‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 248 sur 259 · TROISIÈME PARTIE. — DIX^HDITIÈHE SOIRÉE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — DIX^HDITIÈHE SOIRÉE

Quelle longue causerie ! ... je yais œefaire gronder par Lucie et par Louise.

Mais^ avant de me séparer de tous» je veux savoir des nouvelles de votre fils.

^ Elles sont très-bonnes : sa blessure est guérie, et il vapartir pour une nouvelle expédition, ou plutôt il est aui prises avec les Bédouins. Mon pauvre fils!... Je serais bien plus rassuré sur son compte s*il habitait uiie cellule de cénobite. Que Dieu veille sur lui! 11 est bien ardent Bonne nuit. Priez pour lui!

DIX-HUITIÈME SOIRÉE

Souvent, dans leurs causeries intimes,les habitants de Kerkoff cherchaient à se rendre compte du changement presque miraculeux survenu sous leurs yeux dans la manière d'être de madame de Monac. Quand ils se reportaient aux jours de son arrivée parmi eux, au déplorable état de son cœur, de son esprit, de tout son être, car alors la sanlé du corps n'était pas moins atteinte que celle de Tame, et [qu'ils constataient le calme dont elle jouissait avant la nouvelle de la mort de sa mère, l'espèce de bonheur dont elle sentait enfin la présence autour d'elle et en elle, ils admiraient ce que peut le Christianisme; ici il n'était pas possible d'en douter, lui seul

avait tout fait.

L'attachement que tous avaient voué à celte excellente

femme était profond, et Constance pouvait, dans son cœur,

bénir Dieu qui lui avait donné un père en M. de Kerkoff et

des sœurs en Lucie et Louise; aussi toutes ses afiPectiens s'é-r

taient-elles reportées sur cette famille, qui, avep ses enfonts ,

devenait son univers.

544 CiBHHfe» MrSCMR.

UtfMTv 9âi|Miî( quMltak iMfe, Lnéie dë^Mt ijoTéduellement elle n'avait plus d'inquiétude sur son 'aTeftir, celles ^uirilraiMl jadis «ooçaés étaient diàsipées pour toujours. Ml de KerkoS léenutiit at ne se prononçait pas ; Louise rerint à la ehar^s^et proTOqUa enfin scm père. Je réfléditssais , loi dit-ilt et je carains, moi, pour notre amie, bien des choses encore, d^abord^ noua ne pcnirrons la retenir toujours ici, et r WlraloeiDent da monde est grand. Je sais qu'elle prend des idées^aussi grainas que sensées, et qvfie le genre de Tie qu'efle mène rend lerebiorfau tsqMijape des salons difficile ; mais Fennm, iiKmenfantu Tennui^ lu ne sais pas ce qoe c'est que fenoui. et sîGonsta»c6.s'enamei sous sommes perdus. Je h redoute, ce émWf le phis terriUe de la bands inÉn^nale ponr TOUS autres femmes. De plus enoore je me figure que madame de^ Mec^e n*e$t pas mi^m -eneeve pour la libfité, et je crains que bientôt elle ne soit veuve.

Crtte apprébeaBieaétonm toot lesnonéei^Kerkdff raconta alors quUl savait depuisi longtemps que lassante doM, de Uonac était épuisée par une foule d'excès ; II. de FottviHè loi avait écrit quei l'^a était infenné & la raarmi de la ptéeence dek fièvre j$kimeà eon bord ; le joué même, on amM^içeit la mort causée paur. ci^' maladie * du cammaildant ^ Pùn dbs vaisseaux de la stf^Sim. des Antilles. Le bAtimeàt mànté par Monac en finmt peiSlîe.

Louise sentait s'ébranler sa confiance. Lucie demanda iri en avait entendu parler dé LaOranqge dans cette journée ;'pttis^lle ne put s empédier de pfaûaiitwr son mari sur l!MBge'qn'U supposait que Conatoiicn terait de cette fiberlé qui; selon elle, se présaoïtait dans un avenir bien éloigné. Lucie avait mieux lu qne personfte danff le^eosur de sotf aâiie, et 4^6 lirait grandement raîsw de ne pfaisrejtoeter tdfe emonstanetf que ce fût pour madame de MeoMC.

On se sépara. Kerliefi ne parvifiC point à oliaenr iéstrktes pressentimeiiitsîfué l'aaiiégèreHt pendant eetie^nuit.

Levé de Irèa^mine hewe, ituaionça Vi même cbercber ses lettres avant le d^t^ner.

TRoisiÊiiE tmrm.-^wBMamÈME soirëe. m»

BpartîM et oe j0w tecMMier «ft lâaHk^ les nouvelles^ .

