‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 246 sur 259 · TROISIÈME PARTIE. — DIX-SEPTIÈME SOIRÉE. S · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — DIX-SEPTIÈME SOIRÉE. S

ques mères?Ia grille les sépare de leurs Slles; elles n^ont pas assez de larmes pour déplorer cette si froide grille, et cette même mère donnerait avec; un plaisir indicible cette enfant perdue pour elle à je ne sais quel étranger, et cet étranger conduirait cette femme, dont Péloignement est un mal insupportable, à sa demeure sans doute, c'est-à-dire à des centaines de lieues que l'on ne franchit pas; et cette bonne mère serait heureuse, car cet étranger a de Tor et de vastes domaines, est consul aux Indes, aux Antipodes ? Belle tendresse vraiment ! Mais j'aime ma fille, dit-on, j'accepte ces prodigieux sacrifices pour elle, j'endure l'absence par amour d'elle: eh bien! laissez «la donc suivre Sa voie, étudiez avec le plus grand soin sa vocation, et ne la contrariez pas , ne la rivez pas à cette chaîne du mariage, chaîne indissoluble, chaîne lourde, écrasante pour celle qui ne doit pas la porter.

— Comme vous revenez à mes idées !

'— Mon vieil ami, j'étudie, je scrute ; et, encore une fois, la lumière se fait. •

— Par bonheur, il en est toujours ainsi ; c'est que ces idées ne sont pas les miennes à bien dire, elle reposent sur la base la pllis certaine, la plus solide, sur la parole de Dieu, sur la vérité éternelle.

Vous révoltez-vous contre les vocations masculines î S'il est vrai qu'il existe des femmes pour lesquelles la solitude soit un bien et le monde un mal, il n'est pas moins incontestable que parmi nous, beaucoup, soit par l'ardeur de leurs passions, la faiblesse de leur volonté, soit par la lassitude de la vie, le dégoût profond des choses du monde, réclament une existence à part. Que de crimes de moins, que de suicides de moins si la porte de la retraite s'ouvrait devant ces natures farouches ou malades ! Tel s'ensevelirait dans un monastère qui charge aujourd'hui son pistolet; tel enchaîné au bagne médite de nouveaux forfaits, chez lequel la solitude, la prière, que saisje? la pénitence ramèneraient le calme et la vertu! Lisez la vie de tant de cénobites, et le doute s'éloignera de vous.

Ce mauvais mari eût fait un excellent moine. Voilà un

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homme perdu, et pourquoi ? regardes et voyez, le monde Ta écrasé; à. celle cepstitution débile une atmosphère plus se-

' reine eut donné la vie.

Yoyons.enoore« Quel est, quel peut être le dommage causé à la société par les ordres religieux? On a beaucoup déclamé sur cette question, onne Ta pas examinée. Oni, sans doute, les immenses richesses des monastères avaient amené par ellesmêmes de déplorables abus ; oui, sans doute, oubliant leurs saintes règles, leur sainte mission, leur admirable rôle social, bon nombre d*ordres , dans les siècles précédents , s* étaient laissés aller à une somnolence coupable,>bien plus, aune dépravation odieuse. Oh! j^avoue vite, et bien vite, cette nécessité d'une réforme radicale ; j'aime le vrai et je ne ferai pas grâce au malheureux qui déshonore l'habit de saint Bernard ou de saint Benoit. Où le cloître n'abrite plus des hommes de prière, de travail, de pénitence, de charité, le cloître n*est plus. Là ou les revenus de la riche abbaye dotent un cadet de bonne maisoo, rabbaye'et ses revenus ne sont plus un bien. Saint Bernard ne conviait ni à la richesse ni au bien-être; saint Bernard appelait au veDoncement, à la pénitence, aut ravail. Les biens du clergé régulier étaient le bien des pauvres, le moine devait en être le distributeur. De cette grande dégénérescence, de cet oubhdu devoir, de cette transformation, sont nés des abus que nous autres chrétiens flétrissons plus que personne. Avons-nous à redouter leur retour? Non, Constance, le vent n'est pas aux fondations pieuses, les terres sont à trop de monde pour que même la marche des siècles en ramène une

. légère portion aux cénobites de Clairvaux ou de Cîteaux. Aujourd'hui la paresse ne cherchera pas un refuge au monastère etrambitionn'enfranchira pas le seuil. Qu'y trouveraientelles?!^ société se plaindra-t-elle de la perte de quelques-uns de ses fils ? mais d^ se plaint d'en avoir trop, et sa plainte est fondée. Graindra-t^^Ue que la cupidité du père jette un froc sur les épaules craintives de l'enfant moins aimé? qu'elle se rassure, la liberté est peu menacée dans la famille, et l'autorité pateMBelle n'impo^ même pas une pelisse de hussard.

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