‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 233 sur 259 · TROISIÈME PARTIE. — QUINZIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — QUINZIÈME SOIRÉE

Oui, je crois que les bienheureux reçoivent nos vœux et les portent au Dieu trois lois saint. Oui, et cette croyance réjouit mon âme, réchauffe mon cœur, oui, je. crois à cette chaîne mystérieuse qui lie la gloire à la misère» le céleste séjour à la vallée des larmes.

Pourriez-vous supporter la pensée d^une séparation éternelle, commençant avec la tombe ? Non, au plus profond de votre cœur un sentiment puissant vous pousse vers cette croyance que ceux-là pour lesquels la lumière du soleil ne brille plus, sont encore unis à vous par des liens mystérieux. Oh ! si te doute, si une froide négation venait un seul jour dominer notre âme, comment la supporterions-nous cette douleur de rétenelle séparation? Famour du chrétien n'a pas de limites, le marbre du tombeau ne l'arrête pas ; il passe par delà et ne s'arrête que dans l'éternité.

Oui , chère amie, je garde en mon cœur cette sainte croyance, comme j'y garde Tespérance chrétienne.

— ^'Mais ces saints que nous honorons sont-ils au ciel?. ne BOUS trompons-nous pas? Que de gens j'ai entendu béatifier qui probablement n'ont pas reçu la couronne céleste !

— L'Eglise n'admet comme saints, n'invoque et ne propose à la vénération des fidèles que les personnages qui, après de longues et minutieuses recherches lui apparaissent vraiment telSr Vous ne pouvez vous imaginer avec quelle sage lenteur, quelle gravité elle agit en ces circonstances. Vous lirez quelque acte de canonisation, et vous resterez stupéfaite des investigations auxquelles se livre le saint-siége dans ces procédures. Je vous renvoie à cette lecture, car le temps nous manquerait ce soir.

Dans le monde, croyez-le bien, on canonise comme on damne, à peu de frais, et je vous engage très-fort à imiter la prudence de Rome.

— Vous croyez aussi aux anges ?

— Mais, chère Constance, comme vous êtes disposée au doute, ce soir ! qu'avez- vous donc? Quoi ! vous voilà prête à rejeter dans le merveilleux fantastique toute la cour céleste !

plus de ninto, {dm d'«iiges ! comme yoos décolorez nos belles croyances 1 comme voos ôtez de nos âmes les sentûnenls doux et consolants I

— Gomme yoiiB.|Mrenez feo, ami! comme tous expliquez Yite et méchamment une question qui n^a pas été achevée, une pensée qui n a pas eu le temps de se produire ! Vous me permettrez de terminer ma phrase peut-être? Ëh bien, je voulais savoir si vous croyez quelles anges sont en oooamanication avec les hommes.

— - PardoUf pardon Constance, je suis dans mon tort, et je le reconnais.

Eh ! pourquoi ne pas admettre ce queTHistoire sainte nous enseigne ?••• Quelle raison de ne pas croire que ces intelligences pures que Dieu a créées plus parfaites que nous ne lui servent pas d^intermédiaire auprès de nous? Qudlexaîson existe-t-il de nier ce que TEglise reçoit comme une vérité révélée dans r Anden et dans le Nouveau Testament? Qh I pourquoi, je vous en prie, ne croirais-je pas à rAn^conducteur de Tobie? pourquoi me faudrait-il rejeter la Salutation angélique ? Je ne sais rien qui infirme cette doctrine, et j'aurais des multitudes de bonnes raisons à vous donner pour justifier la foi de r Eglise.

— Eh! sachez-le bien, ami, plus que vousi je crois aux saints anges; plus que vous, s'il est possible, j'aime celle douce croyance qui me montre Tun de ces esprits préposé à ma garde, éloignant de moi le danger, combattent pour moi et mêmç contre moi, allumant dans mon cœur les bons désirs, en arrachant les pensées de désespoir et de. haine, me montrant le ciel comme le port, m'entr^inant avec lui vers sa céleste patrie. Oh I je serais chrétienne rien que pour croire à range gardien ! que de fois il m'a sauvée, mon bon ange !

Que de fois, penchée sur le berceau de ma fille, de Marthe toute petite, toute rose, dormant d'un sommeil si doux et si paisible, que de fois j'ai passé de longues heures à jouir de ce calme de mon enfant ! 11 me semblait, vous le dirai-je, que de l'autre côté du berceau se tenait un bel ange, aux ailes blan-

Page 1