‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 35 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE. — HUITIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — HUITIÈME SOIRÉE

quasse que, par là, Dieu nous a défendu de faire intervenir son Dom dans nos discours, autrement qu'en cas de nécessité. Si rhomme prend le Dieu de l'univers à témoin d'une chose, il faut que ce soit devant une nécessité pressante ; il faut que le oui ou le non ne soient point assez solennels. Aussi cet acte du serment ne peut être trop rare, trop motivé; le serment lie et lie au nom de Dieu, et celui qui le transgresse se livre Don-seulement au mépris des hommes , mais à la vengeance de son Créateur.

Ne serable-t-il pas que le Législateur par excellence a aussi voulu, alors qu'il ne parait prétendre qu'à soustraire son nom à la légèreté humaine, préserver encore ses créatures du danger de tomber sous le coup de sa colère, à laquelle elles font, en quelque sorte, appel par le serment, si elles se rendent parjures. ^

Ce commandement ne peut certes nuire au bonheur de rhonnéte homme, il fait sa gloire.

Je ne me laisserai point aller à d'autres considérations qui trouveront place ailleurs. Le temps nous presse. Je veux vous faire observer que, sur dix commandements, Dieu en a réserve trois pour lui, passez-moi ce mot. Par ces trois commandements, il nous a ordonné de le connaître, de l'adorer, de Faimer, de respecter son nom et de sanctifier son jour.

Nous avons vu combien ils étaient vraiment faciles, ces préceptes, et combien, même en les observant, nous marchions vers notre propre bonheur.

—Oui, tout cela est vrai, et très-vrai ; mais je tremble, j'entends le tonnerre.

— Et pourquoi cette crainte?

— Oh ! il me semble, en pareil cas, que Dieu saisit sa foudre pour me punir de mes crimes. Oh j'ai peur !

— Vos crimes...?

— Oui, mes crimes; tout n'est-il pas crime devant la souveraine Justice. Oh mon Dieu, merci, pardon; nous voilà à la porte de la maison, je cours prier à la chapelle ; Dieu ne me frappera pas dans son sanctuaire.

NEUVIÈME SOIREE

Savez-Yous qu'il fera bien froid dans ce tilbury découvert? Pourquoi avez* vous mis taDt*de persistance à m'y aceompa* gner? Pourquoi n'étes^vous pas montée dans cette voiture qui nous précède. Je crains pour vous la fraîcheur du soir. Dans nos montagnes les soirées sont souvent perfides, et le lendemain d'un orage l'air est presque toujours vif.

-*- D'abord je ne connais rien de plus triste qu'une voiture fermée, puis je désirais jouir des be^x effets de luratèFe que nous aurons à admirer d'ici xbez nras* Ce pays est si varié, il prend justement le soir tant d'aspects changeants que je me serais tordu vingt fois le cou pour regarder par cette portière étroite, et j'aurais fini par être peu polie pour les habitants de cette calèche. Ici je vous écouterai, et, toul en vous écoutant , je jouirai de ce magnifique paysage. Parlez je r^:arde. Quel est à rhorizon ce château se dessinant entre ces grands arbres, là haut en face ?

— C'est Saint-André-Dumont.

— Est-il habité?

— Non.

— Qu'il est sombre ce ehàleau ! quelle triste demeure, et cependant quelle belle vue on doit avoir du sommet de cette grosse tour I Vous me mènerez là, n'est*-ce pas, ami?

— Oui, sans doute.

— A qui appartient-il ?

— A un enfant, orphelin au berceau.

— Oh ! pauvre enfant. Est-ce un garçon?

— Oui ; il a huit ans, et il est tristement en pension^» le pauvre petit.

— Son père était votre ami?

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