‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 238 sur 259 · TROISIÈME PARTIE. — SEiZCËMË SOIRÉE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — SEiZCËMË SOIRÉE

— Je croyais, dbère amie, m'être expliqué à cet égard d'uoe manière positive dans nos premiers entretiens.

— Vous savez que le monde repousse les ordres monastiques d*bommes, et qu'il tolère à >peine ceux dans lesquels les femmes se livrent aux soins des malades et à renseignement. Il est donc assez simple que je ne sois pas entièrement exempte de préjugés ; c'est une question très-controversée, et je veux avoir votre opinion; ce que vous avez déjà dit ne me suffit pas.

— Je vous déclare que j'admets avec l'Eglise la vie monastique; je vous déclajpe que non seulement je l'admets au point de vue religieux, mais que même au point de vue humain^ je la crois d'une utilité incontestable pour un grand nombre.

. Si je tombe dans des redites fatigantes, li'accusez que vous.

La vie monastique, c'est-à-dire le renoncement complet au monde est dans l'Eglise de conseil et non de précepte.

— Quelle est cette distinction?

f.^— -Vous l'avez faite souvent déjà, ma chère enfant. Il est dans la doctrine chrétienne des choses ordonnées d'une manière absolue, formelle, que nous devons tous accomplir; il en est d'autres que le divin législateur a simplement indiquées comme propres à conduire l'homme plus sûrement vers le salut.

Eh bien I la vie religieuse est de c^ nombre. Dieu appelle à lui par cette voie quelques âmes; à toutes il n'est pas donné de marcher par ce chemin vers l'éternité. Le salut, vous le savez, la gloire éternelle, tous peuvent y prétendre, tous y ont droit, et tous peuvent y arriver. Voici la règle, voici ce que nous croyons; en douter, ce serait douter de la justice et de la bonté de Dieu, cesserait un double crime.

Mais à travers le monde, on peut tendre par plus d'une voie vers le but final, but. que, bon gré, mal gré, nous atteindrons; car s'il est une chose cerlaine, c'est la mort et l'éternité heureuse ou malheureuse. Ces voies variées et diverses sont laissées au choix de Vhomme. Dieu ne le force point, à

hU CAUSERIES DU SOIR.

lui le choix entre toutes ; qu*il marche seul ou à la tète de la famille, qu'il suive le sentier battu, ou qu il cherche la voie étroite et cachée, toujours il arrivera; à lui et à lui seul d'étudier les secrets de la grâce, de sonder son cœur et ses reins; à lui de découvrir sa vraie vocation. L'Eglise ouvre toutes les voies honorables, Dieu a des grâces pour toutes.

Il est évident qu une vie toute de renoncement et de sacrifice, qu une vi^ consacrée à la prière et à la pénitence, qu'une vie où la charité règne en souveraine, ayant pour seul mobile l'amour de Dieu et du prochain, est une vie plus parfaite^ plus chrétienne qu^une vie simplement régulière.

— Oui, sans doute.

— Eh bien ! cette vie c*est la vie monastique, vie consacrée à servir Dieu par la prière, le travail, le jeûne, l'abstinence, Taccomplissement d'une foule d'observances pénibles et dures; vie de renoncement, car le moine quitte le monde, sa famille, ses propriétés, et se soumet à la chasteté, à l'obéissance, à la pauvreté ; vie de sacriGcedesoiaux autres, car le plus souvent le moine se fait le serviteur de ses frères, soit qu il enseigne l'enfance, soit qu'il assiste les malades, les pauvres et les mourants. Le christianisme brille d'un éclat sans pareil dans cet excès d'humilité, de dévouement, de pénitence, de consécration de l'être tout entier à l'amour de Dieu et du prochain.

Mais, par grand bonheur, cette vie , encore une fois, n'est que de conseil, et Dieu a permis que, tout en restant au milieu de la famille, et du monde, nous puissions, nous aussi» parvenir à la céleste patrie.

— Moins sûrement, vous le pensez ?

— Sans dpute, moins sûrement ; car vous savez comme moi. Constance, combien de difûcultés surgissent chaque jour pour nous et de la famille et au monde. Certes, les Pacôrae et les Antoine ne se retiraient pas au désert pour y retrouver des obstacles plus grands que ceux que leur pré* sentait la civilisation romaine. Us fuyaient le monde et demaudaient aux montagnes de l'Egypte, non le repos, il n'est pas où l'homme porte son cœur, mais, au moins les

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