TROISIÈME PARTIE. -^ DIX-HUITIËME SOIRÉE. Wl
chagrin. Il est des natures que le inonde sait rendrg perverses» mais qui, un jour, se réveillent» s'usent dans rîsdemrat de leur repentir, auxquelles manque le courage de jeter le masque et de se montrer ce qu'eUessont devmues ; régénérées par la souffrance, elles s'épuisent daçs le silence. A force de veiHus/Gonstance avait vaincu Monac, mais il n'avait paaeu, la force d'avouer sa défaite. Après tous ses revers, ruiné, abandonné de tous, cet homme, dans le silence^des longues nuits de la mer, dans la méditation de la vanièé de sa vie passée, avait compris enfin que le vide du cœur, le brutt du monde, les joies éphémères, de la jeunesse ne sont pas le bonhëûtî il avait levé les yeux vers le Ciel, et le Ciel lui avait
parlé.' • ' ' '
Gôtt^taticéf mêlait se» larmes à ceBes de ses en&nts. Pauvres petits!.^. Quels TCgrets^onnaient-ils à un père qu'ils avaient à peine coiinu !- ils pleuraient pnvce que leur mère pleurait, parce quMIs avaient l'&me bien placée. Marthe, plus que son frère, avait, dans de rares *)irées, joué sur ks genoux de :80Q père ; elle avait gardé bon et tendre souvenir de ces jours déji si éloignés; chaque jour aussi elle priait pour lui. Oh ! non, ce n'était pas un étranger pour elle; aussi ses larmes coulaient et ses yeux se fixaient, avec regret et amour, sur un portrait que sa mère n'abandonnait plus du regard. •
Lucie et sa fille, instruites de tout par M. Daehène, attendaient dans la pièce à côté, Kerkoff lès rejoignit: il était trèscalirie en apparence, mais à travers sa phyrionomîe officielle, ott VésAt le déchirement de son âme ; îl lui tardait de donner à sa fille adôptive les motifs puissants de consolation qu'A taiait à la main. Louise étoufiait ses lamM; LudOr plus cabpe, priait intérieurement; Enfin, Constance laifta pénétrer chee elle. Ses lettres lui furent remises; elle les dacha dans son sçîn. Espérez, mon amie, votre mari est mort en recommandant son âme à la miséricorde de Dleo, et en vous bém^ sant vous et vos enfants. Les paroles si touchantes de ce testament furent alors lues par Kerkoff, non sans une profonde émotion.
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. La pauvre fetonMe espéra, FrSnck lia serrait dans ses bras, les larmestlé Marthe tombaient avec ses baisers sur les mains de sa mère;
-^ h tous remercie, h mon Diea !... Oni, si-penqaeje le puisse, je veux espérer.
— Espérez ) ce mot si chr^ien, sortaitde toutes les bouches, et tous les cœurs priaient.
Déjà Franck et sa sœur semblaient, acceptant le 1^ de leur père, se dévouer plus particulièrement à leur mère ; ils ne la quittaient plus ; ils cherchaient à lire dans ses yeux.
Oh 1 qu'elles étaient amèresles larmes de cette pauvre jeune femme I . . . Qu'elles étaient douces, afiectueuses, les consolations que lui prodiguaient ses amies ! Kerkoff s*était éloigné avec Tabbé, et cherchait les moyens d'adoucir ce coup si terrible et si peu attendu. . . Il ne craignait rien' pour le premier nioment, mais il redoutait l'avenir. 11 bénissait Ûeu du cours^ue prenait cette douleur: soutenue par l'espérance, certaine que son mari avait quitté la terre en honora&t son nom, persuadée qu'elle occupait dans son cœur la place qui hri appartenait, Constance trouvait, dans ces sentiments, je né sais quelle douceur; son ami le comprit promptement, et se promit do les développer encore. Il est donné à quelques âmes de devinerles autres.
La joumée' se ^assa bien tristement, mais ces lugubres soins que nécessitent les chagrins de ce genre employèrent bien des heures. Lucie et Louise prévoyaient tout, paraient à tout ; Marthe et son frère entouraient leur mère des caresses les plus tendres, et leur gentillesse, leurs soins délicats, adoucissaient ces instants si amers.
Le soir, Kerkoff chercha à rencontrer seule sa fille adoptîve ; elle-même désirait ce téte-à-tête.
— Pensez-vous, lui dit-elle, que réellement je puisse espérer. Dieu aura-t-H pitié de l'âme de mon pauvre mari ?
