‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 254 sur 259 · TROISIÈME PARTIE. — DIX-NEUVIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — DIX-NEUVIÈME SOIRÉE

grandeur» devant lesquelles notre e^rit necule épouvanté d^admiration, n'aurons plus de secrets pour noujs ? Que vous dirai-je encore?... et ces lois non moins mystérieuses de notre être moral, ces arcanes désespérants que notre raison vacillante scrute en vain» qu'elle rapetisse à sa taille, le plus petit enfant les saisira, les connaîtra !

Labeur stérile que celui auquel je me livrerais pour chercher un faible son, rappelant les célestes concerts ! Tœil n'a pas vu, Toreille n'a pas entendu, le cœur de l'homme n'a pas senti !... La parole est impuissai^te. Sainte Thérèse, dont la voix est si pénétrante et si riche, dont l'amour est si ardent, ne s'écrie4-elle pas : « Il n*est pas d^imagination ni d'esprit qui puisse se figurer ces choses ! »

Pour le troupeau ûdèle, la gloire sera oomplète, l'âme ne jouira pas seule de la victoire; son compagnon d'exil, le corps, obéissant serviteur de ses volontés, le corps, instrument et objet de la pénitence, régénéré par la privation, par l'abstir nence, agrès avoir passé par l'anéantissement de la tombe, ressuscitera et, appelé à la vie sans fin, il sera doué de qualités toutes particulières à ce nouvel état ; victorieux de la mort, il brillera comme le soleil ; ^gile comme les anges, subtil comme eux, il ignorera et les misères de la terre, et les appétits grossiers et toutes ces conditions de destruction qu'il recèle en lui-même.

— Quel mystère, anai !

Comment se fera-t-il que les choses du ciel cessent d'être mystérieuses pour l'habitant de la terre ? Ni vous ni moi ne pouvons contempler le soleil, sa lumière nous éblouit, et comment pourrions- nous contempler le moindre rayon partant du trône de l'Éternel? Alors que nous serons comme des dieux, alors qu'avec les anges nous chanterons les cantiques sans fin, alors que nous nous enivrerons des parfums que répandent sans cesse leurs encensoirs d'or, alors que nous entendons les paroles du Père, alors que se dévoileront devant nous, aux pieds de l'autel de l'Agneau, les chœurs des anges et des archanges, des patriarches et des apôtres, des martyrs

et des confesseurs, des TÎerges et destainies fiBBmei^ alors qne^ mêlés à cette multitude infinie de jostes» noos noos reposerons au pied des palmiers de la céleete montagne, alors, encore nue fois, tous les voiles seront enlerés, et nos corps pourront voir, et nos flmes pourront comprendre.

Nos corps, cette poussière du tombeau ressœciteMv. . mais comment ?

— Demandez à leur auteur, ce qu'ils loi coûtèrent k créer, et refusez^Iui la puissance de reformer, de cette poussière sans nom, ce qu'il tira du néant !

Aux accents de la trompette des anges, les mers rendront leurs victimes, la terre le dépôt qui lui fut confié; l'aveogle retrouvera les yeux qu'il avait perdus, le mutilé les membres séparés de son corps : comment ressusciterons-nous ? Dans toute notre beauté ; les cheveux de notre tête ont été comptés, et ils nous seront rendus. Tout sera beau dans le del.

Voilà la félicité bienheureuse.

— L'Église triomphante se compose donc des esprits bienheureux et des justes qui déjà reçoivent la récompense de leurs vertus et de leur fidélité?

— Leur gloire n'est pas complète, car leurs corps reposent mcore dans le tombeau.

Au dernier jour seulement, après la manifestation suprême, après le grand jugement, les corps des élus seront reçus dans la gloire. Vous le savez, l'âme n'a pas plus tôt quitté le corps qu'elle apparaît devant Dieu, et elle entend prononcer l'arrêt qui la condamne ou aux feux étemels, ou, s'il lui reste encore quelques péchés à expier, au Purgatoire, ou enfin, si elle est purede toutes souillures, à être appelée aux joies ineffablei du Paradis.

Les âmes coupables subissent immédiatement leurs peines; après la résurrection les corps y seront associés.

Vous connaissez les tourments auxquels seront livrés les prévaricateurs, je ne vous en parlerai pas autrement. Ils seront éternels pour les damnés, et je ne vous ferai pas l'injure de développer devant vous les preuves sur lesquelles le christianisme appuie sa foi. Je ne vous donnerai pas plus les rai*-

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sons coQduutes par lesquelles k souveraine justice de Dieu se concilie avec sa souveraine miséricorde. L'éternité des peines est de foi; cda vous suffit.

