TROISIÈME PARTIE. ^QUINZIÈME SOIRÉE. SÛ
Disme, goûter sa douceur admirer et sentir tout ce qu'il. ^ donne au cœur de joie et de consolation, il me reste une froi* deurdeglace^ un embarras extraordinaire. Que sais- je? Pour • prier, il faut que je sois seule ; pour m'approcher de Dieu, il me faut la retraite et la solitude.
— Vous vous guérirez, mais à la longue, de tous vos scru* . pules. Aujourd'hui rien, excepté votre affection pour nous', ne vous engageait à communier plutôt qu^im autre jour. Certainement j*eusse été bien touché de vous voir offrir cette bonne œuvre à Dieu pour moi ; mais vous avez prié mieux que nous peut-être, consolez-vous, mon enfant.
— Vous avez, vous, approché de la sainte table?
— Ohl moi, c'est différent, saint Louis est mon patron, . celui de Louise, celui de mon fils; il était celui de mon père; . notre famille lui est vouée comme cette chapelle. J'ai, à bien d'autres titres encore, une dévotion toute particulière pour ce -^ pieux roi ; je manquerais à ma fête si je ne pensais pas à me * rapprocher plus particulièrement de Dieu en ce jour ; plus y que jamais j'ai besoin de lui, de l'aide et du secours de saint Louis.
Vous savez quOi lors de notre baptême, nos parrains et nos marraines nous placent sous le patronage d'un ou de plusieurs saints; ce sont nos défenseurs auprès de Dieu, dont ils sont les amis; il est donc simple et très-simple que nous nous adressions d'une manière toute particulière à eux dans tous les cas, . tous les jours> dans le danger, dans l'affliction ; mais l'Eglise . ayant, pour un grand nombre de saints, désigné un jour où elle honore particulièrement leur mémoire, il est de devoir, non rigoureux, sans doute, mais de devoir vraiment chrétien, de nous unir à elle et de rendre à notre patron un culte particulier en ce jour*là.
— Un culte?
— Vous faites bien de m'arréter, chère amie, et je vous dois une explication que voici :
A Dieu seul l'Eglise rend un culte d'adoration; aux saints elle rend un culte d'honneur. Cette distinction est importante;
508 CAUSEIUES DU SOIR.
.nous honorons les saints, nous adorons Dieu. Le saint, c^est Fami de Dieu, nous lui demandons de prier pour nous ; ainsi, dans lès litanies, vousdites: Trinité sainte, ayez pitié de nous; sainte Marie, priez pour nous. Vous voyez la différence. Que demandons-nous aux saints que nous invoquons? De prier pour nous. C*est à Pami de Dieu que nous demandons de prier Dieu pour nous, de réclamer telle ou telle grâce, telle ou telle faveur pour nous. Ceci est donc simple et naturel à Tbomme, car tous les jours on s'adresse à moi pour vous demander une aumône, un service, et on s'adresse à moi parce que Ton sait que je suis votre ami : ma comparaison est bizarre, car vous n*étes pas Dieu, mais elle vous explique ce que nous comprenons par notre culte envers les saints. Hier, Fabbé Du Chêne, après la prière du soir, n'a-t-il pas adressé une oraison spéciale à saint Louis? Queluia-t-il dit ? passez-moi ce nfbt. «c Grand saint , dont nous honorerons demain la mémoire, demandez à Dieu de bénir cette famille, etc., etc. » Vous le voyez, il n*a pas dit : Bénissez cette famille? Dieu seul bénit ; Saint Louis peut, lui, demander de bénir, et on le prie de cette demande.
— Je comprends très-bien ; mais pourquoi avez- vous communié?
— Le plus sûr moyen d'honorer les saints, c'est, n'est-ce pas, de remercier Dieu des grâces par lesquelles il les a appelés à la gloire; comment puis-je mieux remercier Dieu qu'en lui offrant le sacrifice par excellence et en y participant, en m'unissant a lui par la sainte communion, en recevant le corps^ le sang, la divinité de mon Sauveur? De mon cœur je fais son temple; quelque indigne que soit ce temple, je m'approche autant que je le puis de Félat bienheureux du glorieux habitant du ciel que je veux honorer, j'unis ma prière à la sienne, et ne pensez-vous pas comme moi que cette conduite doive lui plaire plus que tout autre.
L*homme, dans sa misère, fait ce qu'il peut, et ni Dieu ni les saints ne lui en demandent davantage.
— On nous reproche d'adorer les images.