TROISIÈME PARTIE.— QUATORZIÈME SOIRÉE
tion , leur exempte ; les cieux retentissent de leurs saints accents; à leur tête s'avance le divin Rédempteur , le Fils de Marie, la Trinité tout entière s'unit au trîomphe de la Vierge de Nazareth.
(( Et sur la terre, ce jour ne serait pas un jour de joie et de l)oaIieur!.,. Et sur la terre, ce jour resterait un jour inutile!... Oh ! non, Constance, les fils de Marie sont, eux aussi, dans la joie ; eux aussi ils mêlent leur voix aux voix de la céleste mi* lice; ^ux aussi ils répètent : Venez, et vous serez couronnée!... »
Mais, ami, je vous ennuie ; les paroles de Joanna perdent tout leur charme en passant par ma bouche. Elles me ravissaient ces paroles ; Joanna a tant d'éloquence ! son imagination est si riche ! son cœur animé par le saint amour a des accents si persuasifs ! et moi, je suis si froide, que ces accents, que je crois encore entendre en mon âme , je ne puis les reproduire et je ne rends plus que des sons indécis, tels que ceux de l'orgue que l'artiste quitte» Oh 1 que ne suis-je Joannal vous m'écouteriez avec plaisir.
— Pourquoi s'est-elle éloignée de vous ? son dévouement, sa tendresse^ eussent tari vos justes larmes. Je vous en supplie» continuez.
— Elle m'a sacrifiée à un devoir. Pauvre Joanna! une autre tombe va s'ouvrir devant elle. Je reprends donc.
« Remarque bien tout, n^e disait*elle : en cette fête il y a tant de choses !
« D'abord, le fait même : l'Eglise croit que la vénérée mère du Sauveur a été, après sa mort, enlevée en son corps au ciel; grande et sublime destinée que celle-là. Le vase d'élection ne pouvait être soumis à la décomposition de la tombe. Ce corps avait été le temple de l'esprit saint. Ces entt^ailles immaculées avaient conçu l'Homme-Dieu ; et cependant elle a souflPert la mort. Fille d'Eve, quoique conçue sans péché, elle a payé le Iribut du péché. Oui, le sépulcre s'est ouvert pour elle; les 1 poires et les disciplesr.ont déposé sa froide dépouille dans le ombeau ; et tu n'as pas oublié ce magnifique tableau de
Carrache représentant TAssomption de la Vierge et son se-» pnlcre ouvert ne contenant plus que des fleurs.
« Toute créature doit la mort.
a Si Dieu n* a pas soustrait Marie à cette loi, au moins Tat-til appelée à lui immédiatement, et a-t-^ii voulu que ce corps exempt de souillure participât à la gloire qui lui était réservée.
« Quelle est cette femme qni s'avance radieuse comme le soleil, dont les pieds foulent la lune ? En elle reconnais-tu la vierge timide que Tange salua? Oui, elle est pleine de grâces, mais elle marche en reine; les voies du ciel s'abaissent devant elle, les tonnerres se taisent, elle illumine le monde de son éclat; c'est l'épouse qui vient du Liban, et cette arche du testament, c'est elle, c'est la fille de la Judée, celle qui tremblait à l'approche de l'envoyé du Seigneur. Ne te semble-t-il pas de toute justice que son humilité soit couronnée? Ne te semble-t-il pas que ses vertus cachées brillent encore plus que les douze étoiles formant le diadème dont son chaste front est entouré? Oh ! Marie, les hommes se tourneront vers vous comme les moissons vers le soleil que vous éclipsez. Mais ici, dans toute votre gloire, ne répétez-vous pas cette admirable parole : Je suis la servante du Seigneur ?
« Le monde a été perdu par la femme, et la femme sauve le monde; le ciel a^té fermé par une femme, et le ciel nous est ouvert par une femme. Fille, épouse, mère, elle a tous les caractères que nous avons nous aussi; au nom de la virginité, au nom de la maternité, elle nous convie à la gloire. »
Cette humilité de la sainte Vierge frappait singulièrement Joanna, car elle me fit observer combien sa vie avait été cachée, soit depuis les noces de Cana jusqu'au Calvaire, soit depuis leCalvaire jusqu'à sa mort. Elle remerciait Dieu d'avoir ainsi exalté celle dont toute l'existence donne l'exemple de la plus pure et de la plus modeste vertu.
Puis elle ajoutait : ce Oui, crois-le bien< du haut du ciel, la mère des affligés nous écoute, elle présente à spn fils nos supplications et nos vœux, elle tend la main avec bonté à celles qui se confient à elle. Descends en ton cœur, et dis-moi si tu