PREMIÈRE PARTIE. — NEUVIÈME SOIRÉE. C
chée jusqu'aux larmes des soins empressés dont ce respectable pèceest entouré : toute la conversation lui est reportée ; on se relève pour ce soin ; on .voit que ces cinq personnes sont unies de cœur pour rendre bonnes toutes les heures à l'ob- . jet de leur constante sollicitude. Tout lui est sacrifié. Ce malin , Elienne, son fils, m'avait donné rendez-vous au. salon pour m'initier à une nouvelle œuvre de lui,- œuvre dont nous avions parlé vingt fois : quatre chapitres élaient lus, le cinquiènaeest capital, la porte s'ouvre, le père paraît, le manus- . crit se ferme ; pas un nuage n'a paru sur le front d'Etienne; jeTobscrvais, et le voilà placé auprès de son père, lui répétant mes insipides réponses à des questions sur...? que sais-je, lagriculture, le mariage de l'un de ses voisins. Constance, si TOUS avez le désir de voir le respect filial en son habit de tons les jours, chose rare, je vous ferai faire. une visite à CoJmon.
Vous trouvez, n'est-ce pas, que la vue de cette bruyère stérile vaut mieux que l'aspect de ce sombre et imposant château ?
— Oui, certes, et je veux aller h Colmon.
— Vous trouvez donc. Constance, qu'honorer ses parentsest une chose bonne «n soi, facile, qui loin de nuire au bonheur, répand sur la vie un charme tout particulier; vous trouvez que les joies de ce monde seraient justement dues au bon fils, et il vous semble fort juste que le comte Georges de Si- André soit mort à trente ans de malmort?
— Oui, mais pourquoi ces questions?
— Je vous le dirai plus tard. Oh oui, chère amie, heureux celui qui reçoit la bénédiction de son père, de son père chargé d'années, partant pour l'éternité avec un gros bagage de bonnes actions ; heureux celui dont la main ferme les y eux de sa mère et qui recueille son dernier sourire et sa dernière pensée !
Si parfois je me suis trouvé excusant dans mon cœur quelque enfant manquant à l'honneur qu'il devait à ses parents (et cela m'est arrivé), c'étaiten examinant, non pas tant encore combien ils étaient peu honorables, qu'en me rappelant combien peu ils avaient eux-mêmes rempli leurs devoirs envers
ces enfants irrespeclueux. Car si nous avons des devoirs envers nos pères et mères, nous en avons aussi envers nos fils et filles, et ceux-ci ne sont pas moins rigoureux que ceux-là.
— Oui« certes ;»mais ici nous avons encore moins de mérite que tout à l'heure, car la nature nous dicte ces devoirs, et les remplir est, pour toute une partie, une vraie jouissance.
— Cette jouissance-là, Constance, est parfois accompagnée de beaucoup d'épines; et, quanta la nature, je puis vous assurer que sa voix n a pas toujours été entendue; quoi qu'il en soit, nous avons une longue série d'obligations à remplir.
— > A qui le dites-vous? Téducalion de mes enfants est la grande affaire de ma vie, et je suis persuadée que je m*y prends mal, le découragement me saisit bien souvent ; oh ! oui cette série est longue, et pour la mère surtout.
Ces pauvres petits êtres n'ont pas encore poussé leurs premiers cris que nous devons veiller à leur conservation, éviter les accidents qui amèneraient leur destruction avant leur vie pour ainsi dire. Que de jeunes mères imprudentes et souvent que d'enfants sacrifiés à une cavalcade, à un bal. A peine nés, nous devons les nourrir, et parfois ce devoir rigoureux est presque impossible à réaliser ; il a bien des douceurs, mais il a des épines. Qu'il est pénible pour quelques femmes ce devoir..! On ne peut s'en affranchir, n'est-ce pas?
— Vous en êtes à J. J. Rousseau, qui infiniment large sur certains devoirs de la femme, lui a imposé celui-là avec une brutalité extraordinaire. Quant à moi je suis persuadé que la mère doit nourrir son enfant, quand rien ne s'oppose à ce qu'il en soit ainsi, mais si elle ne le peut pas facilement, je le lui interdirai. Il est d'abord des femmes auxquelles la nature a refusé celte joie ; il en est d'autres qui, par leur santé m4rne en sont dispensées, bien plus pour lesquelles le devoir est de lie pas nourrir, car elles feraient plus de mal que de bien à leurs enfants. Combien n'en est-il pas qui trouvent un obstacle absolu à ce penchant dans leur position, dans la volonté de leur mari ; dès lors qu'elles y renoncent.
— Gomme c'est singulier ce que vous me dites-la... ! et.