PREMIÈRE PARTIE. — SEPTIÈME SOIRÉE
pérance, le ciel I la mort n'est plus qu'un passage, elle nous unit à Dieu ; par elle notre âme se retrouve en possession de ce bien vers lequel elle soupire depuis sa naissance; au ciel nous retrouvons Dieu, ce qui certes dit tout; mais dans l'ordre humain nous retrouvons nos amis, nos parents, les êtres que nous avons tant aimés : la mort n'est plus un mal extrême, la mort est un bien.
Mais ce n'est pas seulement dans cet ordre d'idées que l'espérance nous est prescrite, nous devons espérer que toutes les fois que nous demanderons à Dieu une chose utile à notre salut, elle nous sera accordée si nous la demandons bien : Demandez et vous recevrez^ nous a-t-il été dit. Aussi, comme vous vous livrerez à cette douce promesse, si jamais votre fille frappée de quelque maladie vous causait de l'inquiétude pour ses jours précieux ! Oh ! comme votre prière s'élèverait vers Dieu, comme vous espéreriez en sa bonté paternelle !
Comprenez-vous maintenant cette quiétude des personnes tout à fait chrétiennes, dans les afflictions de la vie et même dans les chagrins les plus cuisants. Elles sentent tout comme nous, et parfois avec pfbs d'énergie; mais jamais leur foi n'a ' permis au désespoir d'entrer dans leur cœur. Elles savent que les jours du temps sont courts et que ceux de l'éternité n'auront pas de fin. Elles ne voient donc qu'une absence momentanée, là où tout autre voit une éternelle séparation; voyageuses, elles attendent avec confiance, sur la terre étrangère, les joies prochaines de la patrie.
Et cette âme humaine, emprisonnée qu'elle est dans ce misérable corps, comme elle aspire après ce jour où, tous liens étant enfin rompus, elle pourra s'unir au centre de toute science et de tout amour I Oh ! l'espérance I les hommes n'ont pu l'inventer : Dieu l'a déposée, dans son ineffable bonté, au cœur de l'homme, comme il y met l'amour, pour rendre la vie possible. A elle seule, celte vertu toute chrétienne prouverait la divinité de nos saintes croyances.
Eh bien. Constance, suis-je parvenu à vous faire comprendre respéraj;ice ?
îio Causeries du soir.
— Oh ! oui, je comprends eette Tertu câeste, je comprends tout ce qu'elle a de dtyin et d'humain. Sans elle je ne TÎvrais pas depuis longtemps, je yous le dis de bonne foi ; mais» mon ami, faites-la moi sentir cette bienheureuse] espérance, donnez*la à mon âme.
— Ma pauYre enfimt, je ne suis (jas Dieu, et sans la grâce nous ne pouvons rien; mais demandez, et elle tous sera donnée. Rentrez souvent en vous-même, et vous y trouverez une foule de dispositions qui vous amèneront à cette divine vertu.
Voyez autour de vous et vous trouverez qu'elle est bien plus commune que vous ne le pensez. Vous connaissez certainement qudqu*une de ces pauvres créatures sur lesquelles il semble que la main de Dieu se soit appesantie, auxquelles toutes les joies du cœur et de la vie ont été enlevées, qui pleurent sur un tombeau, sur une affection brisée, pour lesquelles le monde n*a pas une consolation I... pas une place!... qu'il ne peut oom[NrendreI... ehbieni dans le silence du coeur, examinez cette personne : elle n'est point abattue, parfois même la frivolité, en passant, la déclare guérie et consolée; elle n*attire pas la piti^que tant d'autres implorent, elle vit simplement, remplissant tous les devoirs de sa position ; elle est calme, en apparence; pénétrez dans cette âme, et qu'y trouverez-vous^... L'espérance. Oui elle a quitté la terre, elle n'en porte plus le fardeau, ou elle le porte avec confiance ; elle est en marche vers le lieu où elle retrouvera ce qu'elle a perdu ; et que lui fait la longueur du chemin, elle sait qu'elle arrivera au terme I II y a encore un autre sentiment délicieux pour elle : elle sait que sa douleur offerte à Dieu avec résignation peut servir à l'âme qui Ta devancée comme à son propre salut; elle sait que cette' douleur même assurera leur réunion étemelle ; oh ! alors la douleur n*est plus un mal, elle est un bien ; souffrir pour celui que l'on aime et pour assurer cette si désirée réunion ; 6 Constance, demandez à votre âme, ne serait-ce pas alors une sorte de joie ?
Dès que Ton croit, on espère ; mais on ne peut croire et pérer sans akner.
