TROISIÈME PARTIE. ^ DIX*EUm$M£ SOIRÉE
^^uragenent» Je n'eusse. pas coinprisle devoir personnel fue j*ai à ren^lir. Mes regrets troavent aujourd'hui, dans leur am^tume, une omsolation puispante ; je sais que la prière monte de la tecre vers le Ciel, pour en redescendre en rosée bienfaisante vers ces lieux de supplices où s'expient les fautes de la* vie. Quelle admirable doctrine que celle-là ! comme il est doux de croire que la tombe, en se fermant, n'a pas rompu la chaîne des saints attachements I comme il est beau de penser que nos chers morts reçoivent un puissant soulagement de nos prières, de nos bonnes œuvres ! Oh ! oui, j'agirai pour hu, je doublerai mes aumônes en son nom, en séchant des larmes sur cette terre; je diminuerai au Purgatoire le nombre des jours de peine« Je vais me piréparer à devenir vraiment chrétienne ; j'offrirai à Dieu le pain de vie que j'aurai reçu en mon âme. Je, demanderai à TËglise de faire couler sou-* vent, et bien souvent, je sang de l'Agneau sur ses autels ; je suivrai la route que Dieu m'indique, et par laquelle il me conduit à lui avec tant de persévérance et de mansuétude; que sa sainie volonté s'accomplisse ! Puisse la Vierge fidèle obtenir de Dieu que je devienne semblable à elle ! Puissé-je dire toujours en toute vérité et en toute humilité : Voilà la« servante du Seigneur !
Mon ami, je voudrais fonder ici un établissement bien modeste : les garçons et les filles y recevraient une éducation solide, une instruction appropriée à leurs besqins ; les pauvres infirmes y trouveraient un asile, et les malades im refuge. Tous les jours le saint sacrifice y serait offert pour le soulagement de mes parents défunts, et pour appeler sur moi et mes enfants la bénédiction du Ciel.
Croyez-vous que je puisse fonder cette petite maison? Je ne sms pas riche ; mais, vous le savez, je deviens économe, je bornerai encore mes désirs. Réfléchissez à cela,
Jô proposerai à Joann^ de s'unir à moi; elle dirigera cette maison, elle y apportera son zèle, sa charité ardente^ Écrivez à Joanna, ami; dites-lui que j'ai le cœur brisé pfitr un nouveau chagrin, et Joanna viendra. Demain,
S5i« ckVSBÊâa w.aoïiL
n'eBt«€a pas, Tçnsliii deiiiaod«reg^Tcoir idearer aveeinoL
— Ce que lou dëûei est d*uoe eiécutioD^idiis fMle qae ton ne lesoppoieBy'GQiBtioee. La oemiBiiiie poa>cdp od terrain très-propre à cette maison. Je puia^moi, y oonsacnr ime somme assez ronde, firoît d'une restitution qni.m'a été dernièrement fiaite : nne bonne et respeetable personne de notre voisinage a depuis bngtemps cette pensée, et elle se propose d^abandonner sa petite fortune à qui entreprendra de réaliser son projet. Vous le voyes, voire idée prend vie, et Thospiee de Sabte*Gonstance s'élèvera comme par enchantement.
— Merci, merci ! vous êtes un ami par&ât. Oui, ce me sera une consolante pensée que celle de cette fondation. Ces vieillards et ces entants prieront pour lui. Dieu exaucera ces voix pures et ces voix éprouvées. Son tombeau n'y sera pas; autrefois ce tombeau m'eût singulièrement manqué. D me semblait qu'on ne priait bien pour les morts qu'à Tombre du cyprès de leur tombe. Vous ne permettez certes pas cette écroitesse de sentiments, n'est-ce pas?
— Dieu me garde de m'écarter du saint respect de \a tombe, chère amie! je comprends plus que ^lersonne, je l'espère, le culte des souvenirs. J 'honore ce pieux usage de rappder aux vivants la mémoire des morts, et si parfois je ne puis retenir un sourire devant la niaiserie des épitaphes et devant la vanité des réclames funéraires, j'aime à m'incliner devant la croix du sépulcre d'un ami, d'un parent; j'obéis avec empressement à la demande qui m'est faite d'une prière, et je salue avec vénération profonde le signe de la Rédemption, gage certain de l'Eternité bienheureuse que j'attends pour ceux qui me furent chers. Oh! pourquoi n'est-il pas toujours possible que le cimetière entoure l'église? pourquoi fout- il que dans nos cités ce champ de la mort Soit séquestré de la fréquentation des vivants? TÉglise aime à placer ses autels près des tombes, car des autels s'élance la prière qui unit la vie à la mort ; car en passant près du monument de son pk^, le fils se souvient de ses vertus ; les larmes de la femme n'arrosent point en vain la tombe de son époux, et la fiUe trouTe
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de diastea. et: pores in^fwi^ras: lanqii?6lk^ s& pciidM sur leB. iroides pierreB recouirraiit le. cercuefl devisa' JDère; Duceeur part un soirreDir, des làvres tombe. une prièiie^.* La. pensée de h mort est salutaire*.
De là, Constance, rorigioe du pieux usage des. tc^ibeaax; mais malheur à celui che? leqnd le souvenir des morts ne se réveillerait que devant une inscription, oiattieur à celui autpiel l'appel dut(»nbeau est indispensable! Nous n'avons pas les idées matérielles des anciens. Pour nous, la sépulture est chose sainte, sans doute, mais la sépulluce n'est point d'absolue nécessité. L'amour du dirétien se reporte sur rame. immortelle, et son âme tend vers cette autre âme; pour elle, il n*est pas de tombeau, pour elle les prières viennent de partout. Nous n'avons ni autel ni victime spéciaux pour les mânes; du nord an midi», du levant au couchant coule le sang, de r agneau, rosée féconde portant avec elle le soulagement et la paix. Que nous importe, après tout^ ces froides dépouilles que Fâme a quittées? «orties de la terre, elles retournent à la terre, et, quelque âevées et profondes que.soient les pyramides qni les recouvrent et les défendent, la destruction saura les atteindre et les réduire à ce néant qui n'a plus de nom.
Élevons, chère enfant, des pyramides de bonnes ceuvres ; escaladons le ciel, Saisons violence à Dieu; enlevons, pour, ainsi dire, les âmes de nos chers morts à sa justice, ra sachant intéresser sa miséricorde, en puisant sans relâche aux trésors intarissables de ses grâces; là. Constance, est la vraie ten« dresse, tendresse toute chrétienne, digne de vous, fil mystérieux, qui lie le purgatoire à la terre, la douleur à la douleur: c'est dans votre cœur que sera le vrai monument; toujours il sera debout, toujours il durera.
— Le monde a une singulière manière d'honorer les morts.
< — Oui, sans doute, sa vanité trouve son compte à ces convois pompeux, à ces funérailles magnifiques, à ces petits palais qu'il élève à leur gloire ; c'est que le monde constate
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ainsi 8a richesse, sa fotilîté ; il paye aux yeux de la foula fe tribut qu'il doit ; mais bien promptement aussi il se croit quitte ainsi envers ceux qu'il a superbement drapés et empanachés, logés et dénoncés à la mémoire des siècles; mais aussi à peine a*t-il jeté ses voiles funèbres , détaché ses draperies de deuil qu'il* éteint ses souvenirs. lia fait son devoir : le plaisir, les affaires, le tourbillon enchanteur rappellent ; il est libre, il répond ; et dans le fiiit n'a-^t-il pas officiellement pleuré? n'a-t-il pas élevé son monument? n'a-t-il pas buriné sur le cuivre et le marbre ses regrets et sa tendresse? Oh! assez , assez comme cela ! sa délicatesse ne lui en permet pas davantage. Peut-être de loin en loin visitera-t-il le caveau de famille, jettera-t-il une fleur à côté d'une fleur morte, une couronne sur ces pierres, dont une main payée écarte Therbe et le lierre; peut-être s'agenouillera-t-il, peut-être ▼oudra-t-U prierl... Mais, h^as! prier!... il ne le sait pas!...
Vous, Constance, s'il vous est refusé de vous pencher sur le socle d'une croix funéraire, vous allez élever un monument qui ne périra pas. De cette maison dont la mort tous inspire la pensée, s'élèvera à chaque heure un cri de miséricorde, un appel à la clémence ; ces cris, cet' appel, seront entendus, croyez-le bien. Vous aTez une salutaire pensée. Oui, il est bon d'honorer ainsi les morts; faire du bien aux vivants, en leur nom, est chrétien, est parfaitement chrétioi.
Que Dieu visite votre âme ; mon enfant, qu'il répande sur elle ses consolations infinies ; vous tous faites sa servante, Totre Maître sera doux et miséricordieux ; je ne puis douter qu'il n'ait exaucé déjà bon nombre de vos prières, et les exaucera toutes !
Rentrez près de votre fille, elle est seule depuis longtemps.
— A demain, ami, à la chapelle; priez, priez toujours !
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DIX-NEUVIÈME SOIRÉE
Joanna répondit à Fappel que lui faisait son amie : elle se rendit a^ec empressement à La Grange, et prodigua à madame de Monac toutes les consolations que peut donner un cœur habitué à la douleur, plein de charité et vraiment chrétien. La famille de KerkofiF seconda de toutes ses forces cette excellente femme, et Constance, résignée, mais non consolée, se consacra déplus en plus aux bonnes oeuvres et à ses devoirs de mère. Franck devint pour elle Tobjet de soins particuculiers ; elle trouvait un grand charme à dév^opper cette nature si bonne et si 'riche en espérances. Un père lui manquait, mais sa mère se faisait père.
Si cette jeune mère s effrayait de son lourd fardeau, M. de KerkofiTla soutenait et l'encourageait; il aimait à lui citer les * noms de tant de jeunes gens élevés par leurs mères, et qui avaient été non-seulement des hommes vertueux, mais encore des hommes distingués. Ului racontait sa propre histoire, car, lui aussi, avait perdu son père dès l'enfance; il lui redisait Tempire que sa mère avait exercé sur lui par son dévouement, sa douceur, sa constante sollicitude, ses enseignements pleinsde foi, d'honneur qu'il recevaitd'elle avec d'autant plus de docilité, que cette parole maternelle n'avait ni rudesse ni rigidité. Aux jeunes âmes bien nées» Tamour de la mère, de la mère veuve, devient un culte. Les jeunes cœurs seplaisent àremplir tous les vides de ce cœur; les liens les plus tendres unissent les fils à Ja mère. Tous les bons sentiments propres à l'homme corroborent l'amour filial, assez fort alors pour dominer et subjuguer même les passions naissantes; que de choses ne fait-on pas pour consoler sa mère ! ... Et elle? dans le recueillement de la douleur, dans la solitude que lui a faite la mort, comme elle concentre toute sa puissance d'affection sur sesenfants, comme
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elle sent ses forces augmenter ! comme sa raison se fortifie ! comme sa sollicitude s'éveille ! que de grandes choses ne trouve-t-elle pas dans son âme? rien ne la trouble dans Tacoomplisseroent de ses chers devoirs; elle marche au but avee résolution, avec persévérance. Le monde a fui, et dans la retraite, les exemples, les paroles de la mère, sont recueillis avec empressement, avec respect, avec amour. Quand les femmes le veulent, elles se font hommes, et, grâce à Dieu, sans cesser d^étre femmes !
Ces réflexions, dont elle goûtait la justesse, calmèrent le trouble et le découragement par lequel Constance se sentait saisie dans son isolement. L'abbé Duchène lui montrait un dévouement profond ; il comprenait, comme elle, l'avenir de ce fils auquel il se consacrait tout entier. Le pauvre petit, entrahié ver^ KerkofTpar Tattrait irrésistible qu'un enfant éprouve pour ceux qui Faiment, le consultait souvent. U voulait rendre sa mère heureuse, et souvent il s'échappait vers Louise pour lui confier ses petites amertumes, ses dégoûts, ses projets, et Louise le calmait, Tencourageait.
Toutes les pensées de Marthe se concentraient en line seule : sa mère; 'elle ne la quittait plus, elle étudiait dans ses yeux les secrets de son cœur, et Constance ne pouvait comprendre tous les raffinements de la tendresse de sa fille; Ja douleur avait donné à Marthe une gravité pleine de charmes; elle devançait en maturité les années ; sa ravissante nature se développait avec une rapidité prodigieuse; Tenfance dis* paraissait, laissant seulement après elle la simplicité et la naïveté dont cette jeune fille était parée, comme une jeune fleur des feuilles tendres qui l'accompagnent encore. Comme elles étaient douces les causeries de la mère et de la fille! Souvent Joanna, par un mouvement presque involontaire, saisissant Marthe dan3 ses bras, la pressait sur son cœur, et laissait tomber une larme sur son front. Marthe avait pris Louise pour type; elle Tétudiait, elle la consultât, elle lui demandait le secret de rendre sa mère heureuse. Âime<la, disait Louise; sois ce que tu es, ravissante enfant!