‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 31 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE. — HUmÈME SOIREE. S · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — HUmÈME SOIREE. S

tendre ce soir ; j^ai besoin de repasser ces choses en moimême.

HUITIEME SOIREE

Comme les champs sont déserts aujourd'hui! j'ai beau regardé autour de nous, je ne puis apercevoir un seul homme occupé; d'où ce repos absolu? vous souriez !

— Vous oubliez vite ce que vous faites de bien, ma chère Constance.

— Comment, ce que je fais de bien ? mais je n'ai rien fait qui empêche vos ouvriers de travailler; je n'ai certes pas eu la pensée de leur procurer le plus léger divertissement.

— Vous oubliez que vous avez assisté très- pieusement à la messe, ce matin, puis à vêpres.

— Et c'est parce que je suis allée à l'église aujourd'hui que l'on ne travaille pas?

— On ne travaille pas aujourd'hui, chère Constance, parce que c'est dimanche.

— Ah vraiment...! mais dans les environs de Paris, on travaille le dimanche comme les autres jours, et je vous assure que nos vêpres n'empêchent en rien les laboureurs d'ensemencer et de récolter, pas plus que les cordonniers de coudre leurs souliers. Pourquoi cette différence?

— Par la même raison qui vous forçait à observer ce matin cette foule encombrant la paroisse ; nos bons habitants sont chrétiens, ils observent le jour du Seigneur, et ils le consacrent au repos et à la prière, suivant le commandement de Dieu, que TOUS n'avez pas oublié.

— Oui les dimanches la messe ouïras ; je sais cela, et je vais à la messe ; mais il n'y a que les protestants qui ne travaillent

pas le dimanche. Pai vii, à Londres, les boutiques fermées, les rues désertes ; oh ! comme c est triste ! vos paysans sont donc protestants?

-— Non pas, mais catholiques et très-catholiques même, je vous assure. Vous arrangez un peu les choses à votre &çon, et vous confondez les prescriptions; vous me permettrez, avant tout, de vous faire observer que Dieu n'ordonna point à Moïse sur le Sinaï d'entendre la messe le jour du sabbat.

— Quelle sottise vous me faites dire. Et cependant, je suis certaine qu'il y a un commandement qui ordonne d'entendre la messe, et qui ne parle pas du tout de repos.

— Oui, il y a un commandement de TEglise, prescrivant d'entendre la messe, ainsi que vous le dites, mais certes il ne détruit pas la loi du Sînaï ; cette loi est formelle, et je vous l'ai rappelée il y a peu de jours ; a Souviens-toi de sanctifier le jour du sabbat, » puis, « Tu travailleras six jours, et tu feras tout ce que tu dois faire; et, le septième, jour du Seigneur ton Dieu, tu ne feras aucune œuvre, etc., etc. » Vous souvient-il maintenant de cette parole si précise?

— Oui, je m'en souviens; voyant continuellement travailler, j'avais cru qtfe ce précepte avait été fait seulement pour les juifs et renouvelé par les protestants, mais non admis par les catholiques.

— Vous faites là, chère amie, une critique bien araère et bien juste, au reste, de ce qui se passe dans notre pauvre pays qui, catholique jusqu'aux entrailles, observe si mal, dans les grandes villes et leurs environs, un précepte rigoureux. Oui, il est rigoureusement défendu d'employer le dimanche à travailler, il est rigoureusement défendu de se livrer ce jour-là aux œuvres servîtes. C'est le jour de Dieu, il se l'est réservé; il a expliqué que lui-même, après avoir créé le monde, s'est reposé le septième jour. Il a imposé la loi du repos pour ce jour, ses paroles sont absolues.

L'Eglise n'a pu ni dû contrarier cette volonté si formelle du Législateur suprême. Elle a accepté dans toute son étendue le commandement, elle lui a laissé toute sa rigueur; elle a

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