‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 223 sur 259 · TROISIÈME PARTIE. — QUATORZIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — QUATORZIÈME SOIRÉE

tionnelle de ipadame de Monac r<snd^it difficile le choix d*un précepleur.Jl balançait depuis longtemps, et, quoique fixé au fond, il éprouvait le besoin de consulter lui-même l'oncle, qui semblait se préparer à remplacer le père de cet enfant.

M. de Ghataigner venait de lui répondre, et il levait tous les doutes. Franck devait, à son sens, passer encore trois ou quatre ans sous l'aile de sa mère , et le choix d*un précepteur occupait uniquement alors M. de KerkoflF.

Ua laïque, quelque respectable qu'il fût, ne convenait pas à ce poste ; sa présence à La Grange blessait les convenances, un prêtre seul avait place à ce foyer.

Constance accueillit avec grande joie cette décision. Quelle est la mère qui désire Péloignement de son enfant? Il fut arrêté que l'on chercherait un ecclésiastique propre à continuer ce qui avait été si heureusement commencé par Constance. Une pensée Taffljgeait cependant : cet enfant sortirait tout à fait de ses mains pour entrer sous une domination étrangère , elle ne serait presque plus rien pour son fils , elle ne dirigerait plus ses études. Quelque simple que lui parût cette nécessité, elle regrettait les relations obligées, habituelles, qui ,« jusqu'alors, lui avaient donné une influence heureuse sur ce jeune esprit. Elle exprima ce regret.

— Machère Constance, le plus grand malheur qui pût arriver à votre fils serait celui-là ; la mère n'abandonne jamais en vain ses enfants, et quand elle remet en d'autres mains leur instruction, ses devoirs s amoindrissent, mais ne disparaissent pas, ne disparaissent jamais; à elle seule reste cette tendre direction des sentiments que nous autres pères ne conservons pas longtemps; à elle les confidences, à elle les épanchements du cœur. En vous se confondront le père et la mère, l'avenir s'ouvre ainsi ; vous accomplirez votre pénible tâche, et vous la remplirez bien ; mais parce que vous appelez un aide vous ne déposez pas le fardeau; gardez-en votre part; je désire même que votre fils reçoive de vous une leçon. Toute sa vie il se souviendra de cette heure passée chaque jour auprès de vous. Ce souvenir lui sera doux dans Tâmertume de Péloignement.

— Que voulez-vous que je lui enseigne ? je ne sais rien.

-— Vous avez un sérieux falent de peinture, et Frank apprendra le dessin sous irotre direction. Tout en maniant un crayon, Ton cause, et facilement même. Cette heure passera vite pour lui , et pour vous elle sera pleine de charmes. Vous conserverez sous ce prétexte- une intimité constante avec cet enfaijt, et jamais il ne dessinera sans penser à vous. Et, croyezle bien , le souvenir d^une bonne mère ranime la vertu » donne de la force à Tâme. Quels enseignements se perdent les derniers» sinon les vôtres?

— Eh bien, j'adopte cette idée , cette leçon me ravira; nous serons seuls, nous causerons. Oh ! je vous remercie !...

Maintenant vous allez chercher un précepteur pour Franck, n'est-ce pas, mon ami? je m^en remets à tous.

— Demandez-le à Dieu , à la protectrice des mères et des enfants. .

— Oh ! oui, demain est l'Assomption ; je prierai bien fort la reine du ciel de vous guider*

J'ai vivement regretté de ne pas avoir passé cette journée avec Joanna; comme elle aime la sainte Vierge ! comme elle en parle ! . . . cette pauvre amie, elle m'a tant recommandé d'implorer pour son frère l'assistance del'auxiliatrice des pécheurs!

Avant-hier, après les exercices du soir, nous allâmes nous asseoir à l'extrémité du jardin du couvent, sur ce petit réciter où les bonnes mères ont placé la statue de la Vierge immaculée, et là, de ce banc d'où la yue s'étend sur notre belle vallée , au milieu des fleurs si parfumées et si fraîches que les jeunes flUes entretiennent au pied de cette image vénérée, Joanna , avec toute la verve méridionale qu'dle tient de sa mère, me disait toutes les grâces qu'elle avait reçues par l'intermédiaire de Marie. A ces grâces elle attribuait la bonne voie dans laquelle elle a toujours marché , le bonheur d'avoir été préservée de tous- les périls dont nous avons été environnées, nous autres femmes du monde. Que de touchantes confidences elle me faisait ! comme elle m'excitait à4a dévotion envers la sainte Vierge ! . . . ,

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