TROISIÈME PARTIE.— SEIZIÈME SOIRÉE
ces aperçus si justes sur les art^ énoncés avec tafit de chaleur par mon jeune voisin le sculpteur, ces récits si pleins de \ie' et de poésie de ce bon officier anglais nous reproduisant rinde dans ses mœurs, dans sa croyance, dans sa nature, les malicieuses et fines remarques de la comtesse de.R...., tout cela avait certes un charme parfait. Il me semble qu'à notre départ vous n'avez pas perdu votre temps, et que le spectacle si consolant pour votre âme chrétienne que vous avez trouvé à la Tanière a laissé dans votre cœur une inipression toiite particulière.
Eh bien, supposons que votre Journée se soit passée à Paris» qu'auriez-vous fait?...
Et le soir, en vous couchant, qu'auriez-vous pensé ?•
— Je ne veux pas vous le dire.
— Me direz-vous au moins la fin de votre journée d'hier?
— Ohl très-bien. Après votre départ, j'allai ches^ Luber, et je le trouvai mourant ; le recteur ne le quittait plus; c^ pauvre homme me renouvela tous, ses aveux, me demanda pardon des vols qu'il avait commis à mon préjudice, des propos qu'il avait tenus sur moa compte ; il me légua s^ en£ants et sa veuve ; je lui annonçai que leur sort était déjà fixé, que l'une et l'autre entreraient dans une maison de refuge, et qu'après avoir été instruites, elles trouveraient une vie douce quelque part. Il sembla heureux de cet arrangement, et apnonça qu'il mourrait content. Le bon recteur me fit signe d^ me retirer. Vous savez le reste.
Pendant le dîner et pendant toute la soirée noue causâmes et de cette mort et des récits de notre Anglais. M. Du Chêne nous expliqua ce que nous n'avions pas compris de cette contrée si mystérieuse ; Frank et Marthe Técoulaient avec le plus vif intérêt, et je puis vous assurer que l'heure qui nous sépara arriva trop vite, comme toujours, au reste.
Je me couchai bien calme, je pensai, au bonheur dont jouissait sans doute Luber, je remerciai Dieu de s'être servi de moi pour cette œuvre de sa miséricorde; et si jerêv^i, ce ne fut pas de l'Opéra.
9M GAi€SEMES OU SOIR.
Cb! oui, cette Tie^t bonne et douœ, F âme se développe à son aise dans ce cadre s! slmpk ; ok! oui, le bonheut* est dans Faniitië» dans la vie de famille, dans raccompHssem^t des devoirs; rien n^est plus suave que le souvenir d'une bonne action;' rien, dans les joies du monde, ne remplacerait plus pour moi le sourire d*un enfant pauvre que j'ai vêtu, la cbaleureuse reconnsrtssance de l'homme dont j*ai nourri la femme. Oh! le pauvre, on ne le connaît pas !...
Kerkoff souriait; il avait aniené cette jeune femme à la vie qui lui convenait, à la paix du cœur. Elle, que le désespoir naguère eût entraînée à la mort sans doute , elle aimait cette existence devenue utile, même à ses yeux, à tant d'êtres souffrants; les douleurs de ce cœur s'étaient endormies à l'aspect de tant d'autres douleurs. La paix de l'Evangile régnait en lui.
— Je croîs, chère amie, que vous venez de répondre d'une manière péremptoire à une question que vous m'adressiez il y a quelques mois, à l'époque du carnaval, à propos de la vie mondaine et de la vie retirée ; qu'en dites-vous?
Constance détourna la conversation.
' — Je suis bien aise de vous avoir vu ce soir, ami, car demain, Sdeseptembre, jour oùTEglisecélèbrela naissance de la Vierge, je veux conduire moi-même la veuve de Luber et sa fille à la maison où j'ai retenu des places pour elles ; ce n*est pas un mal, n^est-ce pas, que de voyager ce jour-là?
— Non, certes, la fête est remise au dimanche en France, et, de plus, vous entrerez dans l'esprit de cette fête en achevant votre œuvre dtf miséricorde. '
— Toutes les fêles ne se célèbrent donc pas le jour où elles tombent?
-^ Non, un grand nombre ont été reportées au dimanche suivant; déjà je vous l'ai dit. Le zèle des fidèles s*étant refroidi, dois fMes de la Vierge l'Assomption seule a conservé le prîvîléged'étretfétéeàsonjour. '
— ^^ Le S de septembre nous faonerons^ n'est-ee pas, la Nativité de la Vierge Marie ?