption, vous reprenez tous vos droits. Les admirables instincts de votre cœur vous ont sauvée. Vous êtes restée digne et pure au milieu de la corruption la plus profonde. Dieu a veillé sur vous, il y veillera encore, il vous sauvera, ayez confiance.

Votre pendule sonne huit heures, nous ne sortirons pas

ce soir, et vous ne me direz rien de bon, c'est bien ennuyeux ; pourquoi m* avez-vous fait causer. Et votre femme, oùest-eUe?

Très-probablement à la chapelle des sœurs. Souvent le

soir ou y récite des prières, et tout le monde y assiste.

Eh pourquoi m'avez- vous caché ce pieux usage; oh ! j'y

serai demain... mais non, m'agenouiller parmi les sœurs, ces êtres évangéliques !... cela ne se peut pas.

— Pourquoi, s'il vous plaît?

Je ne suis pas assez chrétienne, je ne suis pas digne

d'elles.

Voilà, ma chère amie, une folie qui ne trouvera pas

«rrâce ici. Et qui èles-vous, je vous en prie, pour ne pas prendre place entre ces pieuses filles aux pieds des autels ! . . . Qu'avez-vous donc fait ? il m'est impossible de voir en vous une grande pécheresse; je vous assureque j'y vois autre chose. Vous supposez donc qu'il faut être sainte pour prier? erreur, et erreur très-dangereuse; c'est par la prière que l'on arrive au repentir, et par le repentir au pardon ; c'est par la prière que l'on approche de la Divinité, que l'on se met en rapport avec elle, que Ton se confond eu quelque sorte en elle ; c'est par la prière, en un mot, que l'on parvient à mériter les grâces de Dieu. Jamais le cœur ne s'ouvre mieux que dans la prière ; maiç n'allez pas croire qu'il faille être parfaite pour oser prier. Dieu sans doute écoute plus favorablement ses amis que les indifférents, mais. certes il n'est pas sourd aux cris de la misère. Priez du fond du cœur, et Dieu viendra à vous. Demandes alors que vous avez besoin, et vous remercierez quand

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