‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 32 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE. -^ HUITIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. -^ HUITIÈME SOIRÉE

expliqué seulement par Tun de ses commandements, à elle, le mode d*adoration de la loi, dans ce jour spécialement destiné anssi, comme vous l'avez vu, à adorer Dieu. De là la confusion dans laquelle vous êtes tofbbée. Le travail est autant défendu que la sanctification est ordonnée.

— Mais pourquoi Dieu a-t-il ordonné ce repos du Sabbat ?

— Il me suffirait de vous répondre par le fait simple : ainsi Ta-t-il voulu ; car, quand il s^agit d'une loi venant de Dieu même, le fait de la loi est seul à prouver, la raison n'en doit pas être réclamée.

Ici je n'agirai pas ainsi.

La loi du repos est si absolue qu'elle dérive de la nature même des choses; tout se repose dans la nature, les plantes même semblent soumises au sommeil. Quel est l'animal qui, après une journée de labeur, ne prend pas un repos imposé à sa constitution ? Pourquoi l'homme, cette si noble créature, serait-il excepté de cette règle? Pourquoi, condamné au travail pénible, par sa première faute, ne trouvetait-il pas un moment de grâce devant son juge ! Pourquoi toujours un labeur Imposé à un être primitivement destiné au bonheur éternel ? Dieu, dans sa grande miséricorde, a voulu qu'il y eût un jour sur sept, pendant lequel, pour ainsi dire, la condamnation portée le jour de la première ofiiense fût oubliée, pendant lequel la peine fût suspendue. Dieu s*est reposé, il a voulu que rhomme, quoique condamné, se reposât aussi ; il lui a imposé un repos en l'honneur de celui qui termina la création.

Quelle est touchante cette clémence de Dieu qui veut qu'il soit un jour, revenant à des époques rapprochées et fixes, où sa créature chérie rentre autant que possible dans sa destination première, pendant lequel, exempte de travail, elle puisse le louer, le bénir, vivre pour lui seul ; qu'il soit un jour où Texilé soit ramené à la joie de la terre natale.

Voyez, sur toute la terre, l'homme si péniblement attaché au labeur, et dites-moi s'il n'est pas bon et juste qu'il soit obligé à un repos que ne lui laisseraient ni sa propre cupidité, ni celle d* autrui. Bhcpérimentez tant que vous voudrez, et vous trou-

verez, qu'aux forces de Thomme il faut un peu de relâche. Je crois que Dieu avait singulièrement en vue cette nécessitéquand il a prononcé sa sentence au Sinaï, je Fen remercie et je l'en bénis. •

Remarquez que quand F homme enfreint la loi du dimanche, il se livre au repos le lundi; il se soumet à la nécessité, mais il se donne le triste et fatal.plaisir de violer la loi.

Choisissez tel point de vue que tous voudrez, chère Constance, et vous trouverez toujours le dimanche justifié, que dis-je justifié ! ce mot est impie, mais expliqué par une raison prise de Vhomme même.

• L'hygiène réclame ce repos pour les forces, soit musculaires, soit cérébrales ; l'économie politique vous dira qu'il faut du repos à la production ; le cœur vous dira qu'il faut un jour aux affections de famille, aux joies de l'âme, le sens re-^ ligieux vous dira qu'il faut un jour à l'adoration du Créateur. Je trouve donc ici une preuve de plus de cette si admirable marche de Dieu, qui quoique ne paraissant agir, dans ce cas, que dans l'intérêt de sa propre gloire, étend une main miséricordieuse sur l'homme, et lui procure un bien infini en lui dérobant sa bienfaisance. La divine Bonté se cache souvent pour nous combler de biens! comprenez- vous le dimanche?

— Oui, je comprends que Dieu a voulu empêcher d'abuser des forces de l'homme; mais il n'a pas défendu à tous de travailler, n'est-ce pas? je puis faire ma tapisserie? elle n'épuise pas mes forces : elle ne m'empêche pas de sanctifier le dimanche, ce serait si ennuyeux de ne rien faire?

— Je vais encore vous contrarier, ma pauvre enfant; je suis forcé de vous déclarer que je n'ai pas trouvé dans les livres saints d'exception pour votre tapisserie, quoique certainement elle ne puisse épuiser vos forces.

' -7- Mais elle ne me rapporte rien.

— Ce motif ne paraît pas exiger une exception.

D'après le sentiment général, toutes les œuvres serviles, c'est-à-dire toutes celles qui supposent l'emploi des mains plus que l'emploi de l'intelligence sont réputées défendues.

Page 1