TROISIÈME PARTIE.— ÛUATORZiÈME SOIRÉE
— Au sixième siècle, l'empereur Maurice la transféra^ du 18 janvier au 15 août; avant lui elle existait donc d^è. En France, elle ne fut obligatoire qu'an neuvième siècle, et dès le temps du pape Nicolas V eUe était déjà précédée d'une vigile et d'un jeûne.
— Joanna m'a beaucoup parlé ée la vie cachée de la sainte Vierge, mais sans doute les actes des apôtres mentionnent souvent les œuvres de la Mère de leur divin Maître.
— Ua silence presque absolu est gardé par les écrivains sacrés de cet âge sur tout ce qui touche à la sainte Vierge ; nous savons que les apôtres et les disciples ont peu écrit, leur vie était toute d'action, ils avaient la parole du maître à répandre dans le monde.
On sait très-peu de choses sur Marie. On croit qu'elle vécut à Ephèse, entourée du respect des disciples, qu'elle y mourut dans un âge très-avancé. Je ne puis vous donner avec sécurité des détails plus étendus.
— Ce silence est singulier.
— Pas autant que vous le supposez, Constance : d'abord les apôtres ont peu écrit, comme je viens de vous le dire; puis ne savons-nous pas que l'humilité était l'une des vertus les plus chères à Marie? Dès que^sa présence n'est point utile, n'est pas motivée, vous l'avez vue déjà rentrer dans son obs- , curité. Sans doute, sa vie fut pleine de grandes œuvres; mais elle les cacha ; elle est toujours la Vierge de Nazareth ; cette simplicité est sa gloire. Et qui est-ce qui aurait pu augmenter notre amour, notre reconnaissance, notre confiance envers elle. Rien que je sache. N'est-elle pas la mère de notre Sauveur ? ne nous a-t-eUe pas été donnée pour mère? que nous faut-il de plus ?
Gardez ' les paroles de Joanna , conservez les émotions qu'elles ont dû vous causer; c'est une grande grâce que la rencontre de cette vertueuse amie, et votre dévouement à sa si juste douleur est déjà récompensé; votre confiance en Marie ne sera pas vaine. Ce n'est pas pour rien que vous l'appelez avec l'Eglise la Vierge fidèle.
Â\ez-TOus remarqué Constance,- ce prêtre agenouillé à la
chapelle?
— Non; pourquoi cette question?
— Son histoire est Curieuse.
— Dites-larnous.
— Voilà La Grange; à un autre jour.
On remit à M. deKerkoff son courrier; ses yeux tombèrent tout d'abord sur une lettre du Brésil. 11 la décacheta avec anxiété. Elle était remplie de détails très-importants. D'abord, on lui annonçait que la mère de sa pupille avait rendu le dernier soupir entre les bras d'un bon prêtre. Elle avait édiûé tout le monde par sa résignation et sa foi. Reconnaissant tous ses torts envers sa fille, ses dernières paroles avaient appelé les bénédictions de Dieu sur madame de Monac et ses enfants. Elle était morte en chrétienne, et en chrétienne repentante. On ajoutait à ces détails si précieux pour sa fille des renseignements très-étendus sur sa fortune; elle avait ' fait un testament par lequel elle léguait une grande partie de ses biens à ses petits enfants et le reste à Constance ; elle avait déclaré qu*élle prenait ce parti pour obviera rentraînement dans lequel le bon coeur de celle-ci pourrait la conduire vis-à-vis de Monac. On observait que, malgré les dilapidations de D. Manuel, cette fortune s'élevait à un chiffre fort considérable. Les titres de ses biens étaient en mains sûres, et il ne restait rien à redouter de D. Manuel, atteint d'une maladie épidémique.
M. de Kerkoff se hâta de remettre cette lettre à sa filh adoptive; elle fut pour elle un baume consolateur, elle y vi: une preuve de la bonté de Marie, et ce fut sous rimpression des émotions les plus douces et les plus consolante^ qu'elle se sépara de ses amis.