‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 247 sur 259 · TROISIÈME PARTIE, — MX^SÉPTIÈME SOÎRÉE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE, — MX^SÉPTIÈME SOÎRÉE

Voilà la part du dommage, faisons celle du gain. Déjà le monde a senti de quelle utilité sont pour- lui certaines congrégations, car il leur sourit et leur tend la niain. Ainsi quel esprit assez téméraire prétendrait discuter Texistence des frères de la Doctrine chrétienne, des frères dé la Charité, dont les fonctions sont si pénibles; des pauvres de Saint- Jean de Dieu, se vouant au service des furieux et des idiots, gardant les malades; des trappistes, dont les mains défrichent la terre du désert, même sous le soleil d'Afrique, et donnent à notre seconde France les vrais éléments de la colonisation ? Pourquoi en est-il ainsi de ces ordres? Vous avez déjà répondu : c*est que le monde a besoin qu'on instruise ses enfants, que Ton garde ses fous, que Ton cultive ses terres ! Le monde a besoin que les contrées sauvages soient civilisées, pour que ses calicots, ses draps, les produits de son industrie, entrent dans la consoinmation de peuples nouveaux, et il applaudit au courage du Missionaire. Les savants commencent à voir qu'il est bon que Ton travaille pour eux, et ils ne scmt \ plus hostiles à ces ^aves congrégations où le labeur de Tintelligence ressortaitde la règle, et dotait la scî^ce de ces grands ouvrages dont la vue seule inspire l'eSroi à l'écrivain isolé. Le monde ne pense pas qu il^lui soit bon que Ton prie pour luit car le monde ne. prie pas; aussi repousse-t-il encore ceux qui priaient à sa place. Le monde envoie a^u bagne le criminel » et s'inquiète peu des causes qui ont amené le crime, il punit et ne prévient pas. Le monde voit s'allumer le fourneau d'où sortira Tasphyxie, entend tomber du haut d'un pont un corps dans le fleuve, il passe et court à son bal ou à soa spectacle : que lui emporte?... Le moine est un fainéant, l'ascète un fou ; le. monde prohibe les vœux, ses lois les défendent; et ■ les vœux se prononcent, et trè$-peu sont violés. En dépit du'^ monde. Constance, Iqs ordres religieux sereproduiront, parce qu'ils sont une nécessité. Ls monaebisme n'attend que b liberté, et cette liberté, elle naitra, elle est déjà née. Quoi! il m'est permis de mouler sur les planches, d'y {brouetter, d'y g-ambader aux applaudissements de la foule et de iMûciété

dorëe ; il m^est permis deme déguiser en Zéphyr» en Gopidon, en Jupiter, de porter un caducée et des ailes aux talons; il m'est permis d^étre chanteur, romanciar, saltimbanque, ^rentriloque, charlatan, et il ne m^est pas permis de prier à ma guise, de^iTre à ma guise, de manger des légumes cuits à Teau, de me revêtir du glorieux habit de saint Bernard, de coucher sur la dure I— Oh ! ced est trop fort. Je puis cofrompre, trafiquer de honte et demépris, et je ne pourrais me iaire pauvre, me taire victime expiatoire pour mes frères. Vous portez la barbe longue et le burnous, et je ne puis , moi, porter la tête rasée, la barbe longue et le capuchon de saint Fran* çois. Où la différence s'il tous plaît? * Encore un peu de temps, et le ridicule changera de route, et sa flèche acérée frappera qui la décoche.

— Vous prêchez une convertie, mon vieil ami; j'admets tout aussi facilement la vocation et Tutilité du fils de saint François que la vocation et Vutilité de la fille de sainte Thérèse.

On repousse les ordres religieux parce qu'on ne les connaît pas ; il est bien plus facile de se livrer à la plaisanterie que de rétudier, bien plus aisé de répéter un sarcasme en guise d'aphorisme que de scruter la nature humaine.

Oui, le bonheur est au cloître comme il est an foyer conjugal. Oui, le Christianisme aété aussi sage dans rétablissement du célibat que dans FétabUssement du mariage; à chacun sa voie, à chacun sa vocation, à tous le calme et le bonheur dans la loi de Dieu.

— Oui, chère amie, et mille fois oui; l'important, vous venez de le dire, c'est la vocation.

Vous avez observé, j'en suis certain, car yôus observez - beaucoup depuis quelque temps, les minutieuses précautions prises par l'Eglise avantd' admettre qui que ce soit à prononcer les vœux, ce long noviciat, ces épreuves de tout genre...

— Oui, sans doute, et je me suis dit que, s'il était possible d'en user ainsi dans la famille, les mariages seraient et moins nombreux et moins funestes au bonheur.

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