TROISIÈME PARTIE. -r QUINZIÈME SOIRÉE
— Oui, certainement; quelques sectes, tous le sairez, bannissent de leurs temples les statues^ les tableaux; elles ont fait plus, elles ont brisé une foule d'œuvres d'art avec un vandalisme barbare.
— Mais Dieu a prohibé les représentations,
— Entendonsr-nous. Dieu, devant les idolâtres, c'est-à-dire devant ces peuples qui, fléchissant le genou en face d'une statue, d'un fétiche, d'une représentation quelconque, adressent leur adoration à cette pierre, à ce bois, le regardent non pas comme une image, mais comme un Dieu, mais comme Dieu lui-même, devant Tidolâtrie, Dieu a défendu Tidolâtrie; il a prohibé les images que Ton adore, et Dieu, je n'ai pas besoin de vous le dire, a bien fait.
Est-ce dO' cette adoration aveugle et misérable qu'il s'agit? Quand, tombant devant votre crucifix, vous gémissez de. vos. fautes, vous implorez la miséricorde du Rédempteur, vous adressez-vous à l'œuvre du sculpteur? priez-vous, adorezvous ce morceau d^ivoire travaillé par un ouvrier auquel vous l'avez payé? Non, certes ; ce crucifix vous rappelle votre Dieu mort pour vous, et vous n'implorez nil'ébène ni le bronze. Votre ardente prière s'allume au souvenir; vous aimez ce crucifix parce qu'il vous rappelle la bonté de Dieu et ses promesses; vous ne l'aimez pas pour lui-même de ce grand amour (lue v<mis portez au Sauveur.
Le reproche que l'on nous fait est puéril et misérable. Pensez-vous que saint Louis, quand il reçut les précieuses reliques qu'il déposa à la Sainte-Chapelle, les adora? Non. Il les honora et les vénéra, elles lui rappelaient la glorieuse passion de Notre-Seigneur.
— Mais, pourquoi honorer les reliques ? ^
— Quel est ce bracelet que vous portez toujours, ce bracelet rivé à votre poignet, Constance?
— Vous le savez mieux que personne, ami, il contient, sous cette petite plaque, les cheveux que vous coupâtes sur le front de mon père quand vous lui eûtes fermé les yeux.
— Il est précieux pour vous?
— VoQS le Bavez bien.
^^ Eh bien, pourquoi vous est-il si précieui ?
— Eh ! mon Dieu, Tons mé le demandez ! il me rappelle râtre que j*ai le plus aimé, le plus respecté, mon pauvre père, et vous qui m* avez donné ce souvenir.
— Vous venez de vous répondre à vous-même. Constance; les reliques des saints nous sont précieuses parce qu'elles nous les rappellent ; les saints sont nos pères ; nous n'adorons rien ici, nous honorons, nous vénérons comme vous vénérez la mémoire de votre bon père, de votre glorieux père, nous vénérons nos saints et encore una fois noua ne les adorons
pas.
Dites-moi pourquoi je garde avec un respect profond 1 epée de mon père ; dites-moi pourquoi j'aime à m'entourer de ces souvenirs, et je vous dirai que Tépée de saint Louis me serait bien autrement précieuse, et non certes à cause de son antiquité, mais, et vous le sentez, à cause de celui qui la porta. Oh!' je le crois et je Tespère, saint Louis est mon père au ciel!
— Mais, ami, toutes les reliques sont-elles vraies?
— L'Eglise prend toutes les précautions possibles pour n*admettre comme vraies que les reliques authentiques. Ainsi, ce soir, Lucie vous montrera le morceau de la vraie croix qu'elle tient de Monseigneur Tarchevéque de Paris, et elle vous fera lire le certificat émané de lui, constatant que cette petite parcelle provient du morceau que Notre-Dame possède.
U est bien vrai qu'il existe bon nombre de reliques apocryphes ; mais, chère amie, tous les portraits de famille sontils vrais?
— Comment honorer nos patrons ?
— En imitant leurs vertus, en les priant, en nous unissant le plus possible à eux.
— Vous croyez donc qu'ils nous entendent?
— Et vous. Constance, vous ne le croyez pas ; pourquoi alors vos prières à la sainte Vierge? Oui, certes, je crois, avec l'Eglise, à l'union de TEglise du ciel et de TEglise de la terre.