‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 241 sur 259 · TROISIÈME PARTIE. — JHX-SEPTfÊME SOIRÉE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — JHX-SEPTfÊME SOIRÉE

je respirais je ne sais quel air.lourd et humide qui me suffoquait. Cette maison est propre cependant , saine « parfaitement tenue; mais cet air, ces femmes l'avaient respiré ! Je ne saisi... j'étais là comme dans une prison !

Cette supérieure a les façons les plus naturelles et les plus alliciantes; elle me proposa de visiter son établissement, et j*eusse cru manquer aux convenances en la refusant. N'étaitce pas une maîtresse de maiscm me faisant les honneurs dechez elle? Me voilà donc la suivant de salle en salle, osant à peine jeter un regard furtif sur les tristes habitantes de cette retraite, et fort surprise, je vous l'assure, de l'ordre, de la bonne tenue, de la décence de toutes ces pauvres créatures. La mère sainte Thérèse me racontait une foule de choses qui m* intéressaient et me frappaient singulièrement. Mon cœur éprouvait plus de pitié que je ne l'eusse cru d'avance. Que de coupables! mais que de victimes!... Oh! la séduction, ami, c'est le plus grand des crimes, et la loi ne le punit pas! La mauvaise éducation, le délaissement de la fille du peuple , l'oisiveté , la honteuse dépravation de quelques hommes et l'abjection profonde de quelques femmes, sont choses sans nom ! Non, il n*est pas de termes assez forts pour stigmatiser l'incurie dans laquelle nous vivons sur le sort de tant de malheureuses, et surtout pour marquer au front d*un signe de honte éternelle ceux qui font oublier les saintes lois de Thonneur ! . .. Vous êtes des infâmes, messieurs ! . . .

— Êtes-vous des anges ?

— ^ Non; mais là, il y en a, j'en ai vu.

— Vraiment ?

— La supérieure m'engagea à dtner : ]*accep)ai, et jamais je ne vous rendrai Timpression profonde que me causa ce vaste réfectoire, où l'ordre le plus parfait régnait, où la frugalité n'excluait pas la plus exquise propreté, où tout, en un mot, indiquait un respect incroyable de la convenance et de la décence.

Un nombre considérable de religieuses servaient ces femmes et présidaient à leur repas ; le sourire de ces dignes filles, leur

air de contentement ne m*étonnait pas, elles remplissaient un devoi r charitable ; mais ici ce qui m'étonnait,coipme aux salles de travail, c'était ce silence si absolu, cette tenue si décente. Une pénitente lisait avec une grâce et une onction infinies, et, on le vovait, toutes écoutaient.

iSotie tour vint ensuite, et je ne vous redirai pas la modestie du festin ; ces pauvres sœurs dînent plus mal que leurs pensionnaires ; c'était le même silence.

La récréation arriva : nous la passâmes au jardin ; il est cultivé par les repenties ; tous les services delà maison sont remplis par elles.

Réunies alors, elles chantaient une magnifique cantate ea l'honneur de la Mère des pécheurs. L'une d* elles exécutait les solos, et avec une âme, un accent dénonçant un talent hors ligne. C'était, dans le fait, une chanteuse bien célèbre naguère, et que le repentir avait conduite là.Une antre pénitente avait composé la musique \ et, comme je faisais observer àla supérieure que les paroles ne m'étaient pas moins inconnues que la musique, elle me désigna leurs auteurs. Regardez sous ce gros acacia, cette jeune femme causant avec une de nos sœurs : voilà notre poète; suivez-la des yeux.

Sous la triste livrée de cette maison, je reconnus bientôt une tournure des plus distinguées, le visage le plus charmant les pieds et les mains les plus aristocratiques. Mon regard exprima sans doute à la supérieure ce que j'éprouvais, car elle se hâta de me dire : La personne dont la présence ici vous étonne et vous efifraye est dans le fait un être à part. Vous lavez vite reconnue, elle appartient à la classe la plus élevée delà société ; ici elle se nomme Marie, en souvenance de la pénitente égy pi ienoe de ce nom . Douée des qualités les plus aimables, et, comme vous le voyez, de tous les charmes qu'une femme peut envier, mais lé gère autant que créature humaine puisse l'être, Marie bien jeune et sans réflexion, a donné dans des écarts trop fiéquents et trop peu voilés pour ne pas être connus. Elle est mère cependant. Un jour la grâce l'a touchée : elle est venue fra pper à cette porte de l'avis de son mari. Je désî-

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