TROISIÈME PARTIE. - QUATORZIÈME SOIRÉE
n'y trouves pas souyenance de quelque grande grâce obteaue par son intercession ; les miracles du cœur sont bien aulre^^ ment fréquents que nous ne le supposons ; si les morts ne sor* tant pas du tombeau, que d*âmes, assoupies dans une léthargie mortelle, se réveillent vivantes et fortes ! et crois- le bien encore» ces résurrections en valent bien d'autres; autant qu'elles, elles sont miraculeuses. »
Elle m'excitait à modeler ma vie sur celle de la Vierge prudente. Voile ta vie, me disait-elle: nous autres femmes, nous devons ressembler aux violettes ; elles cachent leurs simples fleurs sous des feuilles épaisses, et leur parfum est suave et doux. L'éclat nous convient peu, il nous éblouit et nous trompe; nous n'avons pas été créées pour le bruit et la gloire; la gloire, elle nous coûte trop cher, soyons ce que Dieu nous a faites. La place des vierges, des épouses et des mères, sera bien belle au céleste séjour, sachons attendre et à nous aussi il sera dit : Venez et vous serez couronnées.
Que Joanna était belle en prononçant ces paroles ! Déjà un rayon céleste brillait dans son regard si doux et si pur. Un grand maître l'eût choisie pour modèle s'il eût eu à rendre l'inspiration d'une fille de Marie.
Le tintement de la cloche noué rappela l'heure déjà avancée, nous nous embrassâmes tendrement aux pieds de la Vierge, et je me promis à moi-même d'être fidèle aux douces résolutions que je sentais naître dans mon cœur.
A notre réveil la lettre fatale fut remise à mon amie, et ce fut un bien grand chagrin pour moi que ce départ si brusque. Joanna m'avait promis, quelques jours, sa confiance en la Vierge, elle me l'avait inspirée ; je ne perdrai pas ce souvenir, le souvenir de cette soirée.
, Maintenant, écoutez-moi bien : demain je passe la journée avec vous; Lucie et Louise m'accompagneront à la table sainte ; le soir nous irons avec elles et avec vous, si vous avez cette bonté à Notre-Dame-des-Bois. Marthe sera des nôtres en tout, je l'espère, et là, dans cette petite chapelle, je la consacrerai de nouveau à la sainte Vierge.
— U sera fait selon \os déssirs*
Dès Taube malinale, la chapelle de Notre-Dame-des-Bois fut ornée de bouquels d'oranger et de fleurs odoriférantes ; les pfttres et les bûcherons qui , suivant leurs pieux usages, vinrent prier la Vierge fidèle» furent éblouis de ce luxe de fleurs; ils noonnèrent Constance et récitèrent un chapelet à son intention.
La journée fut consacrée aux offices, et après la procession, alors que le soleil dorait de ses derniers rayons les grands arbres de la forêt, Constance, Marthe et ses amis gravissaient le petit sentier que nous connaissons déjà.
La chapelle n'avait plus de pèlerin. Une seule ombre se dessinait sur ses murs; un prêtre jeune encore priait, et priait avec ferveur; bientôt il se leva, et M. de Kerkoffreconnut en lui un jeune homme que depuis longtemps il avait perdu de
vue.
La petite colonie de KerkoS pria longuement. Enfin, Constance prenant Marthe par la main, s'approcha de la Madone j les paroles qu'elle prononça, personne ne les entendit, tous s'unirent, cependant, à elle. Quand elle se leva, son visage trahissait une émotion profonde. En sortant, Gonstance serra les mains de ses trois amis; elle Reparlait pas. Le ^entier fut suivi en silence, ces cinq personnes avaient toutes besoin de recueillement.
Remontée en voiture, madame de Monac pria son vieil ami de lui expliquer celte grande fêle.
— Que vous dire que vous ne sachiez? Joanna vous a tout appris.
— Non, je vous assure^ Ainsi pourquoi cette procession et ces prières particulières pour la France?
— Louis XIII, en 1 638, plaça sa personne, sa famille et son royaume sous la protection de la très-sainte Vierge ; il ordonna qu'une procession solennelle aurait lieu le jour de l'Assomption, et vous l'avez vu, la France reste toujours fidèle à cette consécration, toujours elle invoque le même secours el le même appui.
— Cette fête remonte ù la primitive Église.,