— Oui, sans doute, je le pense ; vous^vez qu'aux yeux de Dieu I-intention est du plus grand poids, et la position toute exceptionnelle de celui que vous pleurez augmente encore les
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motife de cotifianee que tous devez avoir^r L^sgrâ^es spnt infinies, mystérîeujsès; ]es secfeis dn Tout-^Puîi9saïiit. 3oat impénétrables,^! Fespérance, croyez-le bien, est un devoir tout autant que la foi. Le testament» les lettres que je vous ^ ai remis, tout concourt à prouver que depuis longtemps ujp changement radical s\)pérait dans Pâme de vptre mari. Dieu apprécie tout ; le repentir à ses yeux ne. sa. mesure pas avec la parcimonie de notre faiblesse ; Notre^Seigneur accepte le mot du bon larron , et lui promet le Paradis.
Vous avez tant prié dans le secret de votre cœur, que vous avez, pour ainsi dire» forcé la main du Père des miséricordes! Oui, mon enfant, non-seulement vous pouvez espérer, mais vous devez espérer.
Oh ! quel bienfait de la Providence que cette longue solitude !... Les grandes pensées ne vienneot pas aa milieu, du tu* multe du monde, eUes sont incompatibles avec le, bruit ; mais dans la solitude, le cœur s'interroge luji*méme et la méditation amène la vérité. Les gens du monde^soijit plusàpUûndre qu'on ne le croit, ils n'ont pas le temps de penser. Seul, au niilieu des paers, M. de Monac a vu enfin la vanité, le vide de toute sa vie; il a vu que cette femme, que trop souvent il avait oubliée, ne payait ses dédains que par rs|ffec;tion, que par le dévouement; au loin, les influences cessent, et dès lors il a rendu pleine et complète justice à votre conduite, à vos procédés; et, tenez, au fond du cœur, toujours il v^ijis aima.
Le6 larmes de Constance coulèrent en abondance; elle ne repoussait pas, elle aiqpelait plus tôt ces con$olatiaas. Ne cherchons januds à tarir les premières larme» de, la douleur, exjçi* tons-les toujours.
— A^ec quelle ccmstance et quelleardeur je vais prier pour cette âme ! elle n'est pas perdue pour moi, .aUr omtraire ; désormais je me dévouerai toute entière à ajUéger les peines qu'elle endure sans doute; je lui prouvç^rai, moi aussi, mon amour après la mort: que ne l'aide pi^ lorsqu'il vivait?... mais alors il me repoussait ; mais alors, r,. j'avaistmoi-mênote^de grands torts à me reprocha; je n'ai point assez persisté dans
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les efforts qae j'aurais dû tenter pour le ramener à moi ; j'ai manqué d^adresse; trop yite jeme suis laissée aller an déeoorageraenl. Oh ! j*ai mal fait. Et ses larmes redooblaieDt
Constance était de bonne foi, ses regrets étaient sincàres, ses reproches loyaui. Oui, elle aimait Honac, surtoirt depuis que Monac s^était rétélé à elle dans la mort. Elle était profondément touchée des derniers procédés de cet homme, auquel elle avait eu si souvent à pardonner.
Le cœur de la femme est plein de tendresse et de généro* site ; le dévouement est un besoin pour elle ; le dévouement et le sacrifice constituent le fond de son être ; elle onUie, et sincèrement, Finjure devant la réparation la plus légère, si cette réparation vient du cœur.
Personne n'a connu la lettre adressée, de son lit de mort, par Moilac, à sa femme, elle la lut en secret, et jamais die ne divulgua son contenu.
Les heures s'écoulaient, et Kerkoff ne qutttait pas sa fiUe adoptive : il savait que le sommeil ne visiterait pas cette pauvre veuve, que Finsommie amènerait plus de douleurs encore à son cœur, et il éloignait cette heure si pénible; les mêmes idées revenaient, leur cercle était étroit, fl ne dierchait pas à retendre; plus tard il en serait autrement.
Constance supplia ses amis de raccompagner le lendemain à la chapelle de Notre-Dame-des-Bo»^, où elle demandait à Fabbé Duchéne de dire une première meise pour le repos de l'âme d3 son mari.
— Sans doute, la Vierge, dont j^ai tant imploré le secours dans CQtte petite chapelle, afin de revenir à des sentim^ftts qae j^aurais dû toujours avoir, la Vierge, à laquelle j*ai demandé si sincèrement de veiller sur ce mari perdu au miliea des mer^f m^écoutera ; aussi je veux que de là parte ma pr^nière prière de deuil.
Si ces douleurs, la mort de ma mère, ceHe de mon mari, m'eussent saisie dans le temps où ma foi dormait inutile, quelle différence, mon Dieul J'aurais, conune aujourd'hui, senti ces douleurs, elles auraient amené le désespoir et la