PREBflÈRE PARTIE.— SEPTIÈME SOIRÉE. 51
.Bien des fois déjà nous avons dit que Tamour de Dieu était à peu près tout le christianisme» et nous avons va aussi que rien n'était plus dans Tessence de Fâme humaine que cet amour de Tinfinie perfection.
Il est donc simple que nous aimions Dieu parfaitêtnenl^ c^est-à-dire par-dessus toutes chosest de toutes nos forces, de tout notre cœur, de toute notre âme; car Dieu, c'est, encore une fois, la perfection suprême. Vue en elle-même, encore une ibisi la Divinité a droit à notre souverain amour, mais si nous réfléchissons que Dieu est notre Créateur» notre Seigneur, que nous lui devons tout et notre naissance, et chaque jour de notre vie; que nous lui devons tous les objets de nos affections; qu'il est notre cause et qu'il sera notre fin ; si nous considérons de plus qu il est notre rédempteur, qu'il veut être notre (rère et notre ami ; il me semble qu'il nous sera aisé de reconnaître qu'à ce Dieu si bon nous devons tout notre amour. Vous sentez cela, Constance, et toute démonstration resterait au-dessous de ce que votre coeur vous dit. Oui, vous ressentez pour lui une reconnaissance infinie.
— Oui, sans doute, j'ai voué à Dieu une reconnaissance sans bornes, mais comment l'aimer assez ?
— Jamais, sans aucun doute, vous n'aimerez Dieu comme il mérite d'être aimé, car il est l'infini et vous êtes le fini ; car il est perfection, et nous sommes péché et corruption ; et, après tout, Dieu sait aussi bien que vous ce que vous pouvez : il vous demande de l'aimer de toutes vos forces, de toute votre âme, c'est-à-dire de tout faire pour lui, de tout aimer en lui, de /aimer par-dessus toutes choses ; de l'aimer comme l'aimait Abraham, qui lui eût sacrifié son fils unique, s'il n'eût détourné, par son ange, le couteau qui allait égorger cette victime ; il vous demande de l'aimer comme l'aimaient les martyr» qui donnaient leur vie pour lui.
— Sacrifier sa vie; je le comprends, mais sacrifier tout et à loul heure, n'aimer rien que Dieu, est-ce possible ?
— Aussi n'est-ce pas là ce qu'il vous demande ; il vous der mande, au contraire, d'aimer tout ce qu'il est bien et bon d'ai*
mer; seulement il vous demande d'aimer tout pour loi et rien plus que lui. Oh ! aimez vos enfants, et aimez-les de toute la tendresse de yotre âme ; mais si Dieu qui vous les donna vous les redemandait, faites alors comme Abraham : sacrifiez-les a sa volonté. Aimez toutes choses, mais pour la gloire de Dieu, et usez-en pour sa gloire. Ne vous attachez pas à ce qui s'en ya, mais douez-vous, pour ainsi dire, à ce qui reste. Non, non, le christianisme n'est pas de ces doctrines desséchantes qui condamnent le cœur à ne rien aimer. H ordonne ou il permet tous les sentiments nobles et généreux ; il fait un devoir des sacrifices et des dévouements ; seulement il défend ce qui ne serait pas juste, c'est qu'une chose périssable fût préférée à Véternelle Bonté. Ne croyez donc pas que vous ne puissiez aimer rien que Dieu, ce serait là une déplorable erreur ; vous devez au contraire aimer tout, mais en Dieu et pour Dieu ; glorifiez Dieu par les qualités de votre esprit et de votre cœur, glorifiez-le par vos talents : David chantait ses merveilles et dansait devant Tarche; que de saints Font honoré par les arts ; Maurice était célèbre à la guerre et saint Louis aussi; sainte Hélène se sanctifiait sur le trône; sainte Elisabeth de Hongrie était certes une grande dame, saint Edouard un grand roi; que vous dirai-je. . ? Mais Notre-Seîgneur aima sa mère de Tamour le plus tendre, il aima Lazare de Tamitié la plus vraie ; saint Jean reposa sur son cœur, et la Vierge de quel amour n'aima-t-elle pas son Fils? oh! de Famour le plus actif, le plus maternel que Ton puisse imaginer; elle a été mère autant que mère puisse Têtre ; oh ! ne craignez rien en aimant comme le Sauveur et sa Mère. Ayez toutes les pures aifections qu'ils ont eues ; mais aimez comme le Christ aimait, pour la glorification de son Père.
Oui le christianisme est la religion des saintes amours ; il sanctifie et développe tous les nobles germes que Dieu a mis au cœur de l'homme. 11 ne rejette que ce qui est immonde ou pervers. NVt-il pas à conduire Thomme àramourderinfini, à l'amour sans partage ?
— Vous le dirai-je, mon ami , je ne veux plus rien en-