‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 242 sur 259 · TROISIÈME PARTIE. — DIX-SEPTIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — DIX-SEPTIÈME SOIRÉE

rais lui diinner une position particulière dans la maison, elle Fa refusée; sa pénitence est rude et aostère, et je^dois le dire» son repentir sincère nous édifie depuis qu'elle est parmi nous. Elle nous rend les plus grands services ; je Tai étudiée à fond, et chez elle tout est bon, je dirais même tout est honnête^ mais elle est bien légère. Son mari Tadoré, elle Testime et Faime même ; mais j'ignore encore si elle aura, la force d'être honnête femme en rentrant dans le monde ; et cependant tous les sentiments de Marie sont actuellement chrétiens, elle fait son journal, et souvent, je le lis. Quelle touchante. lecture I les actes de charité les plus pénibles, lea fonctions les plus repoussantes sont recherchées par elle comme des faveurs. Que de conversions opèrent ses manières si douces, ses paroles si pénétrantes I

Marie, voyez-vous, n'est cependant pas sûre d'elle-même, je retrouve encore en elle un levain de coquetterie qui fermenterait. Cette femme ne devait pas être mariée.

Nous nous approchâmes de Farbre au pied duquel celte jeune femme était assise; la supérieure entama la conversation avec elle et lui recommanda la veuve de Luber et sa fille ; il me fut facile alors de contempler de près sa ravissante figure; le son de sa voix est doux et tendre, son regard va droit au cœur ; et il faut bien le dire, sous celte bure, sous celle loile , grossière on retrouvait la fefmme du monde la plus élégante, et il me fut impossible de ne pas porter un jugement analogue à celui de la supérieure.

Dans la religieuse qui causait avec cette si singulière pénitente je retrouvai une ancienne connaissance, une connaissance de mon enfance. Ce me fut une grande joie. Sœur Saint-Antoine était la fille d'un voisin de campagne de mon père ; je ne m'attendais pas certes à rencontrer dans ce lieu une jeune fille que j'avais, il est vrai, perdue de vue depuis longues années^ et que j'avais laissée jouant dans le monde le rôle d'héritière d'un grand nom et d'une grande fortune. Nous nous re* connûmes avec un plaisir réciproque, et bien vite notre vieille intinaité se renoua.

Sœur Saint-Antoine me raconta son histoire, et je loi racontai à mon tour une partie de la mienne. •

Libre de tout lien à vingt ans par la mort de son père, elle s'était Yue assiégée de demandes de mariage, de fades recherches, d ^empressements intéressés ; fatiguée de tant d'obsessions et démêlant le motif de ces prétendues amours, elle se retira à la campagne, loin de Paris, et là encore elle fut assaillie de toutes les façons. Elle prit le grand parti de proposer à l'une de ses parentes, qui lui servait de mère, de voyager. Elle passa les monts et se fixa, sous un nom supposé, avec cette parente et sa famille, dans les environs de Naples. La paix qu'elle goûta quelque temps ne fut pas absolue; à force de réfléchir, elle découvrit qu elle n'était &ite ni pour la vie soumise de la femme ni pour la vie indépendante de la fille. Elle avait alors vingt quatre ans, et elle entra au couvent, dans le midi de la France, uniquement pour se sonder elle-même. Son épreuve libre fut longue, Irèssérieuse. Elle rentra dans le monde, et après un hiver de Paris, un printemps de Londres, une saison d'eaux de Bade, sa résolution était prise, elle entrait en religion.

Cette résolution, me disait sœur Saint-Antoine, a été bien sérieuse, bien méditée, bien réfléchie. Vous le savez, j'avais perdu ma mère dès mon entrée dans la vie, mon père m'a élevée avec un amour de mère, et en homme il ne m'a rien caché des devoirs de la femme ; sa propre fermeté a passé eu moi. Il désirait extrêmement me marier et me fixer auprès de lui: et moi, j'aimais mon père avec toute la force de mon âme; s'il vous souvient de lui, cette affection si profonde ne vous étonnera pas. S'il eût vécu, je ne Teusse januiis quitté, je ne me serais pas «mariée ; il pensait lui-même que rindépendance de mon caractère me rendait peu propre au lien conjugal ; il avait raison, mais ce qu*il ne savait pas, ce bon père, c'est que le monde m'étourdissait ; ce qu'il ne savait pas, c'est qu il me blessait. Mon activité avait besoin d*un aliment constant, mon cœur d'amour. J'ai trouvé dans le cloître ce qu'il fallait à ma nature : cela vous étonne I et cela est vraij depuis

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