‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 23 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE, — CINQUIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, — CINQUIÈME SOIRÉE

VOUS aurez reçu. L'homme ne prierait jamais, à voire sens, car qaand serait-il parfait, si Dieu le regardait avec les yeux de sa justice?

— Je prie, mon ami ; souvent, le soir, je me jelte dans quelque coin obscur^l'une église, et j'expose à Dieu toutes mes misères; je suis seule, là, et vous le dirai-je, bien souvent mes larmes ont coulé ! mais me mettre, moi, au pied de Tautel parmi ces bonnes sœurs! oh ! non, non ; Dieu m'en voudrait de me placer parmi les anges, puis elles me repousseraient.

— Autre folie, et de bon aloi- celle-ci. Dieu vous en voudrait, lui, qui reçut la pécheresse au milieu d'un festin où tous les apôtres assistaient, qui la traita avec.une bonté toute particulière, lui,. qui parla à la Samaritaine, lui, qui se compare au bon pasteur et qui annonce au monde étonné, qu'ily a plus de joie au ciel pour la conversion d'un pécheur que pour la justification de 99 justes ; oh! que dites-vous? Qui fut écouté, du pharisien ou du publicain ?

Elles vous repousseraient!... mais elles ne seraient pas chrétiennes si une semblable pensée traversait leur esprit; car la charilé est la première des vertus. Pourquoi vous repousseraient-elles? qui êles-vous donc?... II est assez facile, voyezvous, de se retrancher derrière une grosse masse de vices que Ton n'a pas, derrière une montagne de crimes que l'on n'a pas commis, et dire : moi, je suis indigne. Mais on n'est jamais indigne de prier, mais on ne peut jamais être repoussé par les chrétiens, eût-on commis toutes les fautes du bagne. Qu'estce donc que cette humilité exagérée, sinon un piège du démon? Si le sentiment que vous exprimez est vrai (et je vous avoue que je ne crois pas à sa sincérité) , il ne peut être que la conséquence de ce que vous me permettrez d'appeler votre ignorance. Encore une fois tous les chrétiens sont frères, et le plus saint de tous n'est pas même dans sa pensée Tainé de la famille : son humilité lui fait un devoir rigoureux de ne placer personne au-dessous de lui, Soyez donc bien rassurée; priez si cela vous convient avec ces âmes que vous j osez par trop haut, et persuadez*vous qu'elles n'occuperont pas

assez Dieu pour qu*il ne puisse vous écouter aussi dans votre humble demande. Croyez-le encore, faites à cette demande du fond du cœur, et vous serez exaucée. Mais, je tous en supplie, plus de ces idées si peu vraies ; le Dieu des chrétiens est le Dieu des pécheurs et des petits enfants. Au GaWaireil a voulu être placé entre deux voleurs, sur la terre il recherchait les simples d'esprit et il ordonnait avec une grâce inûnie de laisser venir à lui les plus faibles créatures. 11 n'est pas tant veau pour les justes que pour les pécheurs. Âimez-le, et comme uo petit enfant occupez- vous peu du reste. Souvenez- vous de la prière par excellence du Pater^ cette prière qui commence pardonner au roi des cieux le nom de no(re Père, oùTbomme, son enfant, désire que le nom du père soit. sanctifié, que son règne arrive, que sa volonté soit faite dans le ciel et sur la terre, oiiil demande, cet enfant à son père, le pain de chaque jour, la rémission de ses fautes, comme il l'accorde aux au- »tres, Téloignement de la tentation et la délivrance du mal. Et cette prière toute filiale, r/est le Fils de Dieu qui Ta enseignée aux hommes, et, n'est-elle pas aussi simple que sublime! Méditez-la, et plus vous la méditerez, plus vous la trouverez digne de son auteur.

A ce moment on appela M. de Kerkoff.

SIXIÈME SOIRÉE

Notre causerie a été interrompue bien brusquement hier, mon vieil ami, par Tarrivée de ce pauvre blessé, auquel vous avez si vile fait donner, malgré 1 heure indue, tant de secours. Etes- vous souvent aussi assailli ?

— Assez souventet trop souvent même. A Paris, les h6pi« taux abondent et tous y trouvent place; à la campagne, les

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