— Mais les peines du Purgatoire sont temporaires ?

— Oui, sans doute ; elles n'en sont pas moins très-grandes.

Les âmes duPui^atoire forment* chère amie, TEglise souffrante. Quoique coupables, elles sont destinées à la gloire, elles prendront place après leur châtiment parmi les élus de Dieu; elles font partie de la communion des Saints ; elles participent comme les fidèles vivants aux mérites de Notre-^igneur et aux grâces que Dieu nous donne par les sacrements. Elles expient les péchés véniels, les fautes légères, et, vous le savez, par nos bonnes œuvres, par les indulgences qui leur sont applicables, par nos prières, par rEucharistie et par les saints mytères offerts pour elles, nous pouvons abréger singulièrement leurs pénibles souffrances.

— «Te le sais; et quand vous êtes arrivée, Joanna me démontrait les liens qui nous unissent à ces âmes.

Le chef de TËglise est donc Notre-Seigneur JésusrChrist, qui règne au ciel; mais sur la terre l'Eglise a un chef visible?

— Oui, le pape, successeur de saint Pierre, prince des Apôtres, auquel le Sauveur donna les clefs de son Eglise. La suprématie de FEglise de Rome a été reconnue de tous temps par la chrétienté et par les évêques successeurs des Apôtres, établis pour régir le troupeau du Sauveur ; sans les évêques il n'y aurait pas d^Eglise.

Je ne vous développerai pas les caractères de la vérilable Eglise, son unité, sa sainteté, sa catholicité et son apostolicité. Je ne vous parlerai pas non plus de son autorité et de son infaillibilité ; le temps vous presse, et vous n'avez pas de doute sur ces points essentiels de notre foi.

— Non, je n'ai pas de doute ; mais j'en suis à la foi du charbonnier. Un mot donc, je vous en prie-

— - L'Eglise est une parce qu elle reconnaît un Seigneur, une foi, un baptême selon saint Paul ; elle est une parce qu'elle reconnadit encore un seul chef, Notre-Seigneur Jésus-

Christ; TEglise est une parce qu^elIe ne foroie qu^tin corps, et qu'elle n^a qu'un esprit et qu'une espérance.

Le fondement de cette unité de T Eglise c'est Tunité même du Christ et du Christianisme, c'est la communauté de la foi, Tidentité des sacrements; le signe et le moyen de cette unité, c'est la hiérarchie (1).

L'Eglise est sainte parce qu elle est consacrée à Dieu, parce qu'elle forme comme un corps avec son divin chef, Notre- Seigneur Jésus-Christ. Elle a reçu la grâce de la sainteté, la grâce du baptême et de la rémission des péchés ; elle est sainte parce qu'elle ofiGre le sacrifice le plus saint qui se puisse imaginer, et le salutaire usage des sacrements.

L'Eglise est catholique parce que ce mot signifie uniTerçel, et que TEglise est universelle ; elle embrasse en effet l'univers, le ciel et la terre ; elle est inspirée, dirigée paur le Saint-Esprit. L'Australien baptisé est membre de TEglise comme vous et moi ; l'âme gémissant au Purgatoire lui appartient comme l'élu de Dieu,

— Mais les pécheurs !

. — L'Eglise les tolère , tout en désapprouvant le péché. Puis n'a*t-elle pas l'espérance de les voir rentrer au bercail? le divin Pasteur ne court-il pas après la brebis égarée ? ne la rapporte-t-il pas sur ses épaules ?

L'Eglise est apostolique parce qu'elle remonte aux Apôtres, par la succession non interrompue de ses évêques, et aussi par la succession de la vraie doctrine apostolique, qui n'est conservée pure et entière que dans son sein (2).

L'autorité de l'Eglise dérive du privilège qu'elle a d'avoir Jésus-Christ pour fondateur, de posséder le trésor de la vérité et de la grâce, d'être assistée par le Sainte-Esprit qui vit et opère en elle, d'être en possession de la succession apostolique qui est un moyen de perpétuité (3).

(1) Klee, Manutl deV histoire des dogmes chréUen8,U i^ p. 81, traduction de M.rabbéMabire.

(2) Voir Klee, Loc. dU

(3) Voir Klee, p. 100.

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