Il TaTatt préTu ; FoafiUe lui attaoï^ît la mort de M. de Mooac; c'était. bien de Inique pertsdt le J^orml de laveiOe. Un gro$ paqpiet était joint à cette triste kttie, il renfemait quelques papiers destinés à Coustance*

M. de Kerkoff se dirigea yera La Grangt:, pour y préreair l'abbé Duchêne de ce qui se pa^t, et pour e^i^reatr avec lui des précautions à prendre ; eo^er chercb»* Luoie et sa fille, tout cela fut fadle, Constance docçiatt encore.

M. DiK^héne a^ait remarqué que h nouirdb du journal avait frappé outre mesure madame de Mooac; elle était re- Tenue vingt foie à cette pensée : si c'était mon mari ?

U fut convenu que penchait que M« de Kertoff préparerait ja n|ke à receioir ce coup nouveau , VdkiA s'occuperait, de ^n côté, des entants.

La messe sonnai Constance a'y ren^^ et trouva son vieil ami à la cfaapdile; elle fut frappée de sa j^réaenee et de Fexpresfâon de son visage.

Après avoir adressé à Dieu une l»en fsrveoAe prière, dans laquelle elle loi demandait courage et réttgnation, maAune de JMonac s'empressa de rejoindre M« de Kerkoff.

— M. deMonacesimort ! voua vcaBOtm^aanone^ cette triste coavelle? Telles furent ses premiènea paroiéa. Je devfne iout. ,

Le silence du viaiHard et le regaid pt^ de tristesse qui •l'aceompi^na furent pk» expresëfii que toutes les réponses. Les larmes de Constance furent ausai soudâmes que sin- *cànes«

0epiii8 longtemps un pressentimeBt vague dominait son ^eflprit^ l'article éa jourm^ qu*éye avait lu la vdlle avait été {>oar elle une sorte d'avertissement.

Constance imnait cet honsme^ cawe peur eUe de tant de ^iouleurs; il est un coin mystârieui, dam le cœur des femaaee, que ks hommes ne sondefont jMwis^ elles n*aiment pas comme nous ; en M. de Monac celle-ei afanait le père de

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S46 CMSERIES OU 8ÔHI.

ses eofanlSf MitinMDt anasi profond, aussi vif que respectabla, Dims ce tnoment, sa douleur était déchirante.

Bile rédama un peu de solitude , et M* de Kerkoff profita de cet instant poor ooTrir le paquet qui lui était adressé; il provenait deM. de Châtaignier» etcontenait, outi^ une lettre pour Constance, le testament de son mari. Par sa lettre, Monac exprimait las regrets les plus sincères de sa conduite envers sa femme, et lui demandait, en tenpaes dignes et chaleureux, pardon de ses butes, denses mauvais procédés ; il lui donnait la jouissance de tout ce qui lui restait de fortune ; c'était bien peu de dioae ; il l'a priait d'aequitter quelques petites dettes sacrées, et enfin il lui l^ait Tavenir de ses enfants. A ceuxci, il adressait les adieux les plus tendres, les conseils les plus justes^ ses paroles à sou'fils, graves et nobles, partaient du cœur, l'esprit ne les avait pas gâtées. A cet enfonl il assignait ses armes, ses décorations, il imposait à sa jeunesse l'autorité des vertus de sa naière.,. Les expressions dont il se servait pour peindre à sa fille, à Marthe, s<m affecticm si pure, se mêlaient aux avis les mieuxsentis ; il lui envoyait unehague que jadis il avait teçae de Constance. « A toi, lui disait-il, de la i^endre heureuse tous les jours; à toi les soins de toutes les heures; faites, mes enfants, ce que je n'ai pas fait, faites le bonheur de votre mère. » Kerkofi était nommé dans ce testament, les remerefem^ts les plus convenables prenaient sôus la plume de ce mourant une imposante gravité ; quelques souvenirs devaient lui être remis par Franck.

Eloigné de tout seoours religieux, Monac n'avait pas pu laver dans les eaux amères de la pénitence les &utes de sa vie; il les déplorait, en les reconnaissant, et s'abandonnait avec une touchante résignatfon à la miséricorde du Dieu de Constance.

M. de Ghataigater adressait à M. de Kerkofi* son propre testament, et lui annonçait que dans peu de jours il serait auprès de lui, ai sa santé Im permettait ce long voyage; il lui donnait une foule de détails sur les derniers moments de son neveu, détails aussi tristes que déchiranta; cet honune aTait succombé à la fleur de l'âge, sous le poids du remords et du

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