TROISIÈME PARTIE. —.gElHÊMË SOIRÉE. aif
— Oui ; VEglise ne pouvait laisser passer ce gr^ jout sggns appeler ses enfants à remercier Dieu d'âToir permis la naissance de celle par laquelle le salut des hommes eiitcerftit dans le monde. Cette enfant sera la mère du Sauveur; c'est elle qui, depuis le commencement des siècles, est prédestinée à cet honneur sans pareil. '
— Redites-moi la naissance de la Vierge. .
— Dans une cabane de la Judée vivaient Joacfaim et Anne; leur condition était celle des pauvres, et, quoique dtk sang* de David et de Juda, ils restaient ignorés, entourés de privations, petits entre 'les petits; leur glorieuse généalogie ne les garantissait pas de cette obscurité ; la reine* du oiel devait, comme le Sauveur du monde, naître dans là plus humble condition.
Les années s'étaient écoulées les unes après les autres Bans donner à Joachim Tespoir de renaître dans un fils. Anne avait dépassé Tâge où d'ordinaire la maternité, vient combler les joies de la femme ; et Anne et Joacbiiû supportaient av^ peine Tespèce d'opprobre que les mœurs juives imprimaient aux mariages stériles. Joachim avait longuement prié, lespoir désormais était loin de lui. Anne^ que le chagrin de soû époux rendait plus chagrine encore, ne cessait de courber son front sur les dalles du Temple, et de sa poitrine s'échappaient toujours les mêmes soupirs, les mêmes regrets. Dan9 sa prière ardente et désespérée, elle consacrait à Dieu l'enfant qu'elle demandait, eHe le vouait au service du Temple.
de vœu et cette prière furent entendus au ciel; Joachim fut père. Cette fille si désirée reçut le plus doijix des noms. Fidèle ^ à son vœu, Anne plaça cette enfant au nombre des jeunes vierges dont l'enfance s'abritait sous les sacrés parvis.
Vous savez, n'est-ce pas, Constance, que dbez les Juifs, comme dans tout F Orient, la maternité était en honneur; dès lors la virginité n'était point un état permanent, et les consécrations à Dieu, loin de ressembler à cdles que l'oç voit , parmi nous, n'avaient pas le caractère delà perpét^^ié. Marie était donc consacrée au Seigneur pour quelques années seu-
lement, et ce fut par une Tolonté spontanée qu'elle se fit une loi de oonseryer toujours sa virginité. Ce sacrifice ne tous semble peut-être pas aussi grand qu'il le fut en effet. Tontes les fenunes se mariaient en Judée. La stérilité, nous ayons à cet égard des faits constants, regardée presque œmme une honte, causait une douleur profonde à celles auxquelles Dieu refusait les fruits du mariage. De plus, Marie appartenait à la tribu de laquelle devait sortir le Messie, et malgré les prophétiesy les Juifs ne supposaient pas qu'une Vierge fût prédestinée à sa glorieuse conception. La jeune fille de Nazareth renonçait par son vœu à Tespérance de donner au monde le désiré des nations.
Quelle récompense devait recevoir tant d'humilité !
Gomme tout est miraculeux ici! Voici une vieille femme qui conçoit, dont Fardante prière a été écoutée. Cette fille, contre Tusage, se consacre pour toujours au Seigneur, et voilà que de cette tige de Juda sort le salut du monde (1).
Comme Anne et Joachim, prions donc, chère Constance, prions même, lorsqu'aux yeux du monde la prière semble nne folie. Où Dieu a-t-il placé les bornes de sa puissance? et n'était-ce pas en apparence une prière folle que celle de cette femme déjà vieille et demandant encore, avec confiance, la naissance d'un enfant? Demandons toujours.
Respectons la pauvreté, car dans cette cabane va nattre celle que les cieux et la terre appelleront leur reine.
Surtout, ma chère Constance, bénissons Dieu, qui a permis la naissance de cette Vierge, mère du Sauveur.
— Vous m'avez parlé, mon vieil ami, tout à l'heure encore de la consécration de la sainte Vierge à Dieu avec un intérêt si marqué,, quUl semble trancher la question que je veux vous adresser. Approuvez-vous la vie monastique?
(1) Les détails que nous donnons sur la naissance et l'enrance de U sainte Vierge ne ressorienl pas de l'Écrilure, la tradition est incertaine. Voir les ImirucHom sur les fêtes et V Histoire de la Rédemption de M. l'ablîé Cbassay.