‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 244 sur 259 · TROISIÈME PARTIE. — DIX-SEPTIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — DIX-SEPTIÈME SOIRÉE

riea de plus, rien de moins. Vous avez peut-être queléjtie^ peccadilles à yoùs reprocher, mais des crimes à expier! eh'f non, chère enfant, vous n'en avez pas. Encore un seul mot, et je Yous taxe d'orgueil.

— L'orgUéil dans le mal ?

— '• Oui, cela se voit, et plus que yous ne le pensez.

— Je n'ai pas tout dit : yous rirez encore, sans doute.

— Peut-être.

— Eh bien! malgré celte menace, sachez doilc qu'il me semblait que, menacée d'un grand malheur, d'un malheur BOUYeau, il était sage de prendre des forces contre le coup dont je serai frappée.

— Encore Une folie !

— Que Dieu yous entende !

Maintenant je yous promets de ne plus recommencer ces coups de tête; mais laissez-moi achever mon récit.

On m'installe dans une jolie maison, distribuée en cellules pareilles en tout à celles des religieuses, meublées a yec la même simplicité. Je vivais parfaitement seule; je pouvais manger oU seule ou à une table commune. Je suivais les exercices du chœur, et aux heures de récréation j'avais la possibilité de me promener avec les sœurs, l'une d'elles était même toujours à ma disposition. 11 y avait à ce moment quelques dames habitant, comme moi, cette maison : je ne les ai pas vues, excepté à la chapelle.

Comme j'ai réfléchi pendant ces vingt-un jours ! comme mes idées se sont modifiées! que de questions j'ai adressées à la sœur Saint-Antoine et à la supérieure 1 Celle-ci est veuve, femme du monde aussi, et consacrée, quoique jeune encore, déjà depuis bien des années, à la vie claustrale. Que de dévouement, mon Dieu ! ce ne sont pas des âmes vulgaires que celleslà ; et quels esprits élevés ! La mère Sainte-Thérèse est une personne accomplie ; elle a organisé ce refuge, et c'est une perfection que ce vaste établissement. Elle a accompli de grandes choses avec de faibles moyens, car elle n'est pas riche ; et ce que j'admire, c'est que la sœur Saint- Antoine»

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mUUûuoaire deux fois, ne terse qu'une ti:è»Hiimîme partie de ses retenus daqs cette maiaon; le travail des rep^Dtties Gouvre la plus granJe partie de la dépense.

— CompreoeE-TOus mainte hapt la vie religieuse?

— Oui, certes, et ce que j^ai vu m*a expliqué bien vite la vérité |de. votre pensée de Tautre jour : cette vie est utile et à soi et aux autres. La, plus que partout ailleurs, et par les faits et par la conversation, j^ai pu saisir à quel point ce principe chrétien est admirable et salutaire.

L'histoire, les confidences de sœur Saint-Antoine, les tristes révélations de cette jeune femme, que Ton désigne sous le nom de Marie, car j'ai beaucoup causé avec elle, et il m'a été facile de voir que pour elle le cloître est le salut, m* ont prouvé que, dans le fait, il est des natures pour lesquelles la retraite absolue est un bien, une nécessité.

Les dévouements ne me surprenaient pas plus que la pénitence, et je sais que là, il n'est pas rar^ d'en voir des plus vraies et des plus absolues. Â travers les planches de ma chambrette j'ai enteùdu bien des sanglots, bien des larmes couler sincère* ment d*yeux bien séduisants; j'ai entendu châtier durement un corps bien beau et sans doute coupable. Ma voisine ne s'épargnait pas.

J'ai donc compris cette joie de la pénitence et du sacrifice. Il me restait à me rendre compte de la prière. Je me révoltais contre les offices de nuit et la vie ascétique. Je m'expliquais la charité, j'en restais là; je n'admettais pas plus la contemplation que l'oraison.

La sœur Saint-Antoine m'a rendu un signalé service en arrachant le doute que je conservais et que j'osaflui confier.

— Que vous a-t-elle dit?

— Une chose bien simple. Nous sortions de la chapelle, j'admirais le recueillement de toutes ces pauvres créatures.

c< Qui a conduit ici, me dit--ell&, toutes ces pécheresses ? Le hasard? non. La force? non. La loi? non. Qui donc? Le repentir ? Mais comment est-il entré dans ces âmes abjectes ou dégradées ? Par la grâce. D'où vient la grâce, sinon de

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