TROISIÈME PARTIE..— QUATORZIÈME SOIRÉE
<( Voisrtu, me disait-elle, une fois placée sous l'égide de la plus pure des Vierges/ une femme n'a plu8.rien à craindre. La reine des anges veille sur elle.
Avant de me mettre en pension , ma bonne mère me con-
duisit<]ans une chapelle dédiée à Marie; elle me plaça sous sa
protection ; mes prières se mêlaient aux siennes ; mais ma
^prière, à moi, était sèche, et celle de ma mère... les larmes
inondaient son beau visage. Ohl je le sentais en mon coeur, la
mère priait pour son enfant ; je me souviens de ces paroles
qui s^échappaient de ses lèvres : Maintenant je vous remets
mon enfant, il vous appartient; à vous de veiller sur elle, de
la couvrir de votre voile si pur ;à vouSyVierge immaculée, la
vie tout entière de votre Joanna ! Moi aussi, je répétais ces
paroles, et il me sembla que Marie lui souriait. Depuis ce
moment je me suis regardée comme sa fille adoptive, je lui
ai remis le soin de toutes mes affaires. Eh bien, elle a veillé
sur toutes , et dans mon désespoir, je ne trouve qu'une seule
pensée consolante : il me semble que cette mère des affligés
aura présenté à Dieu T ignorance de mon pauvre frère comme
une excuse de son impiété. Je n'ai jamais pu l'iastruire, ce
pauvxe frère. Il portait une petite médaille que je lui avais
donnée ; elle venait de ma mère : il me promit en la recevant
que, dans le danger, il implorerait le secours de TEtoile de la
mer I ... Du salut de son âme je m*en remets à Marie comme
de toutes choses. Constance. y>
Puis, ami, Joanna tombait dans une rêverie qui ne ressemblait plus à son sombre silence; elle me prenait la main, et elle me disait : ce Dans deux jours nous clorons notre retraite ; toi , Marthe et moi , nous irons nous assoir ensemble au divin banquet ; nos trois âmes se confondront en un seul sentiment, Famour le plus tendre pour Marie, la confiance la plus absolue en elle; nous invoquerons son secours pour nos mères. Constance, tu prieras avec moi pour mon malheureux Adolphe ; je prierai avec toi pour ton mari ; ensemble nous prierons pour celles qui ne sont plus , pour tes enfants. Le soir nous amènerons Marthe aux pieds de celte statue , et tu
suivras Texeinple de ma mère, in consacreras ta QUe à la reine du ciel ; tu placeras Franck sous sa protection spéciale. Oh ! mon amie , Tiunocence des enfants que Ton offre à Marie loi plaît ; elle accepte ce don , elle le conserve pour eile et pour nous, bien mieux que nous ne conservons les perles qui nous viennent de nos mères. »
Et si je lui disais : Mais ma fille se mariera?. . . Qu en sais-tu? Sais-tu quand le moissonneur coupera le blé mûr ? Quelque ange envoyé de Dieu a4-il murmuré à ton oreille Tavenir de celte enfant? Puis, crois-tu que le mariage arrache à Marie les cœurs qu'on lui confie ? Oh ! non , Marie est la reine des femmes comme la reine des Vierges. Marie a été mère, Marie a enveloppé de langes son petit enfant ; elle lui a donné son sein virginal. Oh ! Marie, c'est la femme par excellence. Oh ! non, aucun ehrétien ne se sépare jamais de cette mère des hommes.
Hélas ! je rougissais de mon ignorance ; je n'osais plus presser de questions Joanna; Int-elle dans mes yeux? je Fignore.
Elle reprit ; a Celte grande fête qui approche, à laquelle nous nous préparons par la retraite, que nous célébrons ensemble , tu le sais , Constance , c'est la fête par excellence de Marie , soa Assomption. Portée sur l'aile des anges, la mère du Dieu sauveur va prendre place au plus haut des cieux; la Colombe du Liban s'élance vers le trône étincelant qui Taltend ; les puissances du céleste séjour, les anges et les archaoiges abaissent leurs encensoirs d'or, répétant les chants de victoire partis du choeur des vierges; les saintes femmes qui gardèrent leur cœur pur dans le mariage, les mères qui élevèrent leurs fils comme Marie éleva le sien , les veuyes qui respectèrent le voile de deuil dont la mort les couvrit, redisent ces chants glorieux; les jeunes hontmes, les cénobites du désert, les martyrs , les docteurs, les guerriers , les pauvres dt Dieu, les pontifes, les rois, les apôtres, les patriarches, cette innombrable armée du ciel attend avec une joie indicible le couronnement de celle qui fut leur mère, leur appui, leur consola-