‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 34 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE/— HUITIÈME SQIRÉE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE/— HUITIÈME SQIRÉE

a cherché à les rendre agréables aux fidèles, et à les accommoder, pour ainsi dire^ à notre faiblesse. Nous devons, autant que nous le pouvons, suivre les intentions de l'Eglise. L'assistance à la messe est de précepte absolu.

— Oui, mais les vêpres né sont pas d'obligation?

— L'Eglise n'a pas mis l'office du soir sur le même rang que le saint sacrifice, et je ne prononcerai pas autrement qu'elle. Toutefois, dans tous les pays où elle conserve l'usage des vêpres, je ne vois pas pourquoi on n'y assisterait pas quand on le peut. Le dimanche devant être sanctifié. Test certes mieux ainsi que de toute autre façon, et,, chère Constance, l'obligation de la sanctification est absolue ; il me semble plus facile de suivre une ligne toute tracée, que de s'en faire une à soi seul.

— Dites tout ce que vous voudrez, et vous ne pourrez me persuader qu'il soit indispensable d'entendre vos paysans crier à tue-tête pendant une heure ou deux et de mêler sa voix à la leur.

— Je ne vous ai pas dit qu'il fût agréable de subir une musique aussi déplorable que celle-là, et j'ai encore bien moins la prétention de vous la faire trouver bonne ; ces pauvres gens font ce qu'ils peuvent, je leur en sais gré ; ils chantent haut et fort parce qu'ils ne savent pas chanter bien, c'est tout simple, cela vous brise le crâne, soit, je ne conteste pas ce que vous souffrez. J'aurais peut-être à vous dire que vous pourriez offrir à Dieu cette petite souffrance, pour toutes les sensations d'une autre espèce que la musique, si souvent entraînante de l'opéra ou des concerts, vous a données, pour tout ce qu'elle \ous a inspiré ; ce ne serait déjà pas si mal, je vous assure. Et en faisant un petit retour sur vous-même, vous me donnerez raison, mais tâchez de vous isoler de ce bruit, et lisez quelque bon livre qui vous instruise surtout, et vous trouverez que les vêpres se supportent. Vous entendrez un sermon à Paris, souvent très-bon, partout presque toujours instructif, n'est-ce pas beaucoup? Consacrez encore un peu de temps à réfléchir sur vous-même, et je vous assure que rien rie vous

sera plus profitable ; au reste ce n'est point à moi, c*est à votre directeur qu'il faut adresser vos demandes de conseil sur la sanctification du dimanche.

Ce que je vous demande, moi, c'est de réfléchir à tout ce qu'il y a de bon à Dieu d'avoir ainsi ordonné les choses, que dans notre loi le jour qu'il se réserve soit arrangé de telle façon, qu'il est un bienfait par le repos qu'il prescrit pour notre nature, et que, par son mode de sanctification, il soit encore un grand bien pour nous.

Nous avons déjà vu ce que peut la prière, nous avons vu combien elle ressort de notre propre nature, n'est-ce pas? Mais que faisons -nous le dimanche, nous prions?

Après la prière quelles sont les œuvres recommandées ? les œuvres de charité, faire d'une façon quelconque, du bien à nos frères. Gomme tout cela répond à ce qu'il y a en nous de bon. Comme ce jour- là peut être un jour de bonheur ! quelles douces impressions il peut nous laisser ; le bien que l'on fait laisse si bonne mémoire! La semaine s arrange ainsi sous des auspices heurex. Oh ! non, le dimanche n*est pas un jour triste; ne le traitez pas comme nos voisins d* outre-Manche , qui, par leur folle rigidité, le rendent monotone, froid, sombre comme leur religion, au reste. Ne craignez pas de voir vos amis le dimanche ; l'amitié est un sentiment si chrétien ; frappez à la porte de la cabane, le soir vous y trouverez la famille réunie.

Ainsi, chère Constance, il y a un rapport intime entre le dimanche et nous.

J'aurais encore bien des choses à vous dire sur ce sujet, mais je vois les nuages ^'amonceler, Torageest imminent, retournons vers notre gîte.

— Dépêchons-nous, je crains le tonnerre, et nous sommes loin.

— Je m'aperçois que je ne vous ai pas parlé d'un jprécepte formel, placé sur les tables du Sinaï avant la sanctification du Sabbat : a Tu ne prendras pas le nom du Seigneur, ton Dieu, (( en vain, n Vous trouveriez fort mauvais que je vous expli-

Page 1