‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 253 sur 259 · TROISIÈME PARTIE. — DIX-NEUVIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — DIX-NEUVIÈME SOIRÉE

— Hélas t oui, la vie est un combat, ce mot est juste.

— L'Eglise militante se compose de ceux qui ont \aincu et qui jouissent dans le ciel de la gloire et du repos de la victoire ; ou mieux encore, d'après le concile de Trente : c'est la réunion des esprits bienheureux et de ceux qui ont triomphé du monde, de la chair et du démon perfide, qui, délivrés des misères de cette vie, jouissent de réternelle félicité.

— Qu'est-ce que l'éternelle félicité ?

— C'est le Ciel, le Paradis, chère Constance, c'est-à-dire la possession éternelle de Dieu, la vue de Dieu, la connaissance de Dieu, la fin de tous nos maux; car ni la mort, ni la maladie, ni la douleur, ni la plainte n'ont de placé dans la mai^ son du Père céleste.

L'humanité, dégagée de ce qu'elle a maintenant de dégradé et par conséquent de mortel, de borné, dégagée de son ignorance, de sa corruption, entrera dans cet état de gloire pour lequel Dieu l'avait créée.

Vous vous souvenez qu'au début de ces causeries nous avons vu que le malheur inhérent à noire nature déshéritée consistait dans l'ignorance et la concupiscence , que, privée de nos rapports primitifs avec Dieu, nous gémissions dans cette solitude de la terre entre la souffrance et la mort, que notre âme, privée de la connaissance parfaite de Dieu languit au centre de ce désert aride, loin, bien loin de la lumière divine; nous avons reconnu, s'il vous en souvient, que de notre dégradation, conséquence immédiate de la chute du premier père, datait la perte de notre bonheur parfait, de notre bonheur absolu.

— Oui, je n'ai pas oublié les belles paroles de Bossuetque vous me citâtes, et par lesquelles il prouve que l'homme, créé à l'image de Dieu, était fait pour connaître et aimer, et que, par son orgueil, voulant s'élever au-dessus encore de cette admirable position, îl est tombé où nous sommes.

— Eh bien ! c'est à ce premier état que Dieu appelle ses élus. Il leur rend et la connaissance parfaite et l'amour parfait. Dans l'éternité bienheureuse, nous ne cesserons pas un

seul instant de pénétrer les perfections de Dieu, de VinGnie perfection; nous saisirons ces perfections, nous les comprendrons, nous ne finirons jamais de les admirer, car, encore une fois, elles sont infinies, et tous les voiles seront déchirés, et nous contemplerons face à face Téternelle, l'infinie beauté. Non seulement nous pourrons la contempler et la connaître : nous l'aimerons ; nous Taimerons d'un amour infini, d un amour incessant, d'un amour que Phorame ignore; car, pour lui tout a des limites, tout passe; l'amour le plus pur, le plus ardent, le plus légitime le fatigue, et, dans le Ciel, nite mps, ni espace, ni lassitude, ni changement, VBosanna céleste ne ces^ sera pas. L'amour céleste ne s'arrêtera pas, ne discontinuera pas ; plongés dans un océan d'amour, nous nous y plongerons de plus en plus. Non, il n'est pas de parole pour rendre les délices du céleste amour! non, il n'est pas de parole dans notre triste langage pour donner une faible idée des mystérieuses beautés de la céleste Jérusalem ! L'homme rêve et de saphir et de pierres précieuses, et que sont les pierres précieuses, les merveilles que notre œil aperçoit, que notre imagination grandit devant les indicibles perfections de Tinfini. L'œil n'a pas vu, l'oreille n'a pas entendu. L'éloquence d'Augustin s'arrête ; sainte Catherine de Sienne, sainte Thérèse, auxquelles Dieu a laissé entrevoir ses merveilles, restent sans voix pour les redire; saint Paul, ravi qu'il a été du troisième ciel, déclare « que le cœur de l'homme n'a jamais rien senti qui leur soit comparable. »

Et comment l'âme pourrait-elle comprendre, et comment la parole pourrait-elle exprimer? Oh! alors ces merveilles ne seraient donc pas les merveilles infinies.

Ajouterai-jè que ces admirables œuvres du Très-Haut, ces mondes qu'il entasse sur les mondes, ces astres que d'autres astres dominent, ce livre de l'univers, dont nous lisons peutêtre quelques lignes, dont un siècle donne un mot à un autre siècle, ce livre que l'homme étudie sans cesse et devant lequel il se prosterne, en s'écriant : 0 grandeur et profondeur de Dieu! 0 aîliludo! ajouterai-je que toutes ces mystérieuses

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