TROISIÈME PARTIE. --DIX-^EPTIËME SOIRÉE
Dieu? Etc<»nn)6nt s'ôbtient.la grâce? Par la prière. Ontelles prié? non. Elles ont péché, et de mtlte façons. Qtii à prié? Est-ce vous autres, femmes du monde? bien peu. Vous ne pouvez pas penser à ell^s. Qui donc? Mais nous, ma chère Constance, mais nos sœurs, mais toute cette armée du Seigneur, qui prie le jour et la nnit pour ceux qui ne prient ni la nu^t ni le jour; 1|B5 Anges du Ciel présentent au Dieu de toute' justice et de toute miséricorde les ardentes prières, les austérités, les sacrifices de ces légions d'êtres purs et presque saints qui châtient leur corps virginal pour ces corpslà, qui demandent grâce pour les coupables ; et dans le plateau de la balance de la suprême justice, cçs prières, ces sacrifices, pèsent sans doute assez pour arrêter le bras Tengeiu:; pèsent assez, quelque faibles qu'ils soient, pour mériter pardon et merci.
<f Serait-ce, par hasard, que vous ne comprendriez que les souffrances matérielles et les besoins matériels? serait-ce que vous oublieriez Pâme? Quoi ! vous comprenez la femme qui s'agenouille aux pieds d*un brigand, panse ses plaies infectes, la jeune fille qui se voue au pénible métier d'institutrice de ces petits sauvages, nous qui ne craignons pas de vivre au milieu de ces vases de corruption, et vous ne comprenez pas cette autre femme qui se jette à deux genoux sur une dalle froide et dure pour demander miséricorde pour vous! qui, la croix dans les bras, la corde au cou, se fait victime d'expiation pour TOUS, qui souffre pour vous, qui jeûne pour tous, qui, pendant vos bals, quitte sa couche de bois pour venir aux pieds des autels réparer les scandales, les crimes, dont la nuit est complice. Ah! si vous ne comprenez pas cette nécessité. morale, cette grande et sainte loi, Constance, vous ne vous doutez pas du monde moral. »
La lumière se fit; j'ai compris.
— Que dites-vous de ces vocations ?
— Fille du monde et pleine de ses préjugés, j'étais arrivée à adnietlre comme lui la possibilité du dévouement de la sœur Saint- Vincent-dc-Paul. A quel cœur ne se présente-t-il pas
une fois Gomme l'apogée de Tamour de rhumanité ? La vie ascétique me semblait une odieuse folia; je n'osais tous le dire, mais je me sentais Tenvie d'accuser le christianisme de barbaiie« parce qu iltolérait cette sorte de suicide ; eh bien ! parce que j'ai tu, mes idées ont pris une autre direction ; j^ai vécu arec des femmes très-bien portantes» très-gaies, très-bonnes, très-aimables, très-*indulgentes, yieillissanl» et souvent même atteignant un âge très-avancé, et qui, cependant, dorment sur le bois, vivent plus que frugalement, se livrent à Tadoration perpétuelle; se lèvent à minait, que dis-je? à toutes les heures de la nuit, pour prier; et je n'ai plus admis mes impresâons anciennes. Je crois à l'utilité du cloître, à la nécessité morak de la prière et de l'expiation.
Je comprends donc parfaitement la vocation de celles-là pour lesquelles Paumône, passez-moi le mot, de la prière de Fexpiation, de'^la pénitence, faite au genre humain est aussi un moyen de salut personnel. 11 est, après tout, aussi simple de se dévouer aux soins de Tâme qu'aux soins du corps, aussi simple de prier et de souffrir pour les autres que de les instruire ou de les ensevelir. Les observations de la sœur Saint- Antoine m'ontbien vivement frappée. Eh! mon Dieu! on a sans doute abusé dans les siècles précédents du cloître ; les abus se sont produits en grand nombre, la vue de ces abus a amené une réaction, ainsi marche l'esprit humain. Mais n'abuse«t-on pas aussidu mariage? Quels travers ne voyonsnous pas tous les jours à cet égard! Si la cupidité a cotiduit jadis bon nombre de pères à jeter au couvent leurs filles, la cupidité, l'horrible soif de Tor, se déguisant sous les dehors les . plus fallacieux, ne poQsse-t-elle pas tous les jours à des unioQs que la morale et l'honneur repoussent? Oui, sans doute; on ne refait pas l'homme ; on ne tuera jamais en lui l'ambition, l'amour de l'argent, la vanité. Jouet éternel des passions, il leur sacrifiera, aujourd'hui commehier^ demain, comme aujourd'hui, son bonheur véritable; il changera d'autel, et voilà tout.
Quevousdirai-jeà mon tour, ami, de ces plaintes